
Syndrome de Hailey-Hailey : comprendre, diagnostiquer et traiter cette dermatose génétique
Le syndrome de Hailey-Hailey est une maladie cutanée génétique rare caractérisée par des lésions érosives récurrentes dans les plis. Découvrez ses causes, ses symptômes, son diagnostic et les options thérapeutiques disponibles.
Qu’est-ce que le syndrome de Hailey-Hailey ?
Le syndrome de Hailey-Hailey, également appelé pemphigus bénin familial ou maladie de Hailey-Hailey de la peau, est une dermatose héréditaire rare qui appartient au groupe des dermatoses acantholytiques. Décrite pour la première fois en 1939 par les frères Howard et Hugh Hailey, dermatologues américains, cette affection touche environ 1 personne sur 50 000 dans le monde, sans prédominance géographique particulière.
Cette maladie se manifeste par l’apparition récurrente de lésions érosives, vésiculeuses et croûteuses, localisées préférentiellement dans les grands plis du corps : aisselles, cou, aines, région inframammaire, périnée et plis abdominaux. Bien qu’évolutive et parfois invalidante, elle n’engage pas le pronostic vital et n’est pas contagieuse.
Les premiers symptômes apparaissent généralement entre la puberté et la quarantaine, avec un pic de fréquence autour de 20 à 30 ans. La maladie évolue par poussées imprévisibles, séparées par des rémissions plus ou moins longues, souvent déclenchées par la chaleur, la transpiration, la friction ou le stress.

Les causes et le mécanisme génétique
Une mutation sur le gène ATP2C1
Le syndrome de Hailey-Hailey est causé par des mutations du gène ATP2C1, situé sur le chromosome 3 (3q21.1). Ce gène code pour une protéine transporteuse, la SPCA1 (Secretory Pathway Calcium/Manganese-ATPase), qui régule le stockage du calcium dans le réticulum endoplasmique des cellules de l’épiderme.
La transmission est autosomique dominante : il suffit qu’une seule copie du gène soit mutée pour que la maladie s’exprime. Chaque enfant d’une personne atteinte a donc 50 % de risques d’hériter de la mutation. Toutefois, l’expression de la maladie est variable au sein d’une même famille : certains porteurs sont peu symptomatiques, d’autres développent des formes sévères.
Le mécanisme physiopathologique
Le déficit en SPCA1 entraîne une perturbation de l’homéostasie calcique dans les kératinocytes, les principales cellules de l’épiderme. Cette anomalie provoque un défaut d’adhésion entre les cellules, appelé acantholyse, qui se traduit par un décollement intra-épidermique caractéristique. Les kératinocytes se désolidarisent et forment des vésicules, puis des érosions.
Plusieurs facteurs déclenchants favorisent les poussées :
- La chaleur et la transpiration excessive (hyperhidrose)
- Les frottements mécaniques et les vêtements serrés
- Les infections cutanées bactériennes, fongiques ou virales (herpès surtout)
- Le stress psychologique et la fatigue
- Les expositions solaires prolongées
- Les variations hormonales (cycle menstruel, grossesse)
- Certains médicaments, notamment les immunosuppresseurs

Les symptômes et manifestations cliniques
Des lésions cutanées caractéristiques
Le tableau clinique du syndrome de Hailey-Hailey repose sur des lésions typiquement localisées dans les grands plis cutanés, zones de macération et de friction. Elles débutent par de petites vésicules fragiles, remplies de liquide clair, qui se rompent rapidement pour laisser place à des érosions suintantes, des croûtes jaunâtres et des fissures souvent douloureuses.
Avec le temps, les lésions deviennent érythémateuses (rouge foncé), bien délimitées, parfois végétantes, malodorantes en cas de surinfection. Elles s’accompagnent fréquemment de :
- Démangeaisons intenses (prurit)
- Sensation de brûlure et de cuisson
- Œdème local et sensation de tension
- Suintement et macération
- Douleur à la mobilisation dans les formes sévères
Localisations les plus fréquentes
Les aisselles, les aines, le cou, la région inframammaire et le périnée sont les zones les plus touchées. Plus rarement, les lésions peuvent atteindre le visage, le cuir chevelu, les muqueuses buccales ou génitales, les plis des coudes et des genoux.
Évolution et complications
La maladie évolue par poussées chroniques, avec une fréquence et une intensité variables selon les individus. Les complications les plus fréquentes sont :
- Les surinfections bactériennes, notamment à staphylocoque doré
- Les mycoses (Candida, dermatophytes)
- Les infections par le virus de l’herpès (herpès simplex), particulièrement redoutées car elles peuvent être diffuses et sévères
- Les lichénifications et l’épaississement de la peau en cas de grattage chronique
- Une altération importante de la qualité de vie, avec gêne sociale, douleur et limitations fonctionnelles
Le diagnostic du syndrome de Hailey-Hailey
Examen clinique et interrogatoire
Le diagnostic est d’abord clinique, fondé sur l’aspect des lésions, leur localisation typique et l’histoire familiale. Le dermatologue interroge le patient sur l’âge de début, les facteurs déclenchants, les antécédents familiaux et l’impact sur la vie quotidienne.
Biopsie cutanée et histologie
En cas de doute, une biopsie cutanée est réalisée pour confirmer le diagnostic. L’examen histopathologique révèle une acantholyse étendue intéressant toute l’épaisseur de l’épiderme, avec un aspect caractéristique en « mur de briques effondré » : les kératinocytes restent attachés par leurs filaments intermédiaires mais se détachent les uns des autres.
Diagnostic différentiel
Plusieurs affections peuvent mimer le syndrome de Hailey-Hailey :
- Le pemphigus vulgaire (auto-immun, avec anticorps anti-desmogléine)
- La maladie de Darier (keratosis follicularis)
- L’eczéma des plis et les intertrigos
- Les érythrodermies et certaines mycose cutanées
- Le pemphigus végétant
Tests génétiques
Un test génétique (séquençage du gène ATP2C1) peut être proposé pour confirmer le diagnostic, notamment dans les formes atypiques, et permettre un conseil génétique familial. Ce test n’est pas systématique lorsqu’un parent est clairement atteint.
Les traitements disponibles
Mesures d’hygiène et de prévention
La base de la prise en charge repose sur des mesures préventives quotidiennes :
- Porter des vêtements amples, en coton ou fibres naturelles
- Éviter la chaleur excessive et les environnements humides
- Sécher soigneusement les plis après la toilette
- Utiliser des savons doux sans parfum
- Appliquer régulièrement des crèmes barrières (type pâte à l’oxyde de zinc)
- Limiter le stress et adopter une bonne hygiène de sommeil
Traitements topiques
Les dermocorticoïdes de puissance moyenne à forte en application locale sont utilisés lors des poussées pour réduire l’inflammation. Les inhibiteurs de la calcineurine (tacrolimus, pimécrolimus) offrent une alternative intéressante, sans les effets secondaires des corticoïdes.
Des antiseptiques locaux (chlorhexidine, nitrate d’argent) et des antibiotiques topiques sont prescrits en cas de surinfection. Les antifongiques sont parfois nécessaires en complément.
Traitements systémiques
Dans les formes sévères ou étendues, plusieurs options sont envisagées :
- Antibiotiques oraux (cyclines, notamment la doxycycline) pour leurs propriétés anti-inflammatoires
- Rétinoïdes (acitrétine, isotrétinoïne) pour réguler la kératinisation
- Immunosuppresseurs (azathioprine, mycophénolate mofétil)
- Dapsone dans certaines situations
- Biothérapies : quelques cas rapportés avec succès sous dupilumab ou adalimumab
Procédures dermatologiques
Plusieurs techniques physiques peuvent être proposées :
- La cryothérapie pour détruire les zones récalcitrantes
- La chirurgie d’exérèse suivie de greffe de peau dans les cas très localisés
- La photothérapie (UVA1 ou UVB à spectre étroit)
- Le laser CO2 ablatif, qui donne parfois d’excellents résultats durables
- La dermabrasion profonde


Vivre avec le syndrome de Hailey-Hailey
Impact psychologique et qualité de vie
Le caractère visible et malodorant des lésions, la douleur chronique et les démangeaisons ont un retentissement psychosocial majeur. Les patients éprouvent souvent de la honte, de l’anxiété et peuvent développer une dépression. Un soutien psychologique est recommandé, ainsi que l’adhésion à des associations de patients qui partagent expériences et conseils.
Alimentation et hygiène de vie
Bien qu’aucun régime spécifique ne soit validé, certains patients constatent une amélioration en :
- Réduisant la consommation d’alcool et de tabac
- Limitant les aliments pro-inflammatoires (sucres raffinés, graisses saturées)
- Privilégiant une alimentation riche en oméga-3, fruits et légumes
- Buvant suffisamment pour maintenir une bonne hydratation cutanée
- Pratiquant une activité physique adaptée, en évitant la transpiration excessive
Suivi médical régulier
Un suivi dermatologique régulier est essentiel, à raison de 2 à 4 consultations par an, pour adapter les traitements, surveiller les surinfections et dépister d’éventuelles complications. Les formes étendues nécessitent souvent une prise en charge multidisciplinaire.
En résumé : conseils pratiques
Le syndrome de Hailey-Hailey est une maladie cutanée héréditaire rare, causée par des mutations du gène ATP2C1, qui provoque des lésions érosives récurrentes dans les plis cutanés. Bien qu’elle ne soit pas dangereuse au plan vital, elle altère significativement la qualité de vie.
Points essentiels à retenir :
- La maladie est génétique et héréditaire, mais de gravité variable
- Les facteurs déclenchants (chaleur, transpiration, friction, stress) doivent être identifiés et évités
- Le diagnostic repose sur la clinique et, au besoin, sur une biopsie cutanée
- Les mesures préventives et une hygiène rigoureuse sont la clé du contrôle de la maladie
- Plusieurs options thérapeutiques existent, des traitements locaux aux biothérapies
- Un suivi spécialisé et un accompagnement psychologique sont recommandés
- En cas de poussée inhabituelle, il faut consulter rapidement pour éliminer une surinfection, notamment herpétique
Avec une prise en charge adaptée et personnalisée, la majorité des patients parvient à espacer les poussées, réduire l’intensité des symptômes et maintenir une bonne qualité de vie. La recherche progresse, avec de nouvelles pistes thérapeutiques laissant espérer une amélioration future des options de traitement.