
La maladie de Hirschsprung est une malformation congénitale rare de l'intestin caractérisée par l'absence de cellules ganglionnaires. Découvrez ses causes, ses symptômes, son diagnostic et ses traitements.
Qu’est-ce que la maladie de Hirschsprung ?
La maladie de Hirschsprung, également appelée mégacôlon congénital, est une pathologie digestive rare qui se manifeste dès la naissance. Elle résulte d’une anomalie du développement embryonnaire du système nerveux entérique, entraînant l’absence de cellules ganglionnaires (neurones) dans une partie du côlon ou du rectum. Cette absence provoque une paralysie du segment intestinal atteint, qui ne peut plus se contracter ni propulser les selles normalement.
Cette maladie touche environ 1 naissance sur 5 000, avec une prédominance masculine (ratio de 4 garçons pour 1 fille). Elle est le plus souvent diagnostiquée chez le nouveau-né ou le jeune nourrisson, bien que certaines formes légères puissent être découvertes plus tardivement, voire à l’âge adulte. La longueur du segment sans cellules nerveuses varie d’un patient à l’autre : dans 75 % des cas, l’atteinte se limite au rectosigmoïde (forme courte), mais elle peut s’étendre au côlon entier, voire à l’intestin grêle dans de rares cas (forme totale).
Une pathologie inscrite dans l’histoire médicale
La maladie doit son nom au médecin danois Harald Hirschsprung, qui l’a décrite pour la première fois en 1886 lors d’une présentation à la Société royale de médecine de Berlin. Cependant, ce n’est qu’en 1949 que le chirurgien suisse Orvar Swenson a compris que la maladie était liée à un défaut d’innervation du rectum, ouvrant ainsi la voie à des traitements chirurgicaux efficaces.

Causes et mécanismes de la maladie
La maladie de Hirschsprung est causée par un défaut de migration des cellules de la crête neurale durant la vie embryonnaire. Normalement, entre la 5e et la 12e semaine de gestation, les précurseurs des neurones entériques migrent depuis le sommet du tube digestif vers sa partie distale (rectum). Lorsque cette migration s’arrête prématurément, le segment aval reste dépourvu de ganglions nerveux.
Les facteurs génétiques impliqués
Plusieurs gènes jouent un rôle clé dans le développement du système nerveux entérique :
- Le gène RET (muté dans 50 % des formes familiales et 15-20 % des cas sporadiques)
- Le gène EDNRB et son ligand EDN3 (associés au syndrome de Shah-Waardenburg)
- Le gène PHOX2B
- Les gènes ZFHX1B, SOX10 et NRG1
Dans environ 20 à 30 % des cas, un terrain familial est retrouvé. La transmission est le plus souvent autosomique dominante à pénétrance variable, bien que des modes récessifs soient également décrits. Le risque de récurrence pour un couple ayant déjà un enfant atteint est d’environ 4 % pour les hommes atteints et de 1 % pour les femmes porteuses.
Les facteurs de risque et syndromes associés
La maladie de Hirschsprung peut être isolée ou associée à d’autres anomalies chromosomiques :
- Trisomie 21 (syndrome de Down) : on estime que 5 à 15 % des patients trisomiques présentent une maladie de Hirschsprung
- Syndrome de Shah-Waardenburg (associé à une surdité et des anomalies pigmentaires)
- Syndrome de Mowat-Wilson
- Maladies neurocristopathies en général
Symptômes et manifestations cliniques
La présentation clinique varie considérablement en fonction de l’âge du patient et de la longueur du segment atteint. Les nouveau-nés représentent la majorité des cas diagnostiqués.
Chez le nouveau-né
Les signes d’appel sont les suivants :
- Retard à l’émission du méconium au-delà de 48 heures après la naissance (le méconium est normalement expulsé dans les 24 premières heures)
- Distension abdominale importante et progressive
- Vomissements bilieux (verts) ou alimentaires
- Occlusion intestinale néonatale
- Constipation opiniâtre résistante aux traitements habituels
Chez le nourrisson et l’enfant plus grand
Lorsque la maladie est diagnostiquée plus tardivement, on observe :
- Une constipation chronique sévère
- Un retard de croissance staturo-pondéral
- Des épisodes récurrents d’entérocolite (inflammation intestinale grave)
- Une alternance entre constipation opiniâtre et épisodes de diarrhée liquide
- Un abdomen distendu avec palpation de fécalomes
- Des douleurs abdominales récurrentes
Formes cliniques particulières
La maladie de Hirschsprung totale (ultra-courte) atteint l’ensemble du côlon et parfois l’intestin grêle. Elle se manifeste par une occlusion précoce et nécessite une prise en charge chirurgicale complexe. À l’inverse, la forme ultra-courte, limitée au canal anal, peut passer inaperçue jusqu’à l’âge adulte et se présenter comme une constipation chronique.
Diagnostic de la maladie de Hirschsprung
Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques, radiologiques et histologiques. Plus le diagnostic est précoce, meilleur est le pronostic.
Les examens de première intention
La biopsie rectale reste l’examen de référence pour confirmer le diagnostic. Réalisée par voie transanale, elle permet d’analyser un fragment de muqueuse et de sous-muqueuse rectale. L’absence de cellules ganglionnaires dans les plexus sous-muqueux de Meissner et sous-muqueux profond de Henle confirme le diagnostic. Une hypertrophie des fibres nerveuses extrinsèques est également observée.
D’autres examens complémentaires sont utiles :
- Lavement baryté : montre un rectum étroit avec dilatation en amont de la zone aganglionnaire
- Manométrie anorectale : met en évidence l’absence de relaxation du sphincter anal interne lors de la distension rectale (reflexe recto-anal inhibiteur absent)
- Échographie abdominale : évalue la distension et l’état des voies digestives
Diagnostic anténatal et génétique
Dans certains cas, des signes évocateurs peuvent être observés à l’échographie obstétricale : distension intestinale, polyhydramnios ou absence de visualisation de la vessie. Le diagnostic génétique est particulièrement indiqué en cas d’antécédents familiaux ou de suspicion de syndrome associé. Il repose sur un séquençage ciblé du gène RET et, si nécessaire, sur un panel de gènes plus étendu.

Traitements et prise en charge
Le traitement de la maladie de Hirschsprung est essentiellement chirurgical. L’objectif est d’exciser le segment aganglionnaire et de rétablir une continuité digestive en abaissant la partie saine de l’intestin jusqu’à l’anus.
Les interventions chirurgicales classiques
Plusieurs techniques opératoires existent, choisies en fonction de l’âge, de l’étendue de la maladie et de l’expérience du chirurgien :
- Procédure de Swenson : résection complète du segment aganglionnaire avec anastomose colorectale
- Procédure de Soave : dissection endorectale avec abaissement du côlon sain à travers le rectum
- Procédure de Duhamel : création d’une anastomose colo-rectale latéro-terminale (très utilisée en France)
Ces interventions peuvent être réalisées en un seul temps opératoire ou en deux étapes (colostomie d’attente puis rétablissement de la continuité), notamment en cas d’entérocolite ou de forme totale.
Les techniques mini-invasives
Depuis les années 2000, les techniques laparoscopiques et robotiques se sont largement développées. Elles offrent plusieurs avantages :
- Réduction des douleurs post-opératoires
- Diminution de la durée d’hospitalisation
- Meilleure cicatrisation et résultat esthétique
- Précision accrue dans le repérage du niveau de la transition
Plus récemment, des techniques d’abaissement transanal en un temps (TERPT) ont été développées, particulièrement adaptées aux formes courtes et chez le nourrisson.
Prise en charge pré et post-opératoire
Avant la chirurgie, une préparation colique (lavements évacuateurs) peut être nécessaire en cas de fécalomes. Après l’opération, le suivi associe :
- Une surveillance des fonctions digestives
- Un programme de dilatation anale pour prévenir les sténoses
- Une prise en charge nutritionnelle
- Un soutien psychologique pour l’enfant et sa famille
Complications et pronostic
Malgré les progrès chirurguraux, plusieurs complications peuvent survenir à court ou long terme.
Les complications précoces
- Entérocolite post-opératoire : complication la plus redoutée, survenant chez 20 à 40 % des patients. Elle se manifeste par une fièvre, une diarrhée sanglante et une distension abdominale
- Sténose anastomotique
- Fistule anastomotique
- Infection du site opératoire
Les séquelles fonctionnelles à long terme
Même après une chirurgie réussie, certains patients présentent des troubles fonctionnels persistants :
- Incontinence anale (particulièrement chez les enfants opérés tard)
- Constipation résiduelle
- Souillures fécales
- Troubles de la discrimination anale
Ces troubles s’améliorent généralement avec le temps et grâce à une prise en charge adaptée (biofeedback, rééducation périnéale, régimes alimentaires).
Qualité de vie et devenir à l’âge adulte
Le pronostic est globalement favorable, en particulier pour les formes courtes diagnostiquées précocement. La majorité des patients mène une vie normale à l’âge adulte, avec une bonne continence. Cependant, un suivi prolongé est recommandé, incluant un contrôle histologique de biopsies régulières et une évaluation fonctionnelle périodique.

Vivre avec la maladie de Hirschsprung : aspects pratiques
Le quotidien des familles
Le diagnostic de la maladie de Hirschsprung bouleverse la vie familiale, particulièrement lorsqu’il s’agit d’un nouveau-né. Les parents doivent apprendre à gérer les soins post-opératoires, les dilatations anales et à reconnaître les signes d’alerte d’entérocolite. Un accompagnement par une équipe pluridisciplinaire (chirurgien pédiatre, gastro-entérologue, psychologue, diététicien) est essentiel.
Alimentation et hygiène de vie
Après la chirurgie, certaines mesures diététiques favorisent le transit :
- Apport suffisant en fibres alimentaires (fruits, légumes, céréales complètes)
- Hydratation abondante
- Limitation des aliments constipants (riz, carottes cuites, bananes)
- Alimentation fractionnée et régulière
- Activité physique adaptée à l’âge
Suivi médical à long terme
Un suivi régulier est indispensable tout au long de la croissance :
- Consultations pédiatriques semestrielles les premières années
- Évaluation de la continence et de la qualité de vie
- Bilan nutritionnel et croissance staturo-pondérale
- Conseil génétique pour les familles à risque
- Transition vers le suivi adulte vers l’âge de 16-18 ans
Conseils pratiques et En résumé
Points essentiels à retenir
- La maladie de Hirschsprung est une malformation congénitale due à l’absence de cellules ganglionnaires dans le côlon ou le rectum
- Elle touche environ 1 naissance sur 5 000, avec une prédominance masculine
- Le signe d’alerte majeur chez le nouveau-né est le retard d’émission du méconium au-delà de 48 heures
- Le diagnostic repose sur la biopsie rectale, complétée par le lavement baryté et la manométrie
- Le traitement est chirurgical et permet une guérison dans la majorité des cas
- La principale complication est l’entérocolite, qui nécessite une prise en charge urgente
- Un suivi médical prolongé est essentiel pour dépister les séquelles fonctionnelles
Quand consulter en urgence ?
Toute personne opérée d’une maladie de Hirschsprung doit consulter en urgence en cas de :
- Fièvre associée à une distension abdominale importante
- Diarrhée sanglante ou très abondante
- Vomissements répétés
- Arrêt complet des gaz et des selles
- Douleurs abdominales intenses
En cas d’antécédents familiaux de maladie de Hirschsprung, un conseil génétique est recommandé avant tout projet parental. Les progrès de la chirurgie mini-invasive et de la prise en charge pluridisciplinaire permettent aujourd’hui à la grande majorité des patients de mener une vie normale, active et épanouie.
FAQ
Quels sont les symptômes de la maladie de Hirschsprung ?
Chez le nouveau-né, les symptômes incluent l'absence de selles dans les 48 heures suivant la naissance, un ventre gonflé et des vomissements. Chez l'enfant plus grand, une constipation chronique et une croissance ralentie peuvent apparaître. La maladie est due à l'absence de cellules nerveuses dans le côlon. Consultez un pédiatre en cas de signes évocateurs.
Comment diagnostique-t-on la maladie de Hirschsprung ?
Le diagnostic repose sur la biopsie rectale, qui montre l'absence de cellules ganglionnaires. Un lavement baryté et une manométrie anorectale peuvent aussi être réalisés. Le diagnostic est souvent posé dans les premiers mois de vie. Une prise en charge chirurgicale est nécessaire. Consultez un spécialiste en chirurgie pédiatrique.
Quel traitement pour la maladie de Hirschsprung ?
Le traitement est chirurgical et consiste à retirer la partie du côlon dépourvue de cellules ganglionnaires, puis à rétablir la continuité intestinale. L'intervention est généralement réalisée dans la petite enfance. Un suivi post-opératoire est important pour prévenir les complications. En cas de symptômes, consultez rapidement un médecin.
Sources et pour aller plus loin
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Maladie de Hirschsprung : cette pathologie congénitale », consultez les ressources officielles suivantes :
- Haute Autorité de Santé (HAS) — santé de l'enfant
- Ameli — santé de l'enfant
- Santé publique France — pédiatrie et prévention
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.