Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques

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Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques

L'artère cervicale ascendante est une branche essentielle de la vascularisation du cou. Découvrez son origine, son trajet, ses rapports anatomiques, son rôle dans l'irrigation des muscles cervicaux et de la moelle épinière, ainsi que ses implications en chirurgie cervicale.

Introduction à l’artère cervicale ascendante

L’artère cervicale ascendante est un vaisseau de petit calibre appartenant au réseau artériel profond du cou. Longue et grêle, elle chemine verticalement le long de la colonne cervicale et participe à la fois à l’irrigation des muscles profonds du cou, des vertèbres cervicales et, indirectement, de la partie haute de la moelle épinière. Dans la pratique médicale courante, sa connaissance est essentielle pour les chirurgiens cervicaux, les neurochirurgiens et les angiographistes, car elle peut être à l’origine de complications hémorragiques lors d’interventions sur la région antérieure du cou.

Cet article propose une description complète et pédagogique de cette artère : origine embryologique et anatomique, trajet, rapports, branches collatérales, variations, rôle fonctionnel et implications cliniques.

Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques : vue générale
Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques : vue générale

Origine et description anatomique

Une branche de l’artère thyroïdienne inférieure

L’artère cervicale ascendante naît dans la grande majorité des cas de l’artère thyroïdienne inférieure, elle-même issue du tronc thyro-bicervico-scapulaire (ou tronc de l’artère thyroïdienne inférieure et transverse du cou), qui se détache de la face supérieure de l’artère subclavière, juste en dedans du scalène antérieur. Plus rarement, l’artère cervicale ascendante peut naître directement du tronc thyro-bicervico-scapulaire ou, exceptionnellement, de l’artère subclavière.

Son calibre est fin, généralement compris entre 1 et 2 millimètres de diamètre, et son origine se situe à hauteur de la vertèbre C6 ou dans l’espace sus-claviculaire, en avant du muscle scalène antérieur.

Direction et trajet

Dès son origine, l’artère cervicale ascendante adopte une direction verticale ascendante. Elle monte le long du bord antérieur ou antéro-interne du muscle scalène antérieur, appliquée contre la face antérieure des apophyses transverses des vertèbres cervicales (de C3 à C6). Elle est ainsi située dans la région profonde du cou, en arrière du fascia pré-vertébral et des éléments viscéraux (trachée, œsophage, glande thyroïde).

Au cours de son trajet, elle croise en dehors le nerf phrénique, qui descend à la face antérieure du scalène antérieur, puis vient longer la face antérieure des processus transverses sans pénétrer dans les foramens transversaires, contrairement à l’artère vertébrale.

Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques : zone du corps concernée
Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques : zone du corps concernée

Rapports anatomiques

La connaissance des rapports de l’artère cervicale ascendante est cruciale pour comprendre les risques chirurgicaux et interpréter les explorations d’imagerie.

Rapports postérieurs

En arrière, l’artère repose sur les apophyses transverses cervicales et les racines nerveuses cervicales émergentes. Elle est séparée de l’artère vertébrale par le tubercule de Chassaignac (tubercule carotidien de C6), ce qui constitue un repère palpatoire et chirurgical important.

Rapports antérieurs

En avant, l’artère est successivement croisée par :

  • Le muscle sterno-cléido-mastoïdien, qu’elle contourne par sa face profonde
  • Le tronc veineux thyro-linguo-facial et la veine jugulaire interne
  • Le nerf pneumogastrique (nerf vague X), qui descend dans la gaine carotidienne
  • La glande thyroïde et ses structures vasculaires, dont l’artère thyroïdienne inférieure

Rapports médiaux et latéraux

Médialement, l’artère répond aux corps vertébraux cervicaux et au muscle long du cou (longus colli). Latéralement, elle est accompagnée par le nerf phrénique et le muscle scalène antérieur.

Branches collatérales et territoire de vascularisation

Branches musculaires

L’artère cervicale ascendante fournit de nombreuses branches musculaires destinées aux muscles profonds du cou :

  • Le muscle long du cou (longus colli)
  • Le muscle long de la tête (longus capitis)
  • Les muscles scalènes (antérieur, moyen et postérieur)
  • Le muscle élévateur de la scapula
  • Les muscles intertransversaires du cou

Branches spinales

Les branches spinales (ou radiculaires) constituent l’apport vasculaire le plus important sur le plan fonctionnel. Elles pénètrent dans les foramens intervertébraux pour vasculariser :

  • Les corps vertébraux et les disques intervertébraux
  • Les méninges (dure-mère spinale)
  • Une participation à la constitution de l’artère spinale antérieure, par l’intermédiaire de branches radiculaires qui remontent vers le canal rachidien

Cette contribution à la vascularisation médullaire est capitale : les artères spinales antérieures et postérieures longues sont renforcée par ces branches segmentaires, dont l’artère cervicale ascendante est l’un des principaux pourvoyeurs dans la région cervicale haute.

Branches prévertébrales et ganglionnaires

De petites branches se distribuent également aux ganglions sympathiques cervicaux (ganglion cervical supérieur et moyen) ainsi qu’aux nœuds lymphatiques profonds de la chaîne jugulaire interne et récurrentielle.

Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques : signes et manifestations
Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques : signes et manifestations

Anastomoses et réseau de suppléance

L’artère cervicale ascendante présente un riche réseau anastomotique qui lui permet de participer à la suppléance vasculaire en cas d’obstruction d’un autre axe cervical :

  • En bas, avec les branches de l’artère cervicale profonde (issue de l’artère costo-cervicale)
  • En haut, avec les branches de l’artère pharyngienne ascendante et de l’artère occipitale
  • En arrière, avec les branches musculaires et spinales de l’artère vertébrale
  • En avant, avec les branches de l’artère thyroïdienne inférieure, elle-même branche parentale

Ce maillage anastomotique explique pourquoi la ligature accidentelle ou chirurgicale de l’artère thyroïdienne inférieure est rarement responsable d’ischémie, et pourquoi l’artère cervicale ascendante peut assurer une suppléance en cas d’occlusion de l’artère vertébrale.

Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques : prise en charge
Artère cervicale ascendante : anatomie, trajet et implications cliniques : prise en charge

Variations anatomiques

Comme pour la plupart des vaisseaux cervicaux, l’artère cervicale ascendante présente des variations anatomiques non négligeables, documentées grâce à l’angiographie moderne et aux dissections anatomiques :

  • Origine directe depuis le tronc thyro-bicervico-scapulaire dans 10 à 20 % des cas
  • Origine atypique depuis l’artère vertébrale, l’artère costo-cervicale ou même l’artère carotide commune
  • Hypoplasie (diamètre réduit) ou agénésie unilatérale, avec compensation controlatérale
  • Tronc commun avec l’artère cervicale transverse superficielle ou l’artère scapulaire descendante
  • Trajet aberrant pré- ou rétro-muscularisé, avec passage en avant ou en arrière du scalène antérieur

Ces variations prennent toute leur importance lors des chirurgies cervicales et des dissections ganglionnaires, car une origine ou un trajet inattendu peut entraîner une plaie vasculaire imprévue.

Implications cliniques et pathologies

Risques lors de la chirurgie cervicale

L’artère cervicale ascendante constitue un point d’alerte chirurgical majeur dans plusieurs interventions :

  • Thyroïdectomie et parathyroïdectomie : la ligature des branches de l’artère thyroïdienne inférieure expose à une blessure de l’artère cervicale ascendante, qui naît souvent à proximité
  • Chirurgie du rachis cervical par voie antérieure (discectomie, corporectomie) : les branches spinales qui pénètrent dans les foramens intervertébraux peuvent être source de saignement dans le canal rachidien
  • Curage ganglionnaire cervical : risque de dissection ou de lésion lors du curage des chaînes récurrentielle et jugulaire
  • Chirurgie carotidienne : plaie possible lors de l’abord ou de l’exposition de l’axe carotidien

Atteintes pathologiques

Bien que de petit calibre, l’artère cervicale ascendante peut être impliquée dans plusieurs pathologies :

  • Dissection artérielle cervicale : l’artère peut être le siège d’un hématome intramural, en particulier lors de traumatismes ou de mouvements brutaux d’hyperextension du cou, provoquant des douleurs cervicales et des céphalées
  • Syndrome de compression : dans certains cas, l’artère peut contribuer à la compression des racines nerveuses cervicales dans les foramens intervertébraux, participant à des cervicobrachialgies
  • Insuffisance vertébro-basilaire : en cas d’occlusion proximale, l’artère cervicale ascendante peut devenir une voie de suppléance vers l’artère vertébrale
  • Anévrisme ou pseudo-anévrisme post-traumatique, rare mais décrit
  • Malformations artério-veineuses cervicales à participation de cette artère

Intérêt en imagerie interventionnelle

En angiographie et en embolisation, l’artère cervicale ascendante est identifiée comme une « artère dangereuse » en raison de ses branches spinales qui alimentent la moelle épinière. Une embolisation mal maîtrisée peut entraîner une ischémie médullaire, avec des conséquences neurologiques potentiellement graves (paraplégie, paraparésie). Les radiologues interventionnels prennent donc la précaution de tester le lit vasculaire avant toute occlusion.

Explorations et examens

Le réseau formé par l’artère cervicale ascendante et ses branches peut être exploré par plusieurs modalités :

  • Échographie-Doppler des troncs supra-aortiques : permet d’évaluer les flux dans les branches du tronc thyro-bicervico-scapulaire
  • Angio-scanner (angio-TDM) et angio-IRM : visualisation tridimensionnelle des anastomoses et détection de sténoses, dissections ou malformations
  • Artériographie conventionnelle : examen de référence pour le diagnostic et la prise en charge endovasculaire
  • Repérage peropératoire par fluorescence au vert d’indocyanine en chirurgie cervicale

En résumé : points clés à retenir

L’artère cervicale ascendante est un vaisseau discret mais fonctionnellement essentiel du cou profond. Voici les principaux enseignements à retenir :

  • Elle naît principalement de l’artère thyroïdienne inférieure, elle-même branche du tronc thyro-bicervico-scapulaire
  • Elle chemine verticalement le long des apophyses transverses des vertèbres cervicales, en avant du scalène antérieur
  • Elle vascularise les muscles profonds du cou, les vertèbres cervicales et contribue à la vascularisation spinale
  • Elle présente de nombreuses anastomoses avec les artères vertébrale, pharyngienne ascendante et occipitale
  • Son identification et sa préservation sont essentielles lors des chirurgies cervicales, notamment thyroïdiennes et rachidiennes
  • Ses branches spinales en font une « artère dangereuse » en embolisation, en raison du risque d’ischémie médullaire
  • Toute douleur cervicale unilatérale associée à des signes neurologiques doit faire évoquer une possible dissection ou pathologie vasculaire, et justifie une consultation médicale rapide

En pratique, si vous ressentez une douleur cervicale persistante, des céphalées inhabituelles, des fourmillements dans les membres supérieurs ou un souffle pulsatile au cou, consultez sans tarder votre médecin. Une imagerie adaptée (angio-IRM ou angio-scanner) permettra d’éliminer une atteinte vasculaire et d’orienter rapidement la prise en charge.