
Le muscle hyoglosse est un muscle extrinsèque de la langue essentiel à la déglutition, à la phonation et à la mastication. Découvrez son anatomie détaillée, ses fonctions et les pathologies qui peuvent l'affecter.
Qu’est-ce que le muscle hyoglosse ?
Le muscle hyoglosse (en latin : musculus hyoglossus) est l’un des quatre muscles extrinsèques de la langue, c’est-à-dire des muscles qui prennent naissance à l’extérieur de cet organe et viennent s’y insérer pour assurer sa mobilité. Ce muscle fin, plat et de forme quadrilatérale joue un rôle essentiel dans la déglutition, la phonation et la mastication. Souvent méconnu du grand public, il fait pourtant partie intégrante du système musculaire oro-facial et intervient dans de nombreuses fonctions vitales quotidiennes.
Dans l’anatomie classique, on distingue quatre paires de muscles extrinsèques de la langue : le génioglosse, l’hyoglosse, le styloglosse et le palatoglosse. Chacun contribue, avec sa propre orientation et son action spécifique, à la précision et à la finesse des mouvements linguaux. Le muscle hyoglosse, par sa position médiane dans l’appareil hyoïdien, est particulièrement important pour la stabilité et la mobilité de la langue au repos comme en mouvement.

Anatomie détaillée du muscle hyoglosse
Origines et insertions
Le muscle hyoglosse prend naissance sur l’os hyoïde, plus précisément sur le corps de cet os et sur la partie latérale de sa grande corne. Cette origine osseuse lui confère un ancrage solide dans la région cervicale haute. De là, ses fibres musculaires se dirigent verticalement vers le haut pour venir s’insérer sur les bords latéraux de la langue, en se mêlant intimement aux fibres des muscles intrinsèques de cet organe.
L’os hyoïde, véritable « os du langage » selon les anciens anatomistes, est un point d’ancrage crucial pour de nombreux muscles de la sphère oro-pharyngée. Cette position explique le rôle fonctionnel central de l’hyoglosse dans la mécanique linguale et dans le contrôle postural global de la langue.
Structure et rapports anatomiques
Le muscle hyoglosse est recouvert sur sa face latérale (externe) par plusieurs structures importantes :
- Le muscle mylohyoïdien, qui forme le plancher de la bouche
- Le muscle styloglosse, autre muscle extrinsèque de la langue
- La glande sublinguale, située au-dessus du muscle
- Le nerf lingual, branche du nerf mandibulaire (V3)
- Le nerf hypoglosse (nerf crânien XII), qui chemine sur sa face latérale
- La veine linguale profonde
Sa face médiale (interne) est en rapport direct avec le muscle génioglosse, avec lequel il s’entremêle au niveau du corps de la langue. Cette proximité anatomique est capitale, car les deux muscles ont des actions complémentaires mais opposées sur la position de la langue : le génioglosse la projette vers l’avant, tandis que l’hyoglosse la ramène vers l’arrière et le bas.
Une structure anatomique majeure passe entre le muscle hyoglosse et le muscle mylohyoïdien : il s’agit du canal de Wharton, par lequel le conduit de la glande submandibulaire draine la salive dans la cavité buccale. La connaissance précise de ces rapports est essentielle pour les chirurgiens maxillo-faciaux et ORL lors d’interventions dans cette région.
Innervation et vascularisation
Innervation motrice
Le muscle hyoglosse est innervé par le nerf hypoglosse, douzième paire de nerfs crâniens (XII). Ce nerf est le principal nerf moteur de la langue et assure l’innervation de tous les muscles extrinsèques et intrinsèques de cet organe, à l’exception du muscle palatoglosse. Le nerf hypoglosse émerge du crâne par le canal hypoglosse et chemine latéralement au muscle hyoglosse avant de se diviser en plusieurs branches terminales qui pénètrent dans la langue.
Toute lésion du nerf hypoglosse, qu’elle soit centrale (au niveau du tronc cérébral) ou périphérique (au cours de son trajet), entraîne donc un déficit moteur de l’hyoglosse avec des conséquences fonctionnelles parfois sévères.
Vascularisation artérielle et veineuse
La vascularisation du muscle hyoglosse provient principalement de l’artère linguale, branche de l’artère carotide externe. Cette artère donne naissance à l’artère dorsale de la langue, qui irrigue la base linguale et la région du muscle hyoglosse. Le drainage veineux est assuré par la veine linguale profonde, satellite du nerf hypoglosse, qui se jette dans la veine jugulaire interne.
Le drainage lymphatique de cette région est particulièrement important à connaître en cancérologie, car les métastases ganglionnaires des cancers de la langue suivent les voies lymphatiques drainant précisément la zone du muscle hyoglosse.

Fonctions et physiologie du muscle hyoglosse
Action principale : abaissement de la langue
La fonction principale du muscle hyoglosse est l’abaissement de la langue. Lorsqu’il se contracte, il attire la langue vers le bas et l’arrière, contre l’os hyoïde. Cette action est complémentaire de celle du muscle génioglosse qui, lui, projette la langue vers l’avant. L’équilibre entre ces deux muscles antagonistes permet les mouvements de protraction et de rétraction de la langue.
Intervention dans la déglutition
Lors de la déglutition, le muscle hyoglosse joue un rôle crucial dans la phase orale et la phase pharyngée :
- Il aide à propulser le bol alimentaire vers l’arrière de la cavité buccale
- Il participe à la protection des voies aériennes en abaissant la base de langue
- Il contribue à la fermeture du carrefour aéro-digestif
- Il coopère avec les muscles du plancher buccal pour créer une pression négative facilitant l’aspiration du bol alimentaire
Rôle dans la phonation et l’articulation
Dans la parole, le muscle hyoglosse intervient dans la production de nombreux phonèmes, en particulier les voyelles basses, les consonnes vélaires (« k », « g ») et les consonnes postérieures. Il participe également au contrôle de la hauteur du ton laryngé en influençant la position de l’os hyoïde et, par voie de conséquence, celle du larynx.
Participation à la mastication
Pendant la mastication, le muscle hyoglosse travaille de concert avec les autres muscles linguaux pour positionner les aliments entre les arcades dentaires. Il permet les mouvements de recul et de stabilisation de la langue qui sont nécessaires à une mastication efficace.
Pathologies et troubles associés au muscle hyoglosse
Paralysie du nerf hypoglosse
La pathologie la plus fréquente impliquant le muscle hyoglosse est la paralysie du nerf hypoglosse. Elle peut être d’origine :
- Traumatique : chirurgie ORL, intubation difficile, fracture de la base du crâne
- Tumorale : compression par une tumeur de la base du crâne, de la parotide ou du cou
- Vasculaire : accident vasculaire cérébral du tronc cérébral
- Neurodégénérative : sclérose latérale amyotrophique (SLA), sclérose en plaques
- Inflammatoire : syndrome de Guillain-Barré
La paralysie unilatérale du nerf hypoglosse se manifeste par une atrophie de l’hémilangue concernée, une déviation de la langue vers le côté paralysé lors de la protrusion, et des troubles de la déglutition et de l’articulation.
Atrophie linguale
L’atrophie du muscle hyoglosse peut survenir lors de toute atteinte du nerf hypoglosse. Elle se caractérise par une diminution du volume musculaire visible, parfois associée à des fasciculations. Cette atrophie entraîne des troubles fonctionnels importants, notamment des difficultés à manipuler les aliments dans la bouche.
Dysphagie
De nombreuses causes de dysphagie (difficulté à avaler) impliquent directement ou indirectement le muscle hyoglosse :
- Atteintes neurologiques centrales (AVC, Parkinson, démences)
- Atteintes du nerf hypoglosse
- Maladies musculaires (myopathies, myasthénie)
- Cancers de la tête et du cou
- Séquelles de radiothérapie
Apnée du sommeil
Le muscle hyoglosse joue un rôle dans le calibre des voies aériennes supérieures. Pendant le sommeil, le tonus musculaire diminue, et chez certaines personnes, la langue peut retomber en arrière en raison d’un hyoglosse hypotonique, contribuant au syndrome d’apnée obstructive du sommeil. C’est pourquoi certains traitements de l’apnée (orthèses d’avancée mandibulaire) visent à maintenir la tonicité des muscles linguaux.
Tumeurs de la base de langue
Les cancers de la base de la langue peuvent envahir directement le muscle hyoglosse, nécessitant parfois des interventions chirurgicales lourdes emportant une partie de ce muscle. Ces exérèses entraînent des troubles fonctionnels majeurs de la déglutition et de la phonation.

Examen clinique du muscle hyoglosse
Inspection et palpation
L’examen clinique du muscle hyoglosse se fait par :
- L’inspection de la langue au repos et en protrusion (recherche de déviation ou d’atrophie)
- La palpation endobuccale du plancher buccal et de la langue
- L’évaluation de la motilité linguale dans toutes les directions
- La recherche de fasciculations (contractions involontaires visibles)
Explorations complémentaires
En cas de suspicion de pathologie, plusieurs examens peuvent être réalisés :
- Électromyographie (EMG) : pour évaluer l’activité électrique du muscle et du nerf hypoglosse
- IRM cérébrale et du tronc cérébral : à la recherche d’une cause centrale
- IRM cervico-faciale : pour détecter une compression tumorale
- Scanner des voies aérodigestives supérieures
- Vidéofluoroscopie de la déglutition : pour évaluer la fonction en cas de dysphagie
Rééducation et prise en charge
Orthophonie et rééducation linguale
La rééducation orthophonique est centrale dans la prise en charge des troubles du muscle hyoglosse. Elle comprend :
- Des exercices de mobilité linguale (mouvements de va-et-vient, rotations)
- Des exercices de renforcement musculaire (pousser la langue contre une résistance)
- La stimulation sensorielle (glaçons, saveurs) pour éveiller la sensibilité
- Des techniques de déglutition (manœuvre de Mendelsohn, déglutition supraglottique)
Prise en charge de la dysphagie
En cas de troubles de la déglutition, une prise en charge pluridisciplinaire est nécessaire avec adaptation des textures alimentaires, posture adaptée pendant les repas, et parfois alimentation entérale en cas de dysphagie sévère.
Chirurgie et traitements spécifiques
Certaines situations nécessitent une intervention chirurgicale : décompression du nerf hypoglosse, exérèse d’une tumeur compressive, ou encore neurostimulation dans le cadre de l’apnée du sommeil. La rééducation post-opératoire est alors prolongée.
En bref
Le muscle hyoglosse est un acteur discret mais essentiel de notre quotidien. Voici les points clés à retenir :
- Le muscle hyoglosse est le principal abaisseur et rétracteur de la langue, jouant un rôle clé dans la déglutition, la phonation et la mastication.
- Son innervation exclusive par le nerf hypoglosse (XII) en fait un témoin précieux de l’intégrité neurologique : toute paralysie de ce nerf doit être explorée rapidement.
- Une déviation de la langue, une atrophie unilatérale ou des troubles de la déglutition persistants doivent alerter et motiver une consultation médicale spécialisée (ORL, neurologue).
- La rééducation orthophonique est souvent efficace pour récupérer ou compenser les déficits fonctionnels de ce muscle.
- La prévention passe par une bonne hygiène de vie, le traitement précoce des troubles ORL, et un suivi adapté en cas de pathologie neurologique.
- En cas d’apnée du sommeil, un bilan ORL complet incluant l’évaluation de la tonicité linguale peut être proposé.
En conclusion, bien qu’invisible au quotidien, le muscle hyoglosse mérite toute notre attention médicale. Sa compréhension anatomique fine permet aux professionnels de santé de mieux diagnostiquer et prendre en charge de nombreux troubles fonctionnels de la sphère oro-faciale. Si vous présentez des symptômes tels qu’une difficulté à avaler, une parole modifiée ou une faiblesse linguale, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant qui orientera vers le spécialiste adapté.
Vos questions, nos réponses
Qu'est-ce que le muscle hyoglosse ?
Le muscle hyoglosse est un muscle extrinsèque de la langue. Il relie l'os hyoïde à la langue et permet ses mouvements. Il joue un rôle clé dans la déglutition, la phonation et la mastication. Son bon fonctionnement est essentiel pour parler et avaler sans difficulté.
Quelles sont les fonctions du muscle hyoglosse ?
Le muscle hyoglosse abaisse et rétracte la langue. Il participe ainsi à la déglutition, à la parole et à la mastication. Il aide aussi à maintenir la langue en position basse pour dégager les voies aériennes. Une atteinte de ce muscle peut entraîner des troubles de la déglutition ou de l'élocution.
Quelles pathologies peuvent affecter le muscle hyoglosse ?
Le muscle hyoglosse peut être touché par des lésions nerveuses, comme une atteinte du nerf hypoglosse (XII), entraînant une paralysie ou une atrophie de la langue. Des traumatismes, des tumeurs ou des maladies neuromusculaires peuvent aussi l'affecter. En cas de difficultés à avaler ou de troubles de la parole, consultez un médecin.
Références
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Le muscle hyoglosse : anatomie, fonctions et pathologies », consultez les ressources officielles suivantes :
- Inserm — Institut national de la santé et de la recherche médicale
- Haute Autorité de Santé (HAS)
- Ameli — Assurance Maladie : comprendre le corps humain
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.