
Découvrez le plexus myentérique d'Auerbach, ce réseau nerveux essentiel situé dans la paroi digestive qui contrôle la motilité gastro-intestinale et dont les dysfonctionnements sont à l'origine de plusieurs pathologies.
Définition et contexte historique
Le plexus myentérique d’Auerbach, également appelé plexus myentérique, est un réseau dense de neurones et de cellules gliales situé dans la paroi du tube digestif. Il constitue l’un des deux principaux composants du système nerveux entérique (SNE), avec le plexus sous-muqueux de Meissner. Ce réseau nerveux intramural est capable de contrôler de manière autonome la motilité gastro-intestinale, même en l’absence de toute connexion avec le système nerveux central.
Ce plexus tire son nom de Leopold Auerbach (1828-1897), neuropathologiste allemand qui l’a décrit pour la première fois en 1864. Ses travaux pionniers ont révolutionné la compréhension de l’innervation du tube digestif et ont ouvert la voie à la reconnaissance du système nerveux entérique comme un véritable « deuxième cerveau ». Son apport scientifique lui a permis d’être reconnu comme l’un des pères fondateurs de la neurogastroentérologie moderne.
Localisation anatomique
Position dans la paroi digestive
Le plexus myentérique d’Auerbach est situé entre les deux couches de la musculeuse du tube digestif, plus précisément entre la couche musculaire longitudinale externe et la couche musculaire circulaire interne. Cette localisation stratégique lui permet d’innerver simultanément les deux couches musculaires responsables des mouvements péristaltiques.
On retrouve ce plexus sur toute la longueur du tube digestif, depuis l’œsophage jusqu’au rectum, en passant par l’estomac, l’intestin grêle (duodénum, jéjunum, iléon) et le côlon. Sa densité varie cependant selon les segments : il est particulièrement développé dans les zones où la motilité est complexe, comme l’estomac, le sphincter pylorique, la valvule iléo-cæcale et le rectum.
Organisation topographique
Sur le plan microscopique, le plexus d’Auerbach se présente sous la forme d’un réseau tridimensionnel composé de ganglions nerveux reliés entre eux par des fibres nerveuses. Chaque ganglion contient entre 3 et 50 corps cellulaires neuronaux, et l’ensemble forme un maillage serré qui accompagne les vaisseaux sanguins et les fibres musculaires lisses.
Au niveau de l’œsophage, le plexus est situé dans la musculeuse, mais il devient plus dense dans la partie inférieure. Dans l’estomac, il est particulièrement développé au niveau du fundus et de l’antre. Au niveau du rectum, le plexus myentérique prend le nom de plexus rectal et joue un rôle clé dans la continence anale.

Composition cellulaire et structure
Types de neurones
Le plexus myentérique est composé de plusieurs types de neurones, chacun ayant une fonction spécifique :
- Neurones moteurs excitateurs : ils libèrent de l’acétylcholine et des tachykinines (substance P) pour provoquer la contraction des muscles lisses.
- Neurones moteurs inhibiteurs : ils sécrètent du monoxyde d’azote (NO), du peptide vasoactif intestinal (VIP) et de l’ATP pour induire la relaxation musculaire.
- Neurones sensoriels : ils détectent les stimuli chimiques, mécaniques et thermiques présents dans la lumière intestinale.
- Interneurones : ils connectent les différents types de neurones entre eux et coordonnent les réflexes locaux.
- Neurones sécrétoires : ils régulent la sécrétion d’eau et d’électrolytes par la muqueuse.
Cellules gliales entériques
Outre les neurones, le plexus myentérique contient des cellules gliales entériques, équivalentes aux cellules gliales du cerveau. Elles représentent à elles seules environ 70 % des cellules du SNE. Ces cellules jouent un rôle essentiel dans le soutien, la nutrition et la modulation de l’activité neuronale. Des recherches récentes ont montré qu’elles participent également à la réparation tissulaire et à l’inflammation intestinale.
Fonctions physiologiques
Contrôle de la motilité digestive
La fonction principale du plexus myentérique d’Auerbach est le contrôle de la motilité gastro-intestinale. Il coordonne les contractions rythmiques des muscles lisses qui permettent :
- La progression du bol alimentaire le long du tube digestif (péristaltisme).
- Le mélange des aliments avec les sucs digestifs (segmentation).
- L’ouverture et la fermeture des sphincters (pylore, iléo-cæcal, anal).
- La vidange gastrique.
- Le stockage temporaire des matières dans le côlon.
Ce contrôle est particulièrement important pour le complexe moteur migrant (CMM), une onde de contractions qui parcourt l’intestin grêle pendant le jeûne et qui nettoie le tube digestif des résidus alimentaires.
Intégration sensorielle et réflexes locaux
Le plexus myentérique est capable de recevoir des informations sensorielles de la muqueuse et de la paroi intestinale, puis de générer des réflexes entériques locaux sans intervention du système nerveux central. Ces réflexes comprennent notamment :
- Le réflexe péristaltique : déclenché par la distension de la paroi intestinale.
- Le réflexe de relaxation : permettant l’ouverture des sphincters.
- Le réflexe d’accommodation gastrique : permettant à l’estomac de se relâcher lors de l’arrivée des aliments.
Interactions avec le système nerveux central
Bien que le plexus d’Auerbach fonctionne de manière largement autonome, il est en constante communication avec le système nerveux central (SNC) via le nerf vague (parasympathique) et les nerfs splanchniques (sympathique).
Le nerf vague exerce une influence stimulante sur la motilité digestive en activant les neurones excitateurs du plexus myentérique. À l’inverse, le système sympathique tend à inhiber la motilité, notamment dans les situations de stress (« effet de stress intestinal »). Ces connexions bidirectionnelles établissent ce que les chercheurs appellent l’axe cerveau-intestin, fondamental dans la compréhension des troubles fonctionnels digestifs.
De plus, le plexus myentérique est sensible aux neurotransmetteurs et aux hormones circulants, comme la sérotonine (5-HT), qui joue un rôle crucial dans la régulation de la motilité intestinale.
Pathologies associées
Maladie de Hirschsprung
La maladie de Hirschsprung (ou aganglionose intestinale congénitale) est l’une des pathologies les plus emblématiques du plexus myentérique. Elle est causée par l’absence congénitale de neurones ganglionnaires sur une portion variable du côlon, due à un défaut de migration des cellules souches neurales pendant le développement embryonnaire. Cette absence provoque une absence de péristaltisme dans le segment atteint, entraînant une occlusion fonctionnelle, une constipation sévère et une distension abdominale.
Le diagnostic repose sur la biopsie rectale montrant l’absence de cellules ganglionnaires et l’hypertrophie des fibres nerveuses. Le traitement est chirurgical et consiste à retirer le segment aganglionnaire (intervention de Swenson, Soave ou Duhamel).
Achalasie œsophagienne
L’achalasie est caractérisée par l’absence de relaxation du sphincter inférieur de l’œsophage et une perte du péristaltisme œsophagien. Elle est liée à une perte sélective des neurones inhibiteurs (producteurs de NO et de VIP) du plexus myentérique œsophagien. Cette dégénérescence neuronale entraîne une dysphagie progressive, des régurgitations et un amaigrissement.
Pseudo-obstruction intestinale chronique
La pseudo-obstruction intestinale chronique (POIC) est un syndrome rare caractérisé par des épisodes récurrents d’occlusion intestinale en l’absence de tout obstacle mécanique. Elle résulte d’une dysfonction du plexus myentérique, parfois d’origine génétique, métabolique ou post-inflammatoire. Les patients présentent des douleurs abdominales, des ballonnements et des troubles du transit sévères.
Maladie de Chagas
La maladie de Chagas, causée par le parasite Trypanosoma cruzi, entraîne une destruction progressive des neurones du plexus myentérique, particulièrement dans l’œsophage et le côlon. Cette destruction provoque un mégacôlon et un mégaœsophage, manifestations classiques de la phase chronique de la maladie.

Exploration et diagnostic
L’évaluation du plexus myentérique repose sur plusieurs outils diagnostiques :
- Manométrie gastro-intestinale : mesure les pressions le long du tube digestif et détecte les anomalies motrices.
- Biopsies intestinales : examen histologique permettant d’évaluer la densité neuronale et l’intégrité du plexus.
- Immunohistochimie : détection de marqueurs spécifiques des neurones (PGP 9.5, neuron-specific enolase).
- Études de la motilité par capsule sans fil : technologie permettant d’enregistrer le pH, la température et les pressions.
- Tests de la fonction autonome : évaluation de la connexion cerveau-intestin.
L’essentiel à retenir
Le plexus myentérique d’Auerbach est un réseau nerveux essentiel situé dans la paroi du tube digestif, qui orchestre la motilité gastro-intestinale de façon largement autonome. Véritable « cerveau digestif », il coordonne les contractions et les relaxations musculaires nécessaires à la progression du bol alimentaire, à la digestion et à l’élimination des déchets.
Sa complexité cellulaire — neurones excitateurs, inhibiteurs, sensoriels, interneurones et cellules gliales — témoigne de la sophistication de la régulation digestive. Toute altération de ce plexus, qu’elle soit congénitale (Hirschsprung), dégénérative (achalasie), infectieuse (Chagas) ou idiopathique (pseudo-obstruction), peut entraîner des troubles sévères de la motilité.
Conseils pratiques
- En cas de constipation chronique sévère chez un nourrisson ou un jeune enfant, consulter rapidement pour exclure une maladie de Hirschsprung.
- Devant une dysphagie progressive ou des régurgitations répétées, une manométrie œsophagienne peut être prescrite pour évaluer le plexus myentérique.
- La gestion du stress (méditation, activité physique, alimentation équilibrée) influence favorablement l’axe cerveau-intestin et donc le fonctionnement du plexus myentérique.
- Une alimentation riche en fibres et une bonne hydratation soutiennent une motilité digestive optimale.
- Tout ballonnement persistant, douleur abdominale récurrente ou trouble du transit sévère justifie une consultation médicale spécialisée en gastro-entérologie.
Questions courantes
Qu'est-ce que le plexus myentérique d'Auerbach ?
Le plexus myentérique d'Auerbach est un réseau de neurones et de cellules gliales situé dans la paroi du tube digestif, entre les couches musculaires circulaire et longitudinale. Il contrôle la motilité gastro-intestinale en régulant les contractions musculaires. C'est un élément clé du système nerveux entérique, souvent appelé « deuxième cerveau ».
Quelles pathologies sont liées au plexus myentérique ?
Un dysfonctionnement du plexus myentérique peut entraîner diverses pathologies digestives, comme la maladie de Hirschsprung (aganglionose congénitale), l'achalasie (trouble de la motilité œsophagienne) ou des troubles fonctionnels intestinaux. Ces conditions se manifestent par une constipation sévère, des douleurs abdominales ou des troubles de la vidange gastrique. Un diagnostic médical est nécessaire pour identifier la cause exacte.
Comment préserver la santé du plexus myentérique ?
Il n'existe pas de moyen direct de préserver spécifiquement le plexus myentérique, mais une alimentation équilibrée riche en fibres, une hydratation suffisante et une activité physique régulière favorisent une bonne motilité intestinale. Éviter le stress chronique et les toxiques (alcool, tabac) est également bénéfique. En cas de troubles digestifs persistants, consultez un médecin.
Sources et pour aller plus loin
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Le plexus myentérique d’Auerbach : anatomie et pathologies », consultez les ressources officielles suivantes :
- Inserm — Institut national de la santé et de la recherche médicale
- Haute Autorité de Santé (HAS)
- Ameli — Assurance Maladie : comprendre le corps humain
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.