Le muscle stylopharyngien : anatomie, fonction et pathologies

Le muscle stylopharyngien : anatomie et pathologies

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Découvrez l'anatomie complète du muscle stylopharyngien, son innervation unique par le nerf glossopharyngien, son rôle essentiel dans la déglutition et les pathologies qui peuvent l'affecter.

Introduction au muscle stylopharyngien

Le muscle stylopharyngien (ou stylopharyngeus) est un muscle fin et allongé appartenant au groupe des muscles élévateurs du pharynx. Souvent méconnu du grand public en raison de sa petite taille et de sa situation profonde, il joue néanmoins un rôle déterminant dans des fonctions vitales comme la déglutition, la phonation et la protection des voies aériennes supérieures. C’est par ailleurs le seul muscle innervé par le nerf glossopharyngien (IXe paire crânienne), ce qui lui confère une place particulière dans l’enseignement de l’anatomie médicale.

Situé à la jonction entre la base du crâne, la langue et le pharynx, le stylopharyngien constitue un véritable « pont » musculo-nerveux entre plusieurs structures anatomiques clés. Sa compréhension est essentielle pour les étudiants en médecine, les ORL, les orthophonistes, mais aussi pour les patients présentant des troubles de la déglutition (dysphagie) ou des douleurs pharyngées persistantes.

Anatomie descriptive du muscle stylopharyngien

Origine, trajet et terminaison

Le muscle stylopharyngien prend son origine sur la face médiale de la base de l’apophyse styloïde du temporal, un prolongement osseux pointu situé à la face inférieure du crâne. Cette origine se fait par un tendon court et grêle, souvent décrit comme la portion la plus étroite du muscle.

De là, le muscle descend obliquement vers le bas, l’avant et le dedans, en suivant un trajet qui croise l’artère carotide interne et le nerf glossopharyngien. Il passe entre les deux constricteurs supérieurs et moyens du pharynx pour venir se terminer de deux manières :

  • Sur le bord postérieur de la lame quadrilatère du cartilage thyroïde;
  • Sur les fibres du constricteur inférieur du pharynx et la muqueuse pharyngée.

Cette double terminaison permet au muscle d’agir simultanément sur le pharynx et sur le larynx.

Dimensions et morphologie

Le stylopharyngien est un muscle de petite taille : sa longueur moyenne est de 6 à 8 centimètres et son épaisseur reste très modeste (quelques millimètres). Il est de forme cylindrique, légèrement aplati dans son tiers inférieur. Sa couleur rougeâtre est caractéristique des muscles striés squelettiques à contraction volontaire.

Rapports anatomiques

Le stylopharyngien entretient des rapports étroits avec de nombreuses structures anatomiques importantes, ce qui explique pourquoi son atteinte peut entraîner des manifestations cliniques variées :

  • En haut : il croise la face latérale du carrefour aéro-digestif et passe entre l’artère carotide externe et l’artère carotide interne ;
  • En dedans : il longe le nerf glossopharyngien (IX) qui contourne son bord postérieur, formant une véritable « anse nerveuse » ;
  • En dehors : il est en rapport avec le muscle stylohyoïdien et le ventre postérieur du digastrique ;
  • En bas : il s’insinue entre les constricteurs moyen et supérieur du pharynx.

Cette configuration explique pourquoi le stylopharyngien est parfois impliqué dans le syndrome d’Eagle, une pathologie liée à une apophyse styloïde trop longue qui irrite les structures avoisinantes.

Innervation et vascularisation

Une innervation unique : le nerf glossopharyngien

L’innervation du muscle stylopharyngien constitue une curiosité anatomique remarquable : c’est en effet le seul muscle pharyngé innervé par le nerf glossopharyngien (IXe paire crânienne). Tous les autres muscles du pharynx sont innervés par le nerf vague (Xe paire crânienne) via le plexus pharyngien.

Le nerf glossopharyngien naît du tronc cérébral au niveau du sillon collatéral postérieur du bulbe rachidien, sort du crâne par le trou déchiré postérieur (foramen jugulaire), puis descend en passant entre l’artère carotide interne et la veine jugulaire interne. Il contourne ensuite le bord postérieur du muscle stylopharyngien avant de poursuivre son trajet vers la base de la langue et la région amygdalienne.

La branche motrice destinée au stylopharyngien se détache généralement du tronc du nerf glossopharyngien au niveau ou juste au-dessus du ganglion inférieur (ganglion d’Andersh), et pénètre le muscle par sa face profonde.

Vascularisation artérielle et drainage veineux

La vascularisation du stylopharyngien provient de plusieurs sources :

  • L’artère pharyngienne ascendante, branche de l’artère carotide externe ;
  • Des branches de l’artère palatine ascendante ;
  • De petites branches de l’artère thyroïdienne supérieure pour sa portion basse.

Le drainage veineux se fait via les veines pharyngées qui se jettent dans la veine jugulaire interne, parfois par l’intermédiaire du plexus veineux ptérygoïdien.

Drainage lymphatique

Les lymphatiques de cette région se drainent principalement vers les ganglions lymphatiques jugulaires supérieurs (chaîne jugulaire interne), en particulier vers le groupe des ganglions jugulo-digastriques, ce qui explique la fréquence des adénopathies cervicales lors d’infections pharyngées.

Fonctions du muscle stylopharyngien

Rôle dans la déglutition

La fonction principale du muscle stylopharyngien est de participer activement à la phase pharyngée de la déglutition. Lors de cette phase réflexe qui dure environ une seconde, le muscle :

  • Élève le pharynx et le larynx vers le haut et l’avant ;
  • Dilate le sinus piriforme, facilitant le passage du bol alimentaire ;
  • Participe à l’ouverture du sphincter supérieur de l’œsophage (muscle cricopharyngien) en élevant le larynx ;
  • Contribue à la protection des voies aériennes en synergie avec l’épiglotte.

Sans son action, la déglutition serait incomplète et risquerait d’entraîner des fausses routes (pénétration de liquide ou d’aliments dans la trachée).

Rôle dans la phonation

Le stylopharyngien intervient également dans la phonation en modulant la tension des parois pharyngées. Cette action influence le timbre de la voix, notamment dans la production des sons graves. Chez certains chanteurs ou professionnels de la voix, le contrôle de ce muscle est intégré dans la technique vocale.

Participation aux réflexes pharyngés

En synergie avec d’autres muscles et avec le nerf glossopharyngien, le stylopharyngien contribue aux réflexes nauséeux et de toux qui protègent les voies aériennes contre l’intrusion de corps étrangers ou de sécrétions.

Pathologies et troubles associés

Paralysie du nerf glossopharyngien

L’atteinte du nerf glossopharyngien entraîne une paralysie du stylopharyngien qui se manifeste par :

  • Une dysphagie haute (difficulté à initier la déglutition) ;
  • Des fausses routes à répétition, surtout pour les liquides ;
  • Une diminution du réflexe nauséeux du côté atteint ;
  • Une perte du goût dans le tiers postérieur de la langue ;
  • Des douleurs pharyngées ou une sensation de corps étranger.

Les causes sont multiples : traumatismes chirurgicaux (notamment après amygdalectomie), tumeurs de l’angle ponto-cérébelleux, anévrismes de l’artère carotide, infections, neuropathies inflammatoires.

Syndrome d’Eagle

Le syndrome d’Eagle est lié à une apophyse styloïde anormalement longue (plus de 30 mm) ou à une calcification du ligament stylo-hyoïdien. Le stylopharyngien, qui s’insère précisément sur cette apophyse, peut être comprimé ou irrité. Les symptômes associent :

  • Douleur à la déglutition (odynophagie) ;
  • Douleur irradiant vers l’oreille ;
  • Sensation de corps étranger dans la gorge ;
  • Douleur lors des mouvements de rotation de la tête ;
  • Dans certains cas, des vertiges ou des acouphènes.

Le traitement peut nécessiter une styloïdectomie (résection chirurgicale de l’apophyse styloïde) ou un traitement médical par antalgiques et infiltrations.

Myopathies et dystrophies musculaires

Certaines maladies neuromusculaires peuvent toucher le stylopharyngien comme l’ensemble de la musculature pharyngée. C’est notamment le cas de la dystrophie musculaire oculo-pharyngée (OPMD), qui se manifeste tardivement par une dysphagie progressive et un ptosis bilatéral.

Dysphagie neurogène

Dans les suites d’un accident vasculaire cérébral, d’une sclérose latérale amyotrophique (SLA) ou de la maladie de Parkinson, le stylopharyngien peut être partiellement ou totalement paralysé. La rééducation orthophonique est alors primordiale.

Examen clinique et explorations

Examen physique

L’examen du stylopharyngien n’est pas direct car le muscle est profond. On évalue son fonctionnement à travers :

  • L’observation de la déglutition (test à l’eau) ;
  • La recherche du réflexe nauséeux (testing du IX) ;
  • L’inspection de la paroi pharyngée postérieure lors de la phonation de la voyelle « A » ;
  • La palpation des régions cervicales et de la loge amygdalienne.

Explorations complémentaires

  • Nasofibroscopie : visualise directement la mobilité des parois pharyngées ;
  • Vidéofluoroscopie de la déglutition : examen de référence pour étudier la dynamique de la déglutition ;
  • Électromyographie (EMG) du stylopharyngien : peu pratiquée en routine, mais utile dans certains bilans neurologiques ;
  • Scanner cervical ou IRM : recherche une compression nerveuse ou une apophyse styloïde hypertrophique ;
  • Manométrie pharyngée : mesure les pressions générées par les muscles pharyngés lors de la déglutition.

Prise en charge et rééducation

Rééducation orthophonique

En cas de dysphagie liée à un déficit du stylopharyngien, la rééducation orthophonique est la pierre angulaire du traitement. Elle comprend :

  • Des exercices de renforcement des muscles pharyngés ;
  • Des manœuvres posturales (flexion de tête, rotation vers le côté sain) ;
  • L’apprentissage de techniques de déglutition supraglottique ;
  • L’adaptation des textures alimentaires (épaississement des liquides, mixé lisse).

Traitement médical

Selon l’étiologie, on peut proposer :

  • Des antalgiques ou AINS dans le syndrome d’Eagle ;
  • Une cortico-thérapie en cas de névrite inflammatoire ;
  • Des antibiothérapies lors d’infections pharyngées associées ;
  • Des infiltrations locales de corticoïdes au niveau de l’apophyse styloïde.

Prise en charge chirurgicale

Elle est réservée aux cas réfractaires : styloïdectomie par voie endobuccale ou cervicale dans le syndrome d’Eagle, décompression nerveuse en cas de conflit vasculo-nerveux.

En bref

Le muscle stylopharyngien, bien que petit et discret, occupe une place anatomique stratégique entre la base du crâne et le pharynx. Voici les points essentiels à retenir :

  • Il s’agit du seul muscle innervé par le nerf glossopharyngien (IX), ce qui en fait un repère anatomique précieux ;
  • Il est essentiel à la déglutition, à la phonation et à la protection des voies aériennes ;
  • Ses rapports étroits avec l’apophyse styloïde, le nerf IX et les vaisseaux carotidiens expliquent la diversité de ses manifestations pathologiques ;
  • Le syndrome d’Eagle est la pathologie la plus fréquemment associée à un dysfonctionnement de ce muscle ;
  • La rééducation orthophonique et la prise en charge de la douleur constituent le traitement de première intention de la plupart des troubles ;
  • Toute dysphagie persistante associée à des douleurs pharyngées unilatérales justifie un avis spécialisé ORL et un bilan neurologique.

Si vous ressentez des difficultés à avaler, des douleurs pharyngées persistantes ou des fausses routes répétées, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant ou un ORL. Un diagnostic précoce permet souvent d’éviter les complications et d’améliorer significativement la qualité de vie.

Questions courantes

Qu'est-ce que le muscle stylopharyngien ?

Le muscle stylopharyngien est un muscle fin et allongé de la gorge. Il prend naissance sur l'apophyse styloïde de l'os temporal et se termine dans le pharynx. Il est innervé par le nerf glossopharyngien (IX), ce qui est unique parmi les muscles du pharynx.

Quel est le rôle du muscle stylopharyngien ?

Le muscle stylopharyngien participe à l'élévation du pharynx et à la déglutition. Il aide à faire passer les aliments de la bouche vers l'œsophage. Son bon fonctionnement est essentiel pour avaler sans fausse route.

Quelles pathologies peuvent affecter le muscle stylopharyngien ?

Une atteinte du muscle stylopharyngien peut entraîner des difficultés à avaler (dysphagie) ou une voix modifiée. Elle peut être due à une lésion du nerf glossopharyngien, à un accident vasculaire cérébral ou à une maladie neuromusculaire. En cas de troubles de la déglutition, consultez un médecin.

Sources et pour aller plus loin

Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Le muscle stylopharyngien : anatomie et pathologies », consultez les ressources officielles suivantes :

Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.