Shigella sonnei : causes, symptômes, traitement et prévention de la shigellose

Shigella sonnei : causes, symptômes, traitement et prévention de la shigellose

Shigella sonnei : causes, symptômes, traitement et prévention de la shigellose
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Shigella sonnei : causes, symptômes, traitement et prévention de la shigellose

Shigella sonnei est une bactérie responsable de la shigellose, une infection intestinale très contagieuse. Découvrez ses symptômes, son traitement et les mesures de prévention efficaces.

Qu’est-ce que Shigella sonnei ?

Shigella sonnei est une bactérie à Gram négatif, en forme de bâtonnet, appartenant à la famille des Enterobacteriaceae. Elle est l’une des quatre espèces du genre Shigella, aux côtés de S. dysenteriae, S. flexneri et S. boydii. Parmi ces espèces, S. sonnei est aujourd’hui la plus répandue dans les pays industrialisés et tend à devenir majoritaire dans le monde entier.

Cette bactérie est strictement humaine : il n’existe pas de réservoir animal connu, ce qui signifie que la transmission s’effectue toujours d’une personne à une autre. Elle est responsable d’une infection appelée shigellose, également connue sous le nom de dysenterie bacillaire.

Caractéristiques microbiologiques

  • Bactérie immobile, non sporulée, ne produisant pas de gaz lors de la fermentation du glucose
  • Capable de survivre plusieurs jours dans l’eau, les aliments et sur les surfaces
  • Sensible à la chaleur : détruite par la cuisson à cœur des aliments (au moins 65 °C)
  • Dose infectieuse extrêmement faible : 10 à 200 bactéries suffisent pour provoquer une infection, ce qui en fait l’une des bactéries les plus contagieuses

Causes et modes de transmission

La transmission de Shigella sonnei se fait principalement par la voie féco-orale, c’est-à-dire par ingestion de la bactérie après contact avec des matières fécales contaminées. En raison de sa dose infectieuse très faible, la contagion est extrêmement rapide dans les collectivités.

Principaux vecteurs de transmission

  • Eau contaminée : eau de boisson non traitée, eau de baignade, piscines insuffisamment chlorées
  • Aliments souillés : crudités lavées avec de l’eau contaminée, fruits de mer crus, produits laitiers non pasteurisés, plats préparés par des personnes infectées
  • Mains sales : transmission directe manuportée, particulièrement fréquente chez les jeunes enfants
  • Contacts étroits : familles, crèches, écoles, établissements de soins, prisons, camps de réfugiés

Populations à risque

Certaines populations sont particulièrement vulnérables à la shigellose :

  • Les jeunes enfants de 2 à 5 ans, chez qui l’infection est la plus fréquente et la plus sévère
  • Les personnes vivant en collectivité (crèches, Ehpad, prisons)
  • Les voyageurs se rendant dans des régions à hygiène précaire
  • Les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), chez qui des épidémies sont régulièrement décrites
  • Les personnes immunodéprimées

Symptômes de la shigellose

La période d’incubation est généralement courte, de 1 à 4 jours après l’exposition. Les manifestations cliniques varient considérablement d’une personne à l’autre, allant d’une infection asymptomatique à une dysenterie sévère.

Forme typique

  • Diarrhée aqueuse initialement, qui peut évoluer vers des selles sanglantes et glaireuses (dysenterie)
  • Douleurs abdominales intenses, souvent sous forme de crampes
  • Fièvre modérée à élevée (38 à 40 °C)
  • Épreintes : sensations de besoin urgent et impérieux d’aller à la selle, souvent inefficaces
  • Ténesme : sensation de rectum plein, brûlure anale
  • Nausées et vomissements occasionnels
  • Malaise général, fatigue, perte d’appétit

Évolution habituelle

Dans la majorité des cas, les symptômes durent entre 4 et 7 jours et guérissent spontanément sans traitement spécifique. Cependant, la phase aiguë peut être très éprouvante et la convalescence s’étaler sur plusieurs semaines avec une fatigue persistante.

Diagnostic médical

Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques et biologiques. Il est important de consulter un médecin en cas de diarrhée sanglante, de fièvre persistante ou de signes de déshydratation.

Examen clinique

Le médecin recherche les signes évocateurs (diarrhée glairo-sanglante, fièvre, douleurs abdominales) et évalue l’état d’hydratation du patient, particulièrement chez l’enfant et la personne âgée.

Examens complémentaires

  • Coproculture : examen de référence, réalisé sur un échantillon de selles fraîches. Les résultats sont disponibles en 24 à 48 heures.
  • Tests rapides immunochromatographiques : permettent une détection en quelques heures de certains antigènes bactériens.
  • PCR multiplexe : technique moderne très sensible, de plus en plus utilisée pour identifier simultanément plusieurs pathogènes intestinaux.
  • Hémogramme : peut révéler une hyperleucocytose et des signes inflammatoires.

En France, la shigellose est une maladie à déclaration obligatoire (MDO), ce qui permet aux autorités sanitaires de surveiller les épidémies et de mettre en place des mesures de contrôle adaptées.

Traitement de l’infection à Shigella sonnei

Le traitement vise principalement à prévenir la déshydratation, à réduire la durée des symptômes et à limiter la transmission. L’antibiothérapie n’est pas systématiquement indiquée, mais reste recommandée dans certaines situations.

Réhydratation et mesures symptomatiques

  • Solutés de réhydratation orale (SRO) : indispensables, surtout chez l’enfant. À administrer après chaque selle diarrhéique.
  • Boire abondamment : eau, bouillons, tisanes. Éviter les boissons sucrées, les jus de fruits et les laitages en phase aiguë.
  • Alimentation adaptée : reprise alimentaire précoce dès que possible (riz, bananes, compotes, pain grillé).
  • Antidiarrhéiques : à éviter (lopéramide notamment) car ils risquent de prolonger l’infection et de favoriser les complications.
  • Antipyrétiques : paracétamol en cas de fièvre mal tolérée.

Antibiothérapie

L’antibiothérapie est recommandée dans les cas suivants :

  • Formes sévères avec diarrhée sanglante abondante ou fièvre élevée
  • Patients immunodéprimés
  • Sujets à risque de déshydratation sévère (nourrissons, personnes âgées, malades chroniques)
  • Contexte de collectivité pour limiter la transmission
  • Professionnels en contact avec des personnes vulnérables (secteur alimentaire, soignants)

Historiquement sensibles à de nombreux antibiotiques, les souches de S. sonnei présentent aujourd’hui des résistances croissantes, notamment aux fluoroquinolones et à l’azithromycine. Le choix thérapeutique doit idéalement être guidé par un antibiogramme. Les molécules les plus utilisées restent les fluoroquinolones (ciprofloxacine) chez l’adulte et l’azithromycine ou la ceftriaxone chez l’enfant.

Complications possibles

Bien que la shigellose soit souvent bénigne, certaines complications peuvent survenir, surtout chez les jeunes enfants, les personnes âgées ou les sujets fragiles.

Complications digestives

  • Déshydratation aiguë : complication la plus fréquente, parfois sévère chez le nourrisson et le sujet âgé
  • Mégacôlon toxique : dilatation importante du côlon, rare mais grave
  • Perforation intestinale : rare, nécessite une intervention chirurgicale urgente
  • Syndrome hémolytique et urémique (SHU) : plus fréquent avec S. dysenteriae, possible avec S. sonnei

Complications extradigestives

  • Convulsions fébriles chez l’enfant
  • Arthrite réactionnelle (syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter), survenant 2 à 4 semaines après l’infection, particulièrement chez les sujets HLA-B27
  • Bactériémie, septicémie chez les immunodéprimés
  • Hypoglycémie, surtout chez l’enfant dénutri

Prévention et mesures d’hygiène

La prévention repose essentiellement sur des mesures d’hygiène rigoureuses, car il n’existe pas actuellement de vaccin largement disponible contre la shigellose.

Hygiène individuelle

  • Lavage des mains à l’eau et au savon pendant au moins 30 secondes, notamment après être allé aux toilettes, avant de préparer ou de consommer un repas, après avoir changé un nourrisson
  • Utilisation de solutions hydroalcooliques en complément lorsque l’eau n’est pas disponible
  • Ongles courts et propres

Hygiène alimentaire

  • Consommer uniquement de l’eau potable ou traitée (eau en bouteille encapsulée en voyage)
  • Laver soigneusement les fruits et légumes avant consommation
  • Cuire correctement les viandes, poissons et fruits de mer
  • Réfrigérer rapidement les aliments après préparation
  • Éviter le contact des aliments crus avec les aliments cuits

Mesures en cas d’infection avérée

  • Isolement du malade, particulièrement en collectivité
  • Éviction scolaire ou professionnelle jusqu’à guérison clinique et, pour les manipulateurs d’aliments, jusqu’à négativation des coprocultures
  • Désinfection régulière des toilettes, poignées de portes, robinets et surfaces potentiellement contaminées
  • Changement fréquent du linge et lavage à haute température

Mesures collectives

Les autorités sanitaires peuvent être amenées à prendre des mesures spécifiques en cas d’épidémie : fermeture provisoire d’un établissement, enquête alimentaire, vaccination de rappel (rare, contexte particulier), investigation des contacts et antibioprophylaxie ciblée.

En résumé : les points essentiels à retenir

  • Shigella sonnei est une bactérie strictement humaine responsable de la shigellose, infection intestinale très contagieuse.
  • La transmission est féco-orale, facilitée par une dose infectieuse extrêmement faible.
  • Les enfants de 2 à 5 ans sont les plus touchés et les plus à risque de complications.
  • Les symptômes typiques associent diarrhée (parfois sanglante), fièvre, douleurs abdominales et épreintes, durant 4 à 7 jours.
  • La réhydratation est le pilier du traitement ; les antibiotiques sont réservés aux formes sévères ou à risque.
  • Les résistances antibiotiques sont croissantes, justifiant un antibiogramme.
  • La prévention repose sur le lavage rigoureux des mains et l’hygiène alimentaire.
  • La shigellose est une maladie à déclaration obligatoire en France.

Conseils pratiques

  • En cas de diarrhée sanglante ou de fièvre persistante chez un enfant, consultez rapidement un médecin.
  • Ne donnez jamais de ralentisseurs du transit (lopéramide) à un enfant sans avis médical.
  • Proposez systématiquement des solutés de réhydratation orale dès le début des symptômes diarrhéiques chez le nourrisson et l’enfant.
  • En voyage dans un pays à hygiène précaire, adoptez la règle du « boil it, cook it, peel it, or forget it » (à boire bouilli, à cuire, à peler, ou à oublier).
  • Si vous travaillez dans le secteur alimentaire ou de la petite enfance, toute diarrhée doit faire l’objet d’une consultation médicale et d’une éviction le temps du diagnostic.
  • Apprenez dès le plus jeune âge aux enfants à se laver correctement les mains : c’est la mesure préventive la plus efficace contre la shigellose et de nombreuses autres infections intestinales.