
Le syndrome de Haglund désigne une déformation osseuse du calcanéum associée à une inflammation de la bourse rétrocalcanéenne. Découvrez ses causes, ses symptômes et l'ensemble des traitements disponibles pour soulager la douleur au talon.
Qu’est-ce que le syndrome de Haglund ?
Le syndrome de Haglund, parfois appelé « pump bump » dans le monde anglo-saxon ou « exostose de Haglund » en milieu médical, désigne un ensemble de manifestations cliniques liées à une proéminence osseuse anormale située à la partie postéro-supérieure du calcanéum (l’os du talon). Cette saillie osseuse, décrite pour la première fois par le chirurgien orthopédiste suédois Patrick Haglund au début du XXe siècle, provoque un conflit mécanique avec les tissus mous avoisinants, entraînant une inflammation chronique souvent invalidante au quotidien.
Cette affection se caractérise par la triade pathologique classique : déformation osseuse, bursite rétrocalcanéenne et irritation tendineuse achilléenne. Bien qu’elle ne soit pas dangereuse pour la vie du patient, elle occasionne des douleurs tenaces qui peuvent devenir véritablement handicapantes, en particulier chez les personnes actives, les sportifs et les femmes portant fréquemment des chaussures à contrefort rigide.
Une affection souvent confondue avec d’autres pathologies du talon
Le syndrome de Haglund est fréquemment confondu avec d’autres causes de douleurs talonnières telles que la fasciite plantaire, la tendinopathie d’Achille ou la bursite calcanéenne. Cette confusion diagnostique explique pourquoi de nombreux patients consultent tardivement ou reçoivent des traitements inadaptés. Une évaluation médicale rigoureuse est indispensable pour distinguer ces différentes entités cliniques, qui peuvent néanmoins coexister chez un même patient.

Les causes et facteurs de risque
Le développement du syndrome de Haglund résulte d’une interaction complexe entre des facteurs anatomiques individuels, des sollicitations biomécaniques répétées et des habitudes vestimentaires. Aucun facteur unique n’est systématiquement en cause, mais leur accumulation augmente significativement le risque de voir apparaître la pathologie.
Facteurs anatomiques et biomécaniques
Certaines particularités anatomiques prédisposent fortement à la survenue de ce syndrome :
- Un calcanéum naturellement proéminent à sa face postéro-supérieure, avec un angle d’inclinaison accentué
- Une cavité talonnière peu profonde, qui réduit l’espace disponible pour le tendon d’Achille et la bourse séreuse
- Une supination excessive du pied (le pied roule vers l’extérieur à la marche)
- Un creux plantaire exagéré (pied creux), qui augmente la pression mécanique sur l’arrière du talon
- Une rétraction du tendon d’Achille ou des muscles du mollet
Le rôle des chaussures
Le port prolongé de chaussures à contrefort rigide et haut constitue le facteur déclenchant le plus souvent incriminé. C’est notamment le cas :
- Des chaussures de type « pompes » ou escarpins, à l’origine de l’appellation anglaise pump bump
- Des patins à glace, rollers et chaussures de ski dont la coque postérieure rigide frotte directement sur la saillie osseuse
- Des chaussures de travail ou bottes de sécurité à l’arrière emboîtant
- De certains modèles de baskets ou chaussures de ville au contrefort trop ferme
La pression chronique exercée par ces chaussures sur la proéminence osseuse provoque une inflammation réactionnelle des tissus mous, un phénomène cumulatif qui finit par devenir douloureux même en dehors du port des chaussures.
Autres facteurs favorisants
Plusieurs autres éléments peuvent contribuer à l’apparition ou à l’aggravation du syndrome :
- La pratique sportive intensive, en particulier la course à pied, le football, le tennis ou le hockey
- Un surpoids ou une obésité, qui augmente les contraintes mécaniques sur le talon
- Certaines maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite ou la goutte
- L’âge, avec un pic de fréquence entre 20 et 40 ans, bien que tous les âges puissent être concernés

Les symptômes caractéristiques
La symptomatologie du syndrome de Haglund s’installe généralement de façon progressive et insidieuse, sur plusieurs semaines à plusieurs mois. Le tableau clinique associe douleurs, signes inflammatoires locaux et limitations fonctionnelles qui s’aggravent avec le temps en l’absence de prise en charge.
Douleur et inflammation au talon
La douleur est le symptôme cardinal de l’affection. Elle se manifeste typiquement :
- À la face postérieure du talon, juste au-dessus de l’insertion du tendon d’Achille
- Sous forme de sensibilité exacerbée au toucher et à la pression
- Par une sensation de brûlure ou de gonflement, aggravée par le port de chaussures fermées
- Avec une rigidité matinale qui s’améliore dans la journée, mais réapparaît après effort
- Par des poussées inflammatoires aiguës, marquées par une rougeur et une chaleur locale
Signes visibles et palpables
L’examen physique révèle plusieurs signes évocateurs :
- Une bosse palpable à la partie postéro-supérieure du talon, parfois visible à l’œil nu
- Un gonflement des tissus mous environnants, fluctuant en cas de bursite importante
- Une rougeur cutanée en regard de la zone conflictuelle
- Une callosité ou ampoule secondaire au frottement chronique avec la chaussure
- Une douleur à la dorsiflexion du pied (tirer la pointe du pied vers le haut), qui tend le tendon d’Achille contre la saillie osseuse
Diagnostic différentiel
Le médecin doit distinguer le syndrome de Haglund d’autres pathologies susceptibles de mimer ses symptômes. Il s’agit notamment de la tendinopathie achilléenne, de la maladie de Sever (apophysite calcanéenne de l’enfant), de la fracture de stress du calcanéum, du lipome du Kager ou encore de certaines douleurs neuropathiques du nerf sural. Cette distinction est essentielle pour adapter le traitement.

Le diagnostic médical
Examen clinique
Le diagnostic du syndrome de Haglund est avant tout clinique. Le médecin (généraliste, rhumatologue, orthopédiste ou podologue) procède à un interrogatoire minutieux sur les circonstances d’apparition, le type de chaussures portées et les activités pratiquées, suivi d’un examen physique comprenant la palpation de la saillie osseuse, la recherche de signes inflammatoires et l’évaluation de la mobilité de la cheville.
Le test de la pression latérale du calcanéum, le signe de la pompe (douleur reproduite par la pression du contrefort) et l’évaluation de la flexibilité du tendon d’Achille font partie des manœuvres diagnostiques classiques.
Examens d’imagerie
Les examens complémentaires permettent de confirmer le diagnostic et d’évaluer la sévérité :
- Radiographies standards du pied de profil et de la cheville : elles visualisent directement la proéminence osseuse du calcanéum et permettent de mesurer l’angle de Fowler-Philip, l’angle d’inclinaison calcanéen et la hauteur de la saillie
- Échographie : examen de première intention pour évaluer la bourse rétrocalcanéenne, détecter un épanchement et analyser l’état du tendon d’Achille
- IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) : examen de référence en cas de doute diagnostique, de bursite complexe ou de suspicion de lésion tendineuse associée. Elle offre une visualisation détaillée des tissus mous
- Scanner : utile pour planifier un geste chirurgical en cas d’échec du traitement conservateur
Quand consulter ?
Il est recommandé de consulter sans tarder lorsque la douleur au talon :
- Persiste plus de deux à trois semaines malgré le repos et les changements de chaussures
- Devient intense au quotidien et limite les activités normales
- S’accompagne de signes inflammatoires marqués (rougeur, chaleur, gonflement)
- Survient après un traumatisme ou de façon brutale
- Affecte la qualité du sommeil ou empêche la marche normale
Les traitements conservateurs
Dans 85 à 90 % des cas, le syndrome de Haglund répond favorablement aux traitements non chirurgicaux, à condition d’être mis en œuvre de façon rigoureuse et prolongée. La patience du patient est souvent la clé du succès thérapeutique.
Repos et modifications des activités
La première mesure consiste à réduire les contraintes mécaniques sur la zone atteinte :
- Réduction ou arrêt temporaire des activités physiques à impact (course, sauts)
- Privilégier les sports à faible impact comme la natation ou le vélo
- Application de glace pendant 15 à 20 minutes, plusieurs fois par jour, pour calmer l’inflammation
- Élévation du pied au repos pour favoriser le drainage des tissus enflammés
Chaussures et orthèses adaptées
Le choix de chaussures adaptées constitue un pilier fondamental du traitement :
- Privilégier des chaussures à contrefort souple ou abaissé, qui ne compriment pas la zone rétrocalcanéenne
- Opter pour des talons légèrement surélevés (1 à 2 cm), qui réduisent la tension sur le tendon d’Achille
- Utiliser des talonnettes orthopédiques ou des élévations de talon sur mesure, prescrites par le podologue
- Porter des bouts ouverts ou des sabots durant les phases douloureuses aiguës
- Éviter strictement les chaussures responsables du problème (pompes, bottes rigides)
Traitements médicamenteux et physiothérapie
Plusieurs approches thérapeutiques peuvent être associées :
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) par voie orale ou topique (gel de diclofénac, kétoprofène), à utiliser sur des durées courtes
- Séances de kinésithérapie avec : étirements du mollet et du tendon d’Achille, renforcement musculaire excentrique, massages transverses profonds, physiothérapie antalgique (ultrasons, TENS)
- Ondes de choc extracorporelles (ESWT), souvent efficaces sur les tendinopathies et bursites chroniques
- Thérapie par ondes de choc radiales, alternative non invasive particulièrement intéressante

Les traitements interventionnels
Lorsque les traitements conservateurs restent insuffisants après 3 à 6 mois, des options plus interventionnelles peuvent être envisagées.
Infiltrations
Les infiltrations de corticoïdes dans la bourse rétrocalcanéenne peuvent procurer un soulagement rapide et significatif, particulièrement en cas de bursite aiguë. Elles doivent être réalisées sous contrôle échographique pour garantir leur précision et éviter le tendon d’Achille. Leur utilisation reste néanmoins limitée en raison :
- Du risque de rupture tendineuse en cas d’injections répétées
- D’un effet souvent temporaire de quelques semaines à quelques mois
- De la nécessité de ne pas les répéter excessivement (3 maximum par an sur un même site)
Thérapie par ondes de choc et autres techniques
Au-delà des ondes de choc mentionnées précédemment, d’autres techniques peuvent être proposées :
- Injections de plasma riche en plaquettes (PRP), prometteuses pour leurs effets régénératifs sur les tissus lésés
- Thérapies manuelles spécifiques du complexe cheville-pied
- Taping thérapeutique pour décharger la zone douloureuse
Chirurgie
Le recours à la chirurgie (ostéotomie calcanéenne ou résection de la proéminence osseuse) concerne environ 5 à 10 % des patients, lorsque le traitement conservateur a échoué après au moins six mois. Plusieurs techniques existent :
- Résection arthroscopique de la proéminence osseuse, technique mini-invasive de référence
- Ostéotomie de glissement calcanéen, qui modifie l’angle d’attaque du tendon d’Achille
- Chirurgie à ciel ouvert, réservée aux cas complexes
- Gestes associés possibles : débridement du tendon d’Achille, excision de la bourse inflammée, libération des tissus cicatriciels
La convalescence dure généralement 6 à 12 semaines, avec une reprise progressive des activités. Le taux de succès de ces interventions est élevé (supérieur à 80 %), mais des complications (infection, algodystrophie, récidive) restent possibles et doivent être discutées avec le chirurgien.
Prévention et conseils au quotidien
La prévention du syndrome de Haglund repose sur des mesures simples mais efficaces :
- Choisir judicieusement ses chaussures : contrefort souple, hauteur de talon raisonnable, bon maintien sans compression
- Varier les chaussures au cours de la semaine pour éviter les frottements répétés sur les mêmes zones
- Réaliser des étirements réguliers du tendon d’Achille et du triceps sural, particulièrement avant et après le sport
- Renforcer les muscles stabilisateurs de la cheville et du pied (intrinsèques du pied, péroniers)
- Échauffer progressivement avant toute activité sportive intensive
- Maintenir un poids de forme pour limiter les contraintes mécaniques sur les talons
- Consulter rapidement un professionnel de santé dès l’apparition de douleurs persistantes
En résumé
Le syndrome de Haglund est une pathologie fréquente mais souvent sous-diagnostiquée du talon, caractérisée par une triade associant proéminence osseuse du calcanéum, bursite rétrocalcanéenne et irritation du tendon d’Achille. Ses principales causes sont anatomiques et mécaniques, fortement aggravées par le port de chaussures inadaptées.
Conseils pratiques essentiels :
- Ne jamais ignorer une douleur persistante à l’arrière du talon
- Investir dans des chaussures de qualité, à contrefort souple et bien ajustées
- Varier ses chaussures et éviter le port quotidien de modèles à talons hauts et rigides
- Appliquer de la glace dès les premiers signes inflammatoires
- Réaliser des étirements réguliers du mollet et du tendon d’Achille
- Consulter un médecin ou un podologue dès que la douleur persiste au-delà de deux à trois semaines
- Suivre rigoureusement le traitement conservateur prescrit, car la majorité des patients s’améliorent sans chirurgie
- Envisager un bilan podologique avec réalisation de semelles orthopédiques sur mesure en cas de facteurs biomécaniques favorisants
Avec une prise en charge adaptée et précoce, le pronostic du syndrome de Haglund est favorable dans la grande majorité des cas, permettant de retrouver un confort de marche et une qualité de vie satisfaisante.
Vos questions, nos réponses
Qu'est-ce que le syndrome de Haglund ?
Le syndrome de Haglund est une affection du talon due à une saillie osseuse anormale du calcanéum, associée à une inflammation de la bourse séreuse rétrocalcanéenne. Il provoque une douleur à l'arrière du talon, surtout lors de la marche ou du port de chaussures serrées. Il est parfois appelé 'pump bump'.
Quelles sont les causes du syndrome de Haglund ?
Le syndrome de Haglund résulte d'une prédisposition anatomique (saillie osseuse du calcanéum) aggravée par des facteurs mécaniques : chaussures à talon rigide, pratique sportive intense, marche prolongée. L'inflammation de la bourse séreuse et du tendon d'Achille contribue à la douleur. Un pied creux ou une déformation du pied peut favoriser son apparition.
Comment soulager la douleur du syndrome de Haglund ?
Le traitement initial repose sur le repos, l'application de glace, des antalgiques et le port de chaussures adaptées avec un contrefort souple. Des étirements du tendon d'Achille et des semelles orthopédiques peuvent aider. En cas de douleur persistante, une infiltration de corticoïdes ou une chirurgie peut être envisagée. Consultez un médecin si la douleur vous gêne au quotidien.
Pour aller plus loin
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Syndrome de Haglund : causes et symptômes », consultez les ressources officielles suivantes :
- Ameli — conseil santé et prévention
- Manger Bouger — le guide nutrition
- Haute Autorité de Santé (HAS)
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.