
Chancre mou : causes, symptômes, diagnostic et traitement de cette IST
Le chancre mou est une infection sexuellement transmissible bactérienne caractérisée par des ulcérations génitales douloureuses. Découvrez ses causes, ses symptômes, son diagnostic et les traitements disponibles.
Qu’est-ce que le chancre mou ?
Le chancre mou, également appelé chancrelle ou ulcus molle, est une infection sexuellement transmissible (IST) d’origine bactérienne. Il se manifeste principalement par l’apparition d’ulcérations génitales douloureuses, souvent accompagnées d’un gonflement des ganglions lymphatiques de l’aine. Bien que moins connu que la syphilis ou l’herpès génital, le chancre mou reste un problème de santé publique important dans de nombreuses régions du monde, notamment en Afrique, en Asie du Sud-Est, en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Cette infection est causée par une bactérie spécifique, Haemophilus ducreyi, un bacille Gram négatif qui colonise les muqueuses génitales. La transmission se fait quasi exclusivement lors de rapports sexuels non protégés, qu’ils soient vaginaux, anaux ou oro-génitaux. Le chancre mou touche aussi bien les hommes que les femmes, mais ses manifestations cliniques diffèrent sensiblement entre les sexes.
Contrairement à d’autres IST, le chancre mou est aujourd’hui relativement rare dans les pays industrialisés, mais des flambées épidémiques ponctuelles restent possibles. Il est essentiel de savoir reconnaître ses signes pour consulter rapidement et éviter les complications.
Les causes et le mode de transmission
La bactérie responsable : Haemophilus ducreyi
Haemophilus ducreyi est un petit bacille à Gram négatif, aérobie, qui nécessite des milieux de culture spéciaux pour être identifié en laboratoire. Cette bactérie possède plusieurs facteurs de virulence qui lui permettent de provoquer des lésions cutanées et muqueuses : elle produit notamment une cytotoxine (toxine RTX) qui détruit les cellules de l’épiderme, favorisant ainsi la formation d’ulcérations caractéristiques.
La bactérie pénètre dans l’organisme à travers de microlésions présentes sur les muqueuses ou la peau lors des rapports sexuels. Une fois installée, elle se multiplie rapidement et provoque une réaction inflammatoire locale intense, conduisant à la formation du chancre typique.
Les situations à risque
La contamination par le chancre mou survient dans plusieurs contextes :
- Rapports sexuels non protégés avec un partenaire infecté, même asymptomatique
- Partenaires sexuels multiples, en particulier dans les zones à forte prévalence
- Comportements à risque : prostitution, relations occasionnelles, relations sous l’emprise de l’alcool ou de drogues
- Présence d’autres IST : l’infection par le VIH ou d’autres IST augmente la vulnérabilité
- Voyages dans des régions endémiques : Afrique subsaharienne, Asie du Sud-Est, certaines régions d’Amérique latine
Il est important de noter que le chancre mou favorise la transmission du VIH en raison de l’effraction de la barrière muqueuse créée par les ulcérations. À l’inverse, l’infection par le VIH peut aggraver l’évolution du chancre mou.
Les symptômes du chancre mou
L’incubation et l’apparition des lésions
La période d’incubation du chancre mou est relativement courte, généralement comprise entre 3 et 7 jours après le contact contaminant, bien qu’elle puisse s’étendre jusqu’à 10 jours dans certains cas. Cette durée courte est l’un des éléments qui permet de différencier le chancre mou du chancre syphilitique, dont l’incubation est plus longue (10 à 90 jours).
Le premier signe est l’apparition d’une petite papule érythémateuse (rouge, légèrement surélevée) au point d’inoculation. Cette papule évolue rapidement en une pustule, puis en une ulcération profonde et douloureuse en moins de 48 heures.
Les caractéristiques du chancre typique
Le chancre mou présente des caractéristiques cliniques distinctives :
- Ulcération douloureuse : contrairement au chancre syphilitique, l’ulcération est très sensible au toucher
- Bords irréguliers et décollés, parfois décrits comme « déchiquetés » ou « à l’emporte-pièce »
- Fond purulent et jaunâtre, recouvert d’un exsudat nécrotique
- Diamètre variable : de quelques millimètres à plusieurs centimètres
- Base molle, non indurée (contrairement au chancre dur de la syphilis)
- Pas de bordure indurée à la palpation
Les localisations selon le sexe
Chez l’homme, les lésions apparaissent principalement sur le prépuce, le sillon balano-préputial, le gland, le frein et le méat urétral. Les chancres au niveau du méat urétral peuvent provoquer des douleurs lors de la miction.
Chez la femme, les lésions se situent plus fréquemment au niveau des petites lèvres, des grandes lèvres, du vestibule, du périnée et parfois du col de l’utérus ou de la paroi vaginale. Les ulcérations peuvent être plus difficiles à repérer chez la femme car elles sont souvent internes et parfois asymptomatiques.
L’adénopathie inguinale
Dans environ 30 à 50 % des cas, le chancre mou s’accompagne d’une adénopathie inguinale (gonflement des ganglions lymphatiques de l’aine). Ces ganglions sont :
- Douloureux à la palpation
- Unilatéraux dans la majorité des cas (du même côté que la lésion)
- Mobiles au début, puis fixés lorsqu’ils évoluent vers la suppuration
- Susceptibles de fistuliser : c’est le « bubon » caractéristique qui peut se rompre spontanément et laisser s’écouler du pus
Le diagnostic du chancre mou
L’examen clinique
Le diagnostic du chancre mou repose en premier lieu sur un examen clinique minutieux. Le médecin ou le dermatologue-vénérologue recherche les caractéristiques typiques des lésions et évalue l’état des ganglions inguinaux. L’aspect clinique est souvent évocateur, mais il doit être différencié d’autres causes d’ulcérations génitales.
Le diagnostic différentiel inclut principalement :
- Le chancre syphilitique (indolore, à bords indurés, unique)
- L’herpès génital (vésicules multiples, ulcérations superficielles)
- La maladie de Nicolas-Favre (lymphogranulome vénérien)
- Le granulome inguinal ou donovanose
- Les ulcérations traumatiques ou les lésions cancéreuses
Les examens complémentaires
Plusieurs examens permettent de confirmer le diagnostic :
- Examen direct au microscope : le frottis du pus prélevé au niveau de l’ulcération peut révéler la présence de bacilles à Gram négatif disposés en « bancs de poissons » ou en « rails de chemin de fer »
- Culture bactériologique : la culture sur milieux spéciaux (milieu de Müller-Hinton enrichi) est difficile mais reste la méthode de référence
- PCR (amplification génique) : technique moderne, très sensible et spécifique, qui permet de détecter l’ADN de Haemophilus ducreyi
- Sérologies : un bilan complet des IST est indispensable (VIH, syphilis, hépatites B et C)
Étant donné la fréquence des co-infections, un test de dépistage du VIH doit être systématiquement proposé, de même qu’un dépistage de la syphilis et des autres IST.
Les traitements disponibles
Les antibiotiques de première intention
Le chancre mou se traite efficacement par antibiotiques. Depuis quelques années, les recommandations ont évolué en raison de l’émergence de résistances bactériennes. Les principaux traitements recommandés sont :
- Azithromycine : 1 gramme en dose unique par voie orale. C’est aujourd’hui le traitement de première intention en raison de sa simplicité d’administration.
- Ceftriaxone : 250 mg en injection intramusculaire unique. Efficace et bien toléré.
- Ciprofloxacine : 500 mg par voie orale, deux fois par jour pendant 3 jours. Contre-indiqué chez la femme enceinte et l’enfant.
- Érythromycine : 500 mg par voie orale, trois fois par jour pendant 7 jours. Alternative en cas d’intolérance aux autres traitements.
La prise en charge des bubons
Lorsque les ganglions inguinaux sont très volumineux et fluctuant, une ponction à l’aiguille peut être nécessaire pour évacuer le pus et soulager la douleur. L’incision-drainage chirurgicale est parfois nécessaire en cas de bubon fluctuant important. Ces gestes doivent être réalisés par un professionnel de santé dans des conditions d’asepsie rigoureuses.
Le suivi et la guérison
Avec un traitement adapté, l’amélioration clinique est généralement rapide : les lésions commencent à cicatriser en 3 à 7 jours, et la guérison complète survient en 2 à 3 semaines. Une consultation de contrôle est recommandée 1 à 2 semaines après le début du traitement pour vérifier la guérison clinique et s’assurer de l’absence de complications.
Il est essentiel de prévenir et dépister les partenaires sexuels des 10 jours précédant l’apparition des symptômes. Les partenaires doivent être examinés et traités, même en l’absence de signes cliniques.
Les complications possibles
En l’absence de traitement ou en cas de prise en charge tardive, le chancre mou peut entraîner plusieurs complications :
- Surinfection bactérienne des lésions, pouvant provoquer des cellulites ou des abcès
- Fistulisation des ganglions inguinaux avec écoulement chronique
- Cicatrices disgracieuses au niveau des organes génitaux
- Phimosis (rétrécissement du prépuce) chez l’homme, pouvant nécessiter une circoncision
- Dyspareunie (douleurs lors des rapports sexuels) séquellaire
- Augmentation du risque de transmission du VIH, les ulcérations génitales facilitant l’entrée du virus
- Plus rarement, des septicémies ou des infections systémiques
La prévention du chancre mou
Les mesures de protection individuelle
La prévention repose sur des mesures simples mais essentielles :
- Utilisation systématique du préservatif lors de tout rapport sexuel, y compris oro-génital et anal
- Réduction du nombre de partenaires sexuels et fidélité mutuelle avec un partenaire non infecté
- Dépistage régulier des IST en cas de comportements à risque
- Consultation rapide en cas de lésion génitale suspecte ou de symptôme anormal
- Vaccination : il n’existe actuellement aucun vaccin spécifique contre le chancre mou, mais la vaccination contre l’hépatite B et le HPV est recommandée
Le rôle de l’information et de l’éducation
L’éducation à la santé sexuelle est un pilier fondamental de la prévention. Elle doit aborder :
- Les modes de transmission des IST
- L’importance du préservatif comme moyen de protection principal
- Les signes d’alerte nécessitant une consultation médicale
- L’intérêt du dépistage précoce
- Le traitement simultané des partenaires sexuels
Conseils pratiques et points clés à retenir
Le chancre mou est une IST bactérienne encore trop méconnue du grand public. Voici les points essentiels à garder en mémoire :
- Toute ulcération génitale douloureuse survenant après un rapport sexuel à risque doit motiver une consultation médicale rapide, sans attendre la guérison spontanée
- Le diagnostic précoce permet un traitement efficace et évite les complications
- Le traitement antibiotique actuel est simple, souvent en dose unique, et très efficace
- L’abstinence sexuelle est recommandée pendant toute la durée du traitement et jusqu’à guérison complète
- Le dépistage du VIH et des autres IST doit être systématiquement proposé, car les co-infections sont fréquentes
- Le ou les partenaires sexuels doivent être informés, examinés et traités
- Le préservatif reste le moyen de prévention le plus efficace contre l’ensemble des IST
- Le suivi médical est indispensable pour vérifier la guérison et dépister d’éventuelles complications
En cas de doute ou de symptôme suspect, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant, un dermatologue-vénérologue ou à vous rendre dans un centre de dépistage gratuit (CeGIDD). Une prise en charge rapide et adaptée garantit une guérison complète sans séquelles.