Gonarthrose : comprendre, diagnostiquer et traiter l'arthrose du genou

Gonarthrose : comprendre, diagnostiquer et traiter l’arthrose du genou

Gonarthrose : comprendre, diagnostiquer et traiter l’arthrose du genou
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Gonarthrose : comprendre, diagnostiquer et traiter l’arthrose du genou

La gonarthrose est l'usure progressive du cartilage du genou, source de douleurs et de raideur. Cet article détaille ses causes, ses symptômes, son diagnostic et l'ensemble des traitements disponibles pour préserver la mobilité.

Qu’est-ce que la gonarthrose ?

La gonarthrose, terme médical désignant l’arthrose du genou, est une maladie articulaire chronique caractérisée par la dégradation progressive du cartilage qui recouvre les extrémités osseuses de l’articulation. Le genou est constitué de trois compartiments principaux : le compartiment fémoro-tibial médial (interne), le compartiment fémoro-tibial latéral (externe) et le compartiment fémoro-patellaire (entre la rotule et le fémur). Lorsque le cartilage s’amincit, les os frottent directement les uns contre les autres, provoquant douleurs, inflammation et perte de mobilité.

Il s’agit de la forme d’arthrose la plus fréquente après celle de la hanche. En France, on estime que près de 3 millions de personnes sont concernées par une gonarthrose symptomatique, avec une prévalence qui augmente fortement après 60 ans. Les femmes sont touchées environ deux fois plus souvent que les hommes, en particulier après la ménopause.

Contrairement à une idée reçue, l’arthrose n’est pas une simple conséquence inévitable du vieillissement. Il s’agit d’une pathologie à part entière, impliquant des mécanismes biochimiques, mécaniques et inflammatoires complexes qui peuvent être ralentis ou atténués par une prise en charge adaptée.

Causes et facteurs de risque

Les facteurs mécaniques

  • Le surpoids et l’obésité : chaque kilogramme supplémentaire exerce environ 4 kg de pression additionnelle sur le genou lors de la marche. L’excès pondéral multiplie par 4 à 7 le risque de gonarthrose.
  • Les traumatismes : fractures, entorses graves, lésions méniscales ou ligamentaires (notamment du ligament croisé antérieur) accélèrent l’usure articulaire, même des années après l’accident.
  • Les malformations anatomiques : genu varum (jambes arquées) ou genu valgum (genoux en X) provoquent une répartition inégale des contraintes sur le cartilage.
  • Les microtraumatismes répétés : liés à certaines activités professionnelles (carreleurs, maçons) ou sportives (football, course à pied intensive, haltérophilie).

Les facteurs métaboliques et hormonaux

La carence en œstrogènes après la ménopause joue un rôle important dans l’augmentation du risque chez la femme. Le diabète de type 2, l’hypercholestérolémie et le syndrome métabolique sont également associés à un risque accru, suggérant une composante systémique de la maladie.

Les facteurs génétiques et héréditaires

Des antécédents familiaux d’arthrose du genou multiplient par 2 à 3 le risque de développer la maladie, en particulier en cas d’atteinte fémoro-patellaire. Plusieurs gènes impliqués dans la synthèse du collagène et du cartilage ont été identifiés.

L’âge et le vieillissement tissulaire

Avec l’âge, le cartilage devient moins hydraté, moins élastique et se régénère plus lentement. Ce phénomène, combiné à des décennies de sollicitations mécaniques, explique la forte prévalence de la gonarthrose après 65 ans.

Symptômes de la gonarthrose

Les manifestations cliniques apparaissent généralement de manière progressive et s’aggravent sur plusieurs années.

La douleur

C’est le symptôme cardinal. Elle se caractérise par :

  • Une douleur mécanique survenant à l’effort (marche, montée et descente des escaliers, accroupissement) et soulagée par le repos.
  • Une douleur de fin de journée, après une activité prolongée.
  • À un stade évolué, des douleurs nocturnes et au repos, traduisant une inflammation chronique.
  • Des poussées inflammatoires avec épanchement de liquide synovial (hydarthrose), rendant le genou gonflé et chaud.

La raideur

Une raideur matinale inférieure à 30 minutes est typique. Elle se distingue de la raideur prolongée de la polyarthrite rhumatoïde. Cette sensation de genou « rouillé » disparaît généralement après quelques mouvements.

Les craquements

Les crépitationsaudibles ou palpables lors des mouvements sont fréquentes et traduisent le frottement des surfaces articulaires usées.

Les déformations et la perte de mobilité

À un stade avancé, on observe une déformation du genou (aggravation du varus ou du valgus), un épanchement chronique, une amyotrophie du quadriceps et une limitation fonctionnelle rendant difficile la marche sur de longues distances, le port de charges ou la pratique d’activités quotidiennes.

Diagnostic

L’examen clinique

Le médecin recherche des points douloureux précis (interligne articulaire, face antérieure du genou), évalue la mobilité, détecte les craquements et les épanchements, et analyse l’axe du membre inférieur (varus/valgus).

Les radiographies standard

Le bilan radiographique reste l’examen de référence. Il comprend :

  • Une vue de face en charge, debout, indispensable pour évaluer le pincement articulaire.
  • Une vue de profil.
  • Une vue axiale de la rotule (défilé fémoro-patellaire à 30°).

Les signes radiologiques caractéristiques sont le pincement de l’interligne articulaire, l’ostéophytose (becs osseux), la sclérose sous-chondrale et les géodes (cavités dans l’os).

L’imagerie complémentaire

L’IRM est réservée aux cas douteux ou avant une chirurgie. Elle visualise le cartilage, les ménisques, les ligaments et l’œdème osseux. Elle est notamment utile chez les patients jeunes pour évaluer des lésions cartilagineuses focales potentiellement réparables.

Le bilan biologique

La prise de sang est souvent normale dans la gonarthrose. Elle sert surtout à éliminer d’autres causes de douleurs (polyarthrite rhumatoïde, infection, goutte) en cas de doute diagnostique.

Stades et évolution

La classification de Kellgren et Lawrence est la plus utilisée pour stadifier la gonarthrose :

  • Stade 0 : radiographie normale.
  • Stade I : ostéophytes douteux, pincement articulaire absent.
  • Stade II : ostéophytes nets, pincement articulaire modéré.
  • Stade III : pincement important, sclérose, ostéophytes multiples.
  • Stade IV : pincement sévère, déformation osseuse, ostéophytes volumineux.

L’évolution est lente mais généralement progressive. Cependant, certains patients présentent des poussées inflammatoires aiguës (crises de gonarthrose) entrecoupées de périodes de rémission relative. L’objectif thérapeutique est de ralentir cette progression et de maintenir la qualité de vie.

Traitements médicaux

Les antalgiques et anti-inflammatoires

Le paracétamol reste le traitement de première intention à la dose de 1 g par prise (maximum 3 à 4 g/jour). En cas de douleur insuffisamment soulagée ou lors des poussées inflammatoires, les AINS (ibuprofène, kétoprofène, diclofénac) peuvent être prescrits en cure courte. Ils doivent être utilisés avec prudence chez les personnes âgées en raison des risques digestifs, rénaux et cardiovasculaires.

Les traitements locaux

Les AINS topiques (gel de kétoprofène, diclofénac) ont une efficacité comparable aux AINS oraux pour les douleurs légères à modérées, avec beaucoup moins d’effets systémiques. Les infiltrations de corticoïdes intra-articulaires sont très utiles lors des poussées inflammatoires : elles soulagent la douleur en quelques jours pendant plusieurs semaines.

Les traitements de fond

La viscosupplémentation consiste à injecter de l’acide hyaluronique dans l’articulation pour améliorer la lubrification. Son efficacité reste débattue mais peut retarder la chirurgie chez certains patients. Les antiarthrosiques symptomatiques d’action lente (AASAL) comme la glucosamine, la chondroïtine sulfate ou la diacéréine ont un effet modeste sur la douleur et pourraient ralentir la dégradation cartilagineuse. Ils ne sont plus remboursés en France depuis 2015, leur service médical rendu ayant été jugé insuffisant.

Traitements non médicamenteux et rééducation

La kinésithérapie

C’est un pilier fondamental de la prise en charge. Elle comprend :

  • Le renforcement musculaire, en particulier du quadriceps, pour stabiliser et décharger le genou.
  • Des exercices d’étirement pour maintenir la souplesse.
  • La mobilisation articulaire passive et active.
  • L’apprentissage des gestes d’économie articulaire.

L’activité physique adaptée

La natation, l’aquagym, le vélo, le yoga ou la marche nordique sont recommandés. Il faut éviter les sports à fort impact (course à pied sur sol dur, sports pivots) en cas de gonarthrose évoluée.

Les aides techniques

Une canne anglaise ou un bâton de marche du côté opposé au genou atteint réduit la charge articulaire de 25 à 40 %. Le port de semelles orthopédiques peut corriger un trouble statique. Une genouillère de décharge peut être prescrite dans le cas d’un genu varum, notamment pour les activités prolongées.

La perte de poids

Une perte de poids de 5 à 10 % améliore significativement la douleur et la fonction. Une étude majeure a montré qu’une réduction pondérale de 10 kg diminuait la douleur du genou d’environ 50 %.

Quand envisager la chirurgie ?

La chirurgie est proposée lorsque la douleur devient invalidante, résistante aux traitements médicaux et qu’elle altère significativement la qualité de vie. Trois options existent :

  • L’ostéotomie : correction chirurgicale de l’axe du membre inférieur chez les patients jeunes (avant 60 ans) avec déformation en varus ou valgus. Elle permet de retarder la pose d’une prothèse.
  • Les prothèses uni-compartimentales : remplacement d’un seul compartiment, indiqué lorsque l’arthrose est localisée.
  • La prothèse totale de genou (PTG) : remplacement des trois compartiments par une prothèse métallique et un insert en polyéthylène. C’est l’intervention de référence, avec un taux de satisfaction de 80 à 90 % et une durée de vie moyenne de 15 à 20 ans.

Prévention et conseils pratiques

Adopter une hygiène de vie protectrice

  • Maintenir un IMC inférieur à 25 tout au long de sa vie.
  • Pratiquer une activité physique régulière et modérée.
  • Échauffer ses articulations avant tout effort et éviter les mouvements brusques.
  • Varier les postures et éviter le port répété de charges lourdes.
  • Porter des chaussures adaptées, avec un bon amorti.

Surveiller les populations à risque

Les personnes ayant des antécédents de traumatisme du genou, une obésité, une surcharge professionnelle ou des antécédents familiaux doivent être particulièrement vigilantes et consulter dès l’apparition des premiers symptômes pour une prise en charge précoce.

En résumé

La gonarthrose est une maladie fréquente mais loin d’être une fatalité. Une prise en charge précoce, associant activité physique adaptée, gestion du poids, kinésithérapie et traitements médicamenteux ciblés, permet de conserver une excellente qualité de vie pendant de nombreuses années. Voici les messages essentiels à retenir :

  • Ne pas attendre pour consulter : un diagnostic précoce permet de mettre en place des mesures efficaces.
  • Bouger est essentiel : l’immobilité aggrave l’arthrose, contrairement à une activité physique adaptée.
  • Surveiller son poids : c’est le facteur modifiable le plus influent.
  • Renforcer ses muscles : un quadriceps fort protège le genou.
  • La chirurgie n’est pas un échec : lorsque les traitements médicaux sont dépassés, la prothèse totale de genou offre d’excellents résultats.

Si vous souffrez de douleurs chroniques du genou, parlez-en à votre médecin traitant ou à un rhumatologue. Une prise en charge pluridisciplinaire (médecin, kinésithérapeute, rhumatologue, chirurgien orthopédiste) optimise les chances de préserver votre mobilité et votre autonomie.