
Le muscle constricteur supérieur du pharynx : anatomie, fonction et pathologies
Le constricteur supérieur du pharynx est un muscle clé de la déglutition. Découvrez son anatomie détaillée, son rôle fonctionnel, ses rapports et les pathologies qui peuvent l'affecter.
Introduction au muscle constricteur supérieur du pharynx
Le muscle constricteur supérieur du pharynx (musculus constrictor pharyngis superior) est l’un des trois muscles constricteurs qui forment la paroi musculaire du pharynx, avec le constricteur moyen et le constricteur inférieur. Situé dans la partie haute de l’appareil aéro-digestif, ce muscle joue un rôle essentiel dans la déglutition, la phonation et la protection des voies aériennes. Il appartient au groupe des muscles intrinsèques du pharynx et constitue, avec le stylopharyngien et le salpingopharyngien, l’un des trois muscles élévateurs et constricteurs de la gorge.
Son étude est fondamentale pour les étudiants en médecine, les spécialistes ORL, les orthophonistes et les kinésithérapeutes spécialisés dans les troubles de la déglutition. Ce muscle forme une véritable sangle contractile qui rétrécit le pharynx lors du passage du bol alimentaire.
Anatomie descriptive et situation
Forme et structure
Le constricteur supérieur du pharynx est un muscle pair et symétrique, de forme quadrilatérale et aplatie. Il s’inscrit dans la constitution de la paroi latérale et postérieure du nasopharynx et de l’oropharynx. Ses fibres musculaires sont disposées de manière à former une lame incurvée en gouttière ouverte vers l’avant, contribuant à donner au pharynx sa forme caractéristique en entonnoir.
Le muscle se présente comme une nappe musculaire large et mince, dont les fibres convergent vers la ligne médiane postérieure du pharynx où elles s’insèrent sur une structure tendineuse centrale appelée le raphé pharyngien. Ce raphé s’étend du tubercule pharyngien de l’os occipital jusqu’à la partie inférieure du pharynx.
Situation topographique
Le constricteur supérieur occupe la portion la plus céphalique de la musculeuse pharyngée. Il s’étend approximativement du niveau de l’os hyoïde jusqu’à la base du crâne. En avant, il est en rapport avec la cavité buccale, la mandibule et la base de la langue. En arrière, il répond à l’espace rétropharyngien contenant du tissu cellulaire lâche et les muscles prévertébraux recouverts par leur fascia.
Insertions et origines musculaires
Origines du muscle
Le constricteur supérieur du pharynx présente plusieurs origines, ce qui en fait un muscle polygastrique. On lui décrit classiquement quatre chefs d’origine :
- Le chef ptérygoïdien (ou ptérygo-pharyngien) : il naît de la partie inférieure de la lame médiale du processus ptérygoïde de l’os sphénoïde et de son hamulus ptérygoïdien. Ce processus osseux en forme de crochet sert de poulie de réflexion pour le tendon du muscle tenseur du voile du palais.
- Le chef ptérygo-mandibulaire : il s’insère sur le raphé ptérygo-mandibulaire, une bandelette fibreuse tendue entre l’hamulus ptérygoïdien et la partie postérieure de la ligne mylo-hyoïdienne mandibulaire. Ce raphé représente un point de repère essentiel en chirurgie buccale.
- Le chef mandibulaire (ou mylo-pharyngien) : il prend naissance sur la portion la plus postérieure de la ligne mylo-hyoïdienne de la face interne de la mandibule, dans sa partie buccale et molaire.
- Le chef glosso-pharyngien : certaines fibres musculaires naissent de la base de la langue, contribuant à la liaison fonctionnelle entre la langue et le pharynx.
Terminaison du muscle
Toutes les fibres du constricteur supérieur se terminent en arrière sur le raphé pharyngien, structure tendineuse médiane située à la face postérieure du pharynx. Ce raphé se fixe en haut sur le tubercule pharyngien de la face basilaire de l’os occipital, offrant un point d’ancrage solide à l’ensemble des muscles constricteurs.
Innervation et vascularisation
Innervation motrice et sensitive
L’innervation du constricteur supérieur du pharynx est mixte et provient principalement du plexus pharyngien, un réseau nerveux formé par :
- Le nerf glosso-pharyngien (IXe paire crânienne), qui apporte la composante sensitive majoritaire de la muqueuse pharyngée et contribue à l’innervation motrice du constricteur supérieur.
- Le nerf vague (Xe paire crânienne), via ses branches pharyngiennes, qui assure l’essentiel de l’innervation motrice des muscles constricteurs du pharynx.
- Des fibres sympathiques issues du ganglion cervical supérieur qui participent également au plexus.
Il convient de noter que certains auteurs décrivent une innervation complémentaire par le nerf mandibulaire (V3) pour les fibres les plus antérieures, témoignant de la complexité embryologique de ce muscle.
Vascularisation artérielle et veineuse
La vascularisation artérielle du constricteur supérieur est assurée principalement par :
- L’artère pharyngienne ascendante, branche de l’artère carotide externe
- L’artère palatine ascendante, branche de l’artère faciale
- Des rameaux de l’artère maxillaire via ses branches ptérygo-palatines
Le drainage veineux s’effectue par les veines pharyngiennes qui se jettent dans la veine jugulaire interne, parfois via le plexus veineux ptérygoïdien.
Fonction et rôle physiologique
Rôle dans la déglutition
Le constricteur supérieur du pharynx joue un rôle central dans la phase pharyngée de la déglutition. Sa contraction provoque un rétrécissement actif de la lumière pharyngée, contribuant à la propulsion du bol alimentaire vers l’œsophage. La séquence fonctionnelle se déroule ainsi :
- Lors de la déglutition volontaire, le bol alimentaire est d’abord poussé par la langue vers l’isthme du gosier
- Le constricteur supérieur se contracte en synergie avec les muscles du voile du palais qui ferment la communication avec le nasopharynx
- La contraction péristaltique des constricteurs propulse ensuite le bol vers le bas
- Le muscle cricopharyngien (partie inférieure du constricteur inférieur) se relâche pour permettre l’entrée dans l’œsophage
Rôle dans la phonation et la respiration
Bien que son rôle soit secondaire dans ces fonctions, le constricteur supérieur participe à la modulation de la voix en modifiant la géométrie du pharynx, ce qui influence les caractéristiques acoustiques des voyelles. Il contribue également à la perméabilité des voies aériennes supérieures pendant la respiration en maintenant un certain tonus de la paroi pharyngée.
Rapports anatomiques
Rapports antérieurs
En avant, le constricteur supérieur entre en rapport avec :
- La cavité buccale et plus particulièrement les amygdales palatines, qui reposent dans la loge amygdalienne limitée par ce muscle
- Le raphé ptérygo-mandibulaire, dont il constitue la limite postérieure
- La base de la langue et ses muscles intrinsèques
- Le muscle mylo-hyoïdien, qui forme le plancher buccal
Rapports postérieurs et latéraux
En arrière, le muscle répond à l’espace rétro-pharyngien contenant les nœuds lymphatiques rétro-pharyngiens, importants en pathologie infectieuse. Latéralement, il est en rapport avec les espaces para-pharyngiens et la gaine carotidienne, zone de passage de l’artère carotide interne, de la veine jugulaire interne et des nerfs crâniens IX, X, XI et XII.
Pathologies associées au constricteur supérieur du pharynx
Dysphagie et troubles de la déglutition
Les dysfonctions du constricteur supérieur se manifestent par une dysphagie haute, avec sensation de blocage au niveau de la gorge, particulièrement pour les solides. Ces troubles peuvent résulter de :
- Parésie ou paralysie du plexus pharyngien
- Atteinte neurologique centrale (AVC, maladies neurodégénératives)
- Dénervation post-chirurgicale
- Atrophie musculaire liée à l’âge
Tumeurs et compressions
Les tumeurs de l’oropharynx, en particulier les carcinomes épidermoïdes de l’amygdale et de la base de la langue, peuvent infiltrer le constricteur supérieur. Ces tumeurs, souvent associées au papillomavirus humain (HPV), entraînent des troubles de la déglutition, une otalgie réflexe et parfois des adénopathies cervicales.
Spasmes et dyskinésies
Des spasmes du constricteur supérieur peuvent survenir dans le cadre de pathologies neurologiques comme la dystonie oromandibulaire ou certains troubles anxieux. Ils se manifestent par une sensation de striction pharyngée, des difficultés à avaler et parfois des algies pharyngées.
Explorations et examens complémentaires
Le diagnostic des pathologies du constricteur supérieur repose sur plusieurs examens :
- La nasofibroscopie : visualisation directe des parois pharyngées et du mouvement des muscles lors de la déglutition
- La vidéofluoroscopie de la déglutition : examen de référence pour évaluer la cinétique de déglutition
- L’IRM cervicale : exploration des parties molles et détection d’éventuelles tumeurs
- L’électromyographie pharyngée : étude de l’activité électrique musculaire
- La manométrie pharyngée : mesure des pressions générées par les constricteurs
En résumé
Le muscle constricteur supérieur du pharynx est un élément anatomique fondamental de l’appareil aéro-digestif, caractérisé par :
- Quatre chefs d’origine (ptérygoïdien, ptérygo-mandibulaire, mandibulaire et glosso-pharyngien)
- Une terminaison sur le raphé pharyngien médian
- Une innervation par le plexus pharyngien (IX et X)
- Un rôle essentiel dans la propulsion du bol alimentaire lors de la déglutition
- Des rapports étroits avec les amygdales, l’espace para-pharyngien et la gaine carotidienne
Conseils pratiques pour la santé du pharynx
Pour préserver la fonction de ce muscle et prévenir les troubles de la déglutition, quelques mesures simples peuvent être adoptées :
- Maintenir une bonne hydratation pour assurer la lubrification des muqueuses pharyngées
- Mastiquer lentement et soigneusement les aliments pour faciliter le travail des muscles constricteurs
- Éviter le tabac et l’alcool, facteurs de risque majeurs de cancers oropharyngés
- Consulter rapidement en cas de dysphagie persistante, d’otalgie réflexe ou de modification de la voix
- Bénéficier d’un suivi orthophonique en cas de troubles de la déglutition, avec des exercices de renforcement musculaire ciblés
- Pratiquer une hygiène bucco-dentaire rigoureuse pour limiter les infections locales
En cas de symptômes persistants tels qu’une difficulté à avaler, une sensation de corps étranger dans la gorge ou des douleurs pharyngées inexpliquées, il est recommandé de consulter un médecin ORL qui pourra réaliser les explorations nécessaires et orienter la prise en charge.