
L'artère hépatique commune est une branche majeure du tronc cœliaque assurant la vascularisation artérielle du foie, de la vésicule biliaire, du pancréas et d'une partie de l'estomac. Cet article détaille son anatomie, ses variantes, son rôle physiologique et ses principales pathologies.
Introduction : qu’est-ce que l’artère hépatique commune ?
L’artère hépatique commune (en latin : arteria hepatica communis) est l’une des trois branches terminales du tronc cœliaque, aux côtés de l’artère gastrique gauche et de l’artère splénique. Elle constitue la principale source d’apport sanguin oxygéné pour le foie, mais aussi pour plusieurs organes abdominaux digestifs. Bien qu’elle ne mesure que 2 à 4 centimètres de long en moyenne, son importance clinique est considérable, notamment en chirurgie digestive, en transplantation hépatique et dans le traitement des pathologies vasculaires abdominales.
Sa connaissance précise est indispensable aux chirurgiens hépatobiliaires, aux radiologues interventionnels et aux gastro-entérologues. Cet article propose une exploration complète de cette artère : anatomie descriptive, trajet, branches collatérales, variantes anatomiques, rôle physiologique, pathologies associées, méthodes d’exploration et conseils pratiques.
1. Origine, trajet et rapports anatomiques
1.1. Origine au niveau du tronc cœliaque
L’artère hépatique commune naît du tronc cœliaque (ou artère cœliaque), un court tronc artériel d’environ 1 à 2 cm issu de la face antérieure de l’aorte abdominale, au niveau de la douzième vertèbre thoracique (T12). Après sa naissance, elle se dirige vers la droite et légèrement vers l’avant, en direction du pédicule hépatique.
1.2. Trajet et rapports dans le pédicule hépatique
L’artère hépatique commune chemine dans le bord supérieur du péritoine, en arrière de la bourse omentale. Elle est située dans le pédicule hépatique, accompagnée de la veine porte (en arrière) et du cholédoque (à droite). Elle traverse successivement :
- Le bord supérieur du duodénum (premier duodénum)
- Le bord droit du petit omentum (ligament hépato-duodénal)
- Elle se termine en donnant l’artère gastroduodénale et devient alors l’artère hépatique propre
L’artère hépatique propre continue ensuite vers le hile du foie, où elle se divise en deux branches terminales : l’artère hépatique droite et l’artère hépatique gauche.
2. Branches collatérales et terminales
2.1. Branches collatérales principales
Au cours de son trajet, l’artère hépatique commune donne naissance à plusieurs branches importantes :
- L’artère gastrique droite (ou pylorique) : naît souvent près de la bifurcation terminale et vascularise la petite courbure de l’estomac. Elle s’anastomose avec l’artère gastrique gauche.
- L’artère gastro-duodénale : c’est la collatérale la plus volumineuse. Elle naît à la limite du premier duodénum, descend derrière celui-ci et se divise en branches terminales : l’artère pancréatico-duodénale supérieure droite et les artères gastro-omentales.
- Des branches pancréatiques : de petites artères vascularisent la tête du pancréas.
2.2. Branches terminales
Après la naissance de l’artère gastroduodénale, l’artère hépatique commune devient l’artère hépatique propre, qui se divise au niveau du hile hépatique en :
- L’artère hépatique droite : vascularise le lobe droit du foie et donne l’artère cystique pour la vésicule biliaire
- L’artère hépatique gauche : vascularise le lobe gauche du foie
- Souvent, une artère hépatique moyenne vascularise le lobe carré et le lobe caudé
2.3. Anastomoses vasculaires
Le réseau artériel hépatique est riche en anastomoses avec :
- L’artère mésentérique supérieure via les arcades pancréatico-duodénales
- L’artère gastrique gauche via l’artère gastrique droite
- L’artère splénique via les artères gastriques courtes et gastro-omentale
Ce réseau explique l’excellente suppléance hépatique en cas de sténose ou d’occlusion progressive d’une des branches.
3. Les variantes anatomiques : la classification de Michels
L’anatomie de l’artère hépatique commune et de ses branches présente de nombreuses variantes, présentes chez environ 30 à 40 % de la population. La classification de Michels (1955) en distingue dix types, encore utilisée aujourd’hui :
- Type I (60-80 %) : anatomie classique dite « normale »
- Type II (8-10 %) : artère hépatique gauche remplacée par une branche issue de l’artère gastrique gauche
- Type III (10-12 %) : artère hépatique droite remplacée par une branche issue de l’artère mésentérique supérieure
- Type IV, V, VI : associations de variantes avec artères accessoires
- Type VII, VIII, IX, X : variantes plus rares impliquant des artères hépatiques accessoires
3.1. Importance clinique des variantes
Ces variantes sont essentielles à connaître avant toute intervention chirurgicale hépatique ou pancréatique, ainsi qu’avant une transplantation hépatique. Une méconnaissance peut entraîner des hémorragies graves ou une ischémie hépatique postopératoire. L’angio-TDM ou l’angio-IRM préopératoire permet de cartographier ces variantes.
4. Rôle physiologique et vascularisation hépatique
4.1. Le double apport sanguin du foie
Le foie est un organe unique qui reçoit un double apport sanguin :
- Environ 75 % du débit sanguin provient de la veine porte (sang riche en nutriments issus de l’intestin)
- Environ 25 % provient de l’artère hépatique, mais elle fournit près de 50 % de l’oxygène au foie grâce à son sang oxygéné
4.2. Vascularisation des organes digestifs
Au-delà du foie, l’artère hépatique commune (et ses branches) assure la vascularisation de plusieurs organes :
- Foie : parenchyme hépatique et voies biliaires intrahépatiques
- Vésicule biliaire : via l’artère cystique (branche de l’hépatique droite)
- Pancréas : tête du pancréas (via gastroduodénale et pancréatico-duodénales)
- Estomac : portion pylorique et petite courbure
- Duodénum : premier duodénum (D1)
5. Principales pathologies de l’artère hépatique commune
5.1. Sténose et athérosclérose
La sténose athéromateuse de l’artère hépatique commune est fréquente chez les patients âgés, diabétiques, hypertendus ou tabagiques. Elle peut entraîner une ischémie hépatique, surtout en cas d’occlusion aiguë. Elle est aussi impliquée dans le syndrome du ligament arqué médian (compression extrinsèque par le ligament arqué du diaphragme).
5.2. Anévrisme de l’artère hépatique
L’anévrisme de l’artère hépatique est la deuxième localisation d’anévrisme des artères viscérales après l’artère splénique. Ses causes incluent :
- L’athérosclérose (cause la plus fréquente)
- Les infections (anévrismes mycotiques)
- Les maladies inflammatoires (pancréatite, polyartérite noueuse)
- Les traumatismes
- Les dysplasies vasculaires
Le risque principal est la rupture, potentiellement mortelle. Le traitement repose sur l’embolisation radiologique ou la chirurgie de reconstruction vasculaire.
5.3. Thrombose artérielle hépatique
C’est une complication redoutable, surtout après transplantation hépatique (survenant dans 2 à 5 % des cas adultes, jusqu’à 10 % chez l’enfant). Elle peut entraîner une nécrose hépatique, une perte du greffon ou des complications biliaires ischémiques. Le diagnostic précoce repose sur le Doppler hépatique.
5.4. Plaies iatrogènes chirurgicales
L’artère hépatique commune peut être lésée lors de :
- Cholécystectomie (ablation de la vésicule biliaire)
- Duodénopancréatectomie céphalique (intervention de Whipple)
- Gastrectomie
- Transplantation hépatique
Une connaissance précise du trajet et des variantes est indispensable pour éviter ces blessures. La mortalité en cas de plaie non reconnue est élevée.
6. Explorations et imagerie de l’artère hépatique
6.1. Échographie-Doppler hépatique
C’est l’examen de première intention, non invasif, permettant d’étudier :
- Le flux sanguin (vitesse, direction, résistance)
- L’existence de sténoses ou thromboses
- Les aspects postopératoires après transplantation
6.2. Angio-TDM (angio-scanner)
Examen de référence pour la cartographie préopératoire des artères hépatiques et de leurs variantes. Il permet une reconstruction tridimensionnelle précise du réseau vasculaire.
6.3. Angio-IRM
Alternative non irradiante, particulièrement utilisée chez les patients jeunes ou en cas de contre-indication aux produits de contraste iodés.
6.4. Artériographie cœliaque
Examen invasif, aujourd’hui surtout utilisé à visée thérapeutique : embolisation d’anévrismes, traitement de sténoses, chimio-embolisation hépatique.
7. Prise en charge et traitements
7.1. Traitement médical
Il repose sur le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaires :
- Traitement de l’athérosclérose (statines, antiagrégants plaquettaires)
- Équilibre du diabète et de l’hypertension
- Arrêt du tabac
- Surveillance régulière par Doppler
7.2. Traitement endovasculaire
- Embolisation des anévrismes (par coils ou colle biologique)
- Angioplastie avec pose de stent en cas de sténose serrée
- Thrombolyse ou thrombectomie en cas de thrombose aiguë
7.3. Traitement chirurgical
Indiqué en cas d’échec du traitement endovasculaire ou de lésions complexes :
- Résection-anastomose ou pontage artériel
- Reconstruction vasculaire lors de transplantation
L’essentiel en bref
- L’artère hépatique commune est une branche du tronc cœliaque qui vascularise le foie, la vésicule biliaire, le pancréas, le duodénum et une partie de l’estomac.
- Elle mesure seulement 2 à 4 cm et se termine en donnant l’artère gastroduodénale, puis devient l’artère hépatique propre.
- Elle fournit environ 50 % de l’oxygène hépatique bien qu’elle ne représente que 25 % du débit sanguin du foie.
- Les variantes anatomiques sont fréquentes (30-40 % de la population) et doivent être identifiées avant toute chirurgie hépatobiliaire.
- Les pathologies principales sont l’athérosclérose, les anévrismes, les thromboses (notamment post-transplantation) et les plaies iatrogènes.
- L’imagerie (angio-TDM, angio-IRM, écho-Doppler) permet une cartographie précise et guide les traitements endovasculaires modernes.
Conseils pratiques
- Avant toute chirurgie abdominale, demandez une cartographie vasculaire complète (angio-TDM ou angio-IRM) pour identifier les variantes anatomiques.
- En cas de transplantation hépatique, un suivi Doppler régulier est indispensable dans les premiers mois pour détecter précocement une thrombose artérielle.
- Si vous avez des facteurs de risque cardiovasculaires (diabète, hypertension, tabac, hypercholestérolémie), un suivi hépatique régulier est recommandé.
- En cas de douleur abdominale brutale ou inhabituelle, surtout associée à un malaise ou un état de choc, consultez en urgence : une rupture d’anévrisme de l’artère hépatique est une urgence vitale.
- Enfin, en cas d’antécédents chirurgicaux abdominaux, signalez-le toujours à votre médecin : les antécédents opératoires modifient l’anatomie vasculaire et augmentent le risque de complications.
On répond à vos questions
Qu'est-ce que l'artère hépatique commune ?
L'artère hépatique commune est une branche du tronc cœliaque qui vascularise le foie, la vésicule biliaire, le pancréas et une partie de l'estomac. Elle se divise en artère hépatique propre et artère gastroduodénale. Son anatomie peut présenter des variantes. Un bilan médical est utile en cas de pathologie.
Quelles pathologies affectent l'artère hépatique commune ?
Les pathologies incluent l'anévrisme, la dissection, la thrombose et les sténoses (souvent liées à l'athérosclérose). Elles peuvent provoquer une ischémie hépatique ou des saignements. Le diagnostic repose sur l'imagerie (angiographie, scanner). Consultez un spécialiste en cas de douleurs abdominales inexpliquées.
Comment traite-t-on une atteinte de l'artère hépatique commune ?
Le traitement dépend de la cause : médicaments pour la thrombose, angioplastie ou stent pour une sténose, chirurgie pour un anévrisme. Une prise en charge urgente est nécessaire en cas de rupture. Consultez un chirurgien vasculaire pour une évaluation adaptée.
Sources et pour aller plus loin
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « L’artère hépatique commune : anatomie, trajet et pathologies », consultez les ressources officielles suivantes :
- Inserm — Institut national de la santé et de la recherche médicale
- Haute Autorité de Santé (HAS)
- Ameli — Assurance Maladie : comprendre le corps humain
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.