
Le nerf glossopharyngien, neuvième paire crânienne, assure des fonctions sensitives, motrices et autonomes essentielles au niveau de la gorge, de la langue et du réflexe de déglutition. Découvrez son anatomie, ses fonctions et les principales pathologies associées.
Introduction au nerf glossopharyngien
Le nerf glossopharyngien, également désigné comme la neuvième paire crânienne (IX), est un nerf mixte qui joue un rôle fondamental dans l’innervation de structures profondes de la tête et du cou. Son nom, issu du grec glossa (langue) et pharynx (gorge), résume parfaitement sa principale zone d’action : la partie postérieure de la langue et le pharynx.
Ce nerf est le premier d’une série de nerfs issus du bulbe rachidien qui participent à la complexe innervation pharyngée. Il travaille en étroite collaboration avec le nerf vague (X) et le nerf facial (VII) pour assurer des fonctions vitales comme la déglutition, la gustation et la régulation de la pression artérielle.

Anatomie et trajet du nerf glossopharyngien
Origine et émergence
Le nerf glossopharyngien trouve son origine réelle dans le noyau ambigu, le noyau salivaire inférieur et le noyau du faisceau solitaire, tous situés dans le bulbe rachidien. Ses fibres émergent de la face latérale du bulbe, en arrière de l’olive bulbaire, par une série de petites radicelles qui traversent la pie-mère, l’arachnoïde et la dure-mère pour sortir de la cavité crânienne par le trou déchiré postérieur (foramen jugulaire).
Trajet dans la base du crâne
Au niveau du foramen jugulaire, le nerf glossopharyngien présente deux ganglions sensitifs : le ganglion supérieur (d’Ehrenritter) et le ganglion inférieur (d’Andersch). C’est à ce niveau qu’il partage son passage avec le nerf vague (X) et le nerf accessoire (XI), expliquant pourquoi des lésions à cet endroit peuvent toucher simultanément plusieurs nerfs crâniens (syndrome du foramen jugulaire).
Parcours cervical et branches terminales
Après sa sortie du crâne, le nerf glossopharyngien descend verticalement le long de la face postérieure du muscle stylopharyngien, puis croise la face latérale de ce muscle pour rejoindre la base de la langue. Au cours de son trajet, il décrit une courbe concave en avant et en haut, entourant le muscle stylopharyngien, ce qui constitue un repère anatomique chirurgical important.

Fonctions du nerf glossopharyngien
Fonctions sensitives
Le nerf glossopharyngien assure l’innervation sensitive d’une grande partie du pharynx, particulièrement l’oropharynx, ainsi que du tiers postérieur de la langue (sensibilité générale et gustative). Il innerve également :
- La tonsille palatine et la muqueuse environnante
- La cavité tympanique et la trompe d’Eustache (via le nerf de Jacobson)
- La face postérieure de l’épiglotte
- Une partie de la muqueuse du palais mou
Fonctions sensorielles (goût)
Les fibres gustatives du nerf glossopharyngien transportent les informations gustatives du tiers postérieur de la langue, ainsi que des papilles circumvallées. Ces fibres rejoignent le noyau du faisceau solitaire pour être ensuite relayées vers le cortex gustatif.
Fonctions motrices
Le nerf glossopharyngien innerve le muscle stylopharyngien, qui participe à l’élévation du pharynx et de l’os hyoïde lors de la déglutition et de la phonation. Bien qu’il ne soit pas le principal nerf moteur du pharynx (rôle dévolu au nerf vague), il contribue à la coordination des mouvements pharyngés.
Fonctions végétatives (parasympathiques)
Le nerf glossopharyngien transporte des fibres parasympathiques qui stimulent la sécrétion de la glande parotide, principale glande salivaire. Ces fibres font synapse dans le ganglion otique (d’Arnold), situé sous le foramen ovale, et atteignent la parotide via le nerf auriculo-temporal (branche du nerf mandibulaire V3).
Réflexes associés
Le nerf glossopharyngien est au cœur de plusieurs réflexes essentiels :
- Le réflexe nauséeux (réflexe pharyngé) : déclenché par la stimulation de la paroi postérieure du pharynx
- Le réflexe sinocarotidien : régulation de la pression artérielle via les barorécepteurs du sinus carotidien
- Le réflexe de déglutition : coordination des muscles pharyngés et linguaux
- Le réflexe tympanique : contrôle de la pression dans l’oreille moyenne
Branches collatérales et terminales
Au cours de son trajet, le nerf glossopharyngien donne naissance à plusieurs branches collatérales :
- Le nerf tympanique (de Jacobson) : pénètre dans la cavité tympanique, innerve la muqueuse de l’oreille moyenne et se ramifie en plexus tympanique
- Le nerf carotidien (de Hering) : véhicule les informations des barorécepteurs du sinus carotidien et des chimiorécepteurs du glomus carotidien
- Les branches pharyngées : contribuent au plexus pharyngien
- Le nerf stylopharyngien : innerve le muscle homonyme
- Les branches tonsillaires : innervent la loge amygdalienne
Les branches terminales se distribuent à la muqueuse du tiers postérieur de la langue, assurant à la fois la sensibilité générale, la gustation et l’innervation végétative.

Examen clinique du nerf glossopharyngien
Évaluation de la sensibilité
L’examen clinique du nerf glossopharyngien repose sur plusieurs tests spécifiques. La sensibilité du tiers postérieur de la langue est testée à l’aide d’un coton-tige, en comparant les deux côtés. La gustation peut être évaluée par l’application de substances sucrées, salées, acides ou amères sur cette zone.
Test du réflexe nauséeux
La stimulation de la paroi postérieure du pharynx avec un abaisse-langue provoque normalement un réflexe nauséeux. L’abolition unilatérale de ce réflexe suggère une lésion du nerf glossopharyngien du même côté. Ce test fait partie intégrante de l’examen neurologique standard.
Évaluation motrice
La fonction motrice est difficile à isoler cliniquement car le muscle stylopharyngien n’est pas directement accessible à l’examen. Cependant, des troubles de la déglutition ou une légère asymétrie lors de la phonation peuvent orienter le diagnostic.
Pathologies du nerf glossopharyngien
Névralgie du glossopharyngien
La névralgie du glossopharyngien est une pathologie rare caractérisée par des douleurs paroxystiques intenses localisées dans le territoire du nerf : base de la langue, gorge, amygdale, angle de la mâchoire et parfois dans l’oreille. Les crises, souvent déclenchées par la déglutition, la mastication, la parole ou la toux, peuvent durer de quelques secondes à deux minutes. Cette affection, plus fréquente après 50 ans, peut être idiopathique ou secondaire à une compression vasculaire, une tumeur du cou ou une pathologie inflammatoire.
Paralysie et lésions nerveuses
Une atteinte unilatérale du nerf glossopharyngien peut entraîner :
- Une perte de sensibilité du tiers postérieur de la langue
- Une abolition du réflexe nauséeux du côté atteint
- Des troubles de la déglutition limités
- Une diminution de la sécrétion salivaire parotidienne
- Des troubles de la gustation dans le tiers postérieur de la langue
Les causes les plus fréquentes sont les tumeurs de l’angle ponto-cérébelleux, les paragangliomes jugulaires, les fractures de la base du crâne et les anévrismes carotidiens.
Syndrome de Eagle
Le syndrome de Eagle correspond à une compression du nerf glossopharyngien par une apophyse styloïde allongée ou un ligament stylo-hyoïdien calcifié. Il se manifeste par des douleurs pharyngées, une dysphagie, des otalgies et parfois des sensations de corps étranger dans la gorge.
Syndrome du foramen jugulaire
Cette pathologie résulte d’une atteinte simultanée des nerfs IX, X et XI au niveau du trou déchiré postérieur. Les tumeurs (paragangliomes, méningiomes, métastases) en sont la cause principale. Le tableau clinique associe dysphonie, dysphagie, perte du réflexe nauséeux, faiblesse du trapèze et du sterno-cléido-mastoïdien.
Atteintes inflammatoires et infectieuses
Certaines infections virales (zona, herpès) ou bactériennes peuvent toucher le nerf glossopharyngien ou ses ganglions. Le zona pharyngien, en particulier, peut entraîner des douleurs intenses avec éruption vésiculeuse dans le territoire nerveux.
Diagnostic et explorations
Imagerie médicale
L’IRM cérébrale et du cou avec injection de gadolinium constitue l’examen de référence pour explorer le nerf glossopharyngien et son trajet. Le scanner est utile pour évaluer les structures osseuses de la base du crâne et détecter une éventuelle apophyse styloïde allongée dans le syndrome d’Eagle. L’angio-IRM ou l’angioscanner permettent de rechercher une compression vasculaire en cas de névralgie.
Électrophysiologie
Les potentiels évoqués gustatifs et l’étude du réflexe de clignement (blink reflex) par stimulation du nerf glossopharyngien peuvent aider à objectiver une atteinte nerveuse, bien que ces techniques soient peu utilisées en routine.
Traitements et prise en charge
Traitement de la névralgie
La névralgie du glossopharyngien répond souvent favorablement aux anticonvulsivants comme la carbamazépine, l’oxcarbazépine ou la gabapentine. En cas d’échec du traitement médical, plusieurs options interventionnelles existent :
- La décompression microvasculaire (technique de Jannetta) : intervention chirurgicale consistant à libérer le nerf de la compression vasculaire
- La thermocoagulation percutanée du ganglion d’Andersch
- La rhizotomie (section des racines nerveuses) par voie chirurgicale
- La radiochirurgie stéréotaxique (Gamma Knife)
- Les infiltrations locales d’anesthésiques et de corticoïdes
Prise en charge étiologique
Le traitement des lésions nerveuses dépend de leur cause. Les tumeurs nécessitent une exérèse chirurgicale, souvent complétée par radiothérapie. Les paragangliomes peuvent faire l’objet d’une surveillance active, d’une embolisation, d’une chirurgie ou d’une radiothérapie selon leur taille et leur localisation.
Rééducation fonctionnelle
En cas de troubles de la déglutition persistants, une rééducation orthophonique est recommandée pour apprendre des stratégies compensatoires et maintenir une alimentation orale sécurisée.
En bref
Le nerf glossopharyngien (IX) est un nerf mixte essentiel qui innerve la partie postérieure de la langue, le pharynx, la trompe d’Eustache et la glande parotide. Ses fonctions sont à la fois sensitives (sensibilité et goût), motrices (muscle stylopharyngien) et parasympathiques (sécrétion salivaire). Il participe également à des réflexes vitaux comme le réflexe nauséeux et la régulation de la pression artérielle via le sinus carotidien.
Conseils pratiques
- En cas de douleur persistante à la gorge, à l’oreille ou à la base de la langue, ne tardez pas à consulter, surtout si elle est déclenchée par la déglutition.
- Informez votre médecin de toute difficulté à avaler, modification du goût ou perte du réflexe nauséeux, qui peuvent traduire une atteinte nerveuse.
- La névralgie du glossopharyngien est une pathologie bénigne mais douloureuse : des traitements médicaux efficaces existent dans la majorité des cas.
- En cas de traumatisme crânien ou de chirurgie de la base du crâne, un examen neurologique des paires crâniennes est indispensable pour dépister une atteinte.
- La rééducation orthophonique joue un rôle clé dans la récupération fonctionnelle après une lésion nerveuse pharyngée.
On répond à vos questions
Quelles sont les fonctions du nerf glossopharyngien ?
Le nerf glossopharyngien assure la sensibilité du tiers postérieur de la langue, du pharynx et de l'oreille moyenne. Il contrôle des muscles de la déglutition et participe au réflexe nauséeux. Il innerve aussi la glande parotide. Une atteinte de ce nerf peut entraîner des troubles de la déglutition ou de la voix. Consultez un médecin en cas de symptômes.
Quelles pathologies touchent le nerf glossopharyngien ?
Le nerf glossopharyngien peut être atteint par une névralgie, une infection, un traumatisme, une tumeur ou un accident vasculaire. La névralgie glossopharyngienne provoque des douleurs intenses de la gorge. Un diagnostic médical est indispensable pour en identifier la cause. En cas de douleur brutale ou de difficulté à avaler, consultez un médecin.
Comment traiter une atteinte du nerf glossopharyngien ?
Le traitement d'une atteinte du nerf glossopharyngien dépend de la cause : antalgiques, anticonvulsivants, antibiotiques ou chirurgie. La rééducation orthophonique peut aider en cas de troubles de la déglutition. Aucun traitement ne doit être entrepris sans avis médical. Consultez un neurologue ou un ORL pour une prise en charge adaptée.
Sources et pour aller plus loin
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Le nerf glossopharyngien (IX) : anatomie et pathologies », consultez les ressources officielles suivantes :
- Inserm — Institut national de la santé et de la recherche médicale
- Haute Autorité de Santé (HAS)
- Ameli — Assurance Maladie : comprendre le corps humain
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.