
Position assise chez l’enfant : complications et bonnes postures à adopter
La position assise est une étape essentielle du développement du bébé, mais certaines postures inadaptées comme la position en W ou la station assise prolongée peuvent entraîner des complications musculo-squelettiques et posturales sérieuses.
Introduction : la position assise, une étape clé du développement de l’enfant
L’acquisition de la position assise constitue l’une des étapes fondamentales du développement psychomoteur du nourrisson et du jeune enfant. Elle marque une transition majeure entre la période où le bébé est allongé et celle où il commence à explorer activement son environnement. Cependant, derrière cette acquisition apparemment banale se cachent de nombreux enjeux : qualité du développement musculaire, structuration de la colonne vertébrale, maturation de la hanche, et plus tard, prévention des troubles posturaux.
De nombreux parents ignorent que certaines façons de s’asseoir, adoptées spontanément par les enfants, peuvent avoir des conséquences durables sur leur santé musculo-squelettique. La position en W, le temps excessif passé assis devant les écrans, ou encore l’utilisation prématurée du transat ou du youpala sont autant de situations qui peuvent compromettre le bon développement postural de l’enfant.
Cet article a pour objectif d’informer les parents et les professionnels de la petite enfance sur les complications liées à la position assise, de présenter les bonnes postures à encourager, et de donner des conseils pratiques pour accompagner au mieux le développement moteur de l’enfant.
Le développement normal de la position assise chez le bébé
Les grandes étapes de 0 à 18 mois
Le développement postural suit une séquence neurologique précise, gouvernée par la maturation du système nerveux central et l’acquisition progressive du tonus musculaire. De la naissance à 18 mois, l’enfant passe par plusieurs étapes :
- De 0 à 3 mois : le bébé présente une hypertonie physiologique des membres et ne tient pas sa tête. Toute tentative de le maintenir assis est déconseillée car sa colonne vertébrale n’est pas encore prête à supporter le poids du tronc.
- Vers 4 à 6 mois : le bébé commence à tenir sa tête de manière stable. C’est la période où l’on peut commencer à le placer en position semi-assise, bien calé, pour qu’il puisse observer son environnement.
- Vers 6 à 8 mois : la station assise autonome apparaît. Le bébé tient assis sans soutien, d’abord avec un appui des mains au sol (position trépied), puis progressivement sans appui.
- Vers 9 à 12 mois : l’enfant maîtrise parfaitement la position assise et l’utilise pour manipuler des objets, jouer, et préparer le passage à la position debout.
Quand faut-il s’inquiéter d’un retard ?
Un retard à l’acquisition de la position assise n’est pas systématiquement alarmant, mais il mérite une attention particulière. On parle de retard lorsqu’un enfant ne tient pas assis seul à 9 mois révolus. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce retard : hypotonie musculaire, troubles neurologiques, problèmes de vision, ou simplement un manque de stimulation.
Les parents doivent être vigilants aux signaux suivants : absence de tenue de la tête à 4 mois, incapacité à rester assis avec appui à 6 mois, ou encore raideur anormale des membres. Dans tous les cas, un avis médical (pédiatre, neuropédiatre) ou un bilan chez un kinésithérapeute ou un psychomotricien est recommandé.
La position en W : un piège postural fréquent et sous-estimé
Qu’est-ce que la position en W exactement ?
La position en W, également appelée « position de la télévision » ou « position du gardien de but », se caractérise par une assise au sol où les jambes de l’enfant forment un W : les genoux sont au sol, pliés devant le corps, tandis que les pieds sont orientés vers l’extérieur, de part et d’autre des hanches. Vu de face, l’enfant ressemble effectivement à la lettre W.
Cette posture est très répandue chez les enfants âgés de 3 à 6 ans. Elle est souvent adoptée spontanément car elle procure une base large et stable, nécessitant peu d’effort musculaire pour se maintenir.
Pourquoi les enfants adoptent-ils cette posture ?
Plusieurs raisons expliquent le recours fréquent à la position en W :
- Une base de sustentation large qui stabilise le tronc sans effort, idéale pour jouer ou regarder la télévision pendant de longues périodes.
- Un manque de force musculaire au niveau des muscles abdominaux et des muscles stabilisateurs des hanches (rotateurs externes et abducteurs).
- Un retard de développement moteur, notamment un défaut d’intégration des réflexes posturaux.
- Une habitude prise lorsque l’enfant est assis au sol pendant de longues périodes sans être corrigé.
Les complications musculo-squelettiques de la position en W
À long terme, la position en W peut entraîner plusieurs complications sérieuses :
- Dysplasie ou luxation de hanche : la position en rotation interne excessive des hanches peut perturber le développement de l’articulation coxo-fémorale.
- Retard du développement moteur : l’enfant n’apprend pas à utiliser ses muscles stabilisateurs, ce qui retarde l’acquisition de l’équilibre, de la marche sur les pointes ou des sauts.
- Troubles de la posture : genu valgum (genoux en X), pieds plats, déformation du bassin et inclinaison du tronc.
- Faiblesse des muscles du tronc : abdominaux, spinaux et muscles profonds ne sont pas sollicités correctement.
- Prévention insuffisante des chutes : l’enfant ne développe pas les réflexes de protection latérale en cas de déséquilibre.
Selon les recommandations de l’Association Américaine de Pédiatrie (AAP) et de plusieurs sociétés savantes de kinésithérapie, la position en W doit être évitée et corrigée dès qu’elle est constatée.
Les complications d’une station assise prolongée chez l’enfant
Impact sur le développement moteur global
Passer de longues heures assis, que ce soit dans une poussette, un siège auto, une chaise haute ou devant un écran, limite considérablement les opportunités d’exploration motrice de l’enfant. Les pédiatres du développement recommandent qu’un enfant de moins de 5 ans ne reste pas assis plus de 30 à 60 minutes consécutives sans bouger. La sédentarité précoce est associée à un retard des acquisitions motrices (courir, sauter, grimper).
Conséquences sur la colonne vertébrale
La colonne vertébrale de l’enfant est en pleine croissance. Une mauvaise posture assise maintenue dans le temps peut favoriser l’apparition de :
- Cyphose dorsale (dos voûté) due à un effondrement du tronc vers l’avant, typique des enfants qui se penchent sur des écrans.
- Hyperlordose lombaire accentuée par certaines positions assises sur le sol.
- Scoliose : bien que multifactorielle, une mauvaise posture peut aggraver ou révéler une scoliose latente.
- Cervicalgies et céphalées de tension : liées à une flexion prolongée de la nuque.
Risques métaboliques et cardiovasculaires
Des études récentes, notamment celles publiées dans le Lancet Child & Adolescent Health et relayées par l’Organisation Mondiale de la Santé, ont montré que la sédentarité précoce augmente le risque de surpoids, d’obésité infantile, de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires à l’âge adulte. Les enfants de moins de 4 ans passent en moyenne 2 à 3 heures par jour devant un écran, un chiffre en constante augmentation depuis 2020.
Les bonnes pratiques pour une position assise saine
Comment bien asseoir un bébé au quotidien
Avant 6 mois, il est recommandé de ne pas forcer un bébé à s’asseoir. Le sol et le tapis d’éveil constituent le meilleur environnement pour développer la motricité libre. Lorsqu’un bébé tient assis seul, on peut privilégier :
- La position assise jambes tendues devant soi (position longue), qui étire l’arrière des cuisses.
- La position assise en tailleur (jambes croisées devant), qui ouvre les hanches en rotation externe.
- La position assise en chevalier servant (à genoux, fesses sur les talons), excellente pour le dos.
- Le tabouret ergonomique ou la chaise Tripp Trapp adaptée à la taille de l’enfant, qui permet d’avoir les pieds posés au sol, les genoux fléchis à 90° et le dos droit.
Le mobilier adapté selon l’âge
Le mobilier joue un rôle crucial dans la qualité de la posture assise :
- De 0 à 6 mois : transat à inclinaison ajustable, jamais plus de 30° d’inclinaison, pour un usage limité (15 à 30 minutes maximum).
- De 6 à 12 mois : chaise haute avec harnais et repose-pieds, en privilégiant une assise courte et surveillée.
- De 1 à 3 ans : petite chaise adaptée à la morphologie de l’enfant, permettant aux pieds de toucher le sol.
- De 3 à 6 ans : bureau et chaise réglables en hauteur pour les activités calmes (dessin, lecture).
Alterner les positions au quotidien
Le secret d’un bon développement postural réside dans la variété des positions au cours de la journée. Il est recommandé d’alterner entre position assise, à quatre pattes, debout, allongée sur le ventre et sur le dos. Cette diversité stimule l’ensemble des groupes musculaires et favorise la proprioception.

Quand consulter un professionnel de santé ?
Une consultation médicale est conseillée dans les situations suivantes :
- Retard d’acquisition de la position assise après 9 mois.
- Position en W systématique après l’âge de 4 ans.
- Asymétrie posturale persistante (enfant qui penche toujours du même côté).
- Plaintes de douleurs dorsales ou de jambes récurrentes.
- Troubles de la marche (boiterie, chutes fréquentes).
- Scoliose suspectée (visible sur un test de flexion avant).
Les professionnels compétents pour évaluer la posture de l’enfant sont : le pédiatre, le kinésithérapeute, le psychomotricien, l’ostéopathe (en complément) et l’orthopédiste en cas de suspicion de pathologie structurelle.
En résumé : conseils pratiques aux parents
- Respectez le rythme de votre bébé : ne le forcez jamais à s’asseoir avant qu’il n’en soit capable seul.
- Privilégiez le jeu au sol sur un tapis d’éveil pour développer la motricité libre.
- Corrigez systématiquement la position en W en proposant à votre enfant de s’asseoir en tailleur ou en position de chevalier servant.
- Limitez le temps assis à 30-60 minutes consécutives, et encouragez les pauses actives toutes les heures.
- Adaptez le mobilier à la taille de votre enfant : pieds au sol, dos droit, genoux à 90°.
- Variez les postures au cours de la journée : assis, à quatre pattes, debout, allongé sur le ventre.
- Limitez les écrans selon les recommandations officielles : pas d’écran avant 3 ans, puis limité à 1 heure par jour avant 6 ans.
- Consultez un professionnel en cas de doute sur le développement postural ou moteur de votre enfant.
La position assise ne doit pas être considérée comme un simple acte du quotidien, mais bien comme un indicateur du développement global de l’enfant. En étant attentif à la qualité des postures adoptées par votre enfant dès son plus jeune âge, vous contribuez à prévenir de nombreuses complications musculo-squelettiques et à favoriser un développement harmonieux qui durera toute la vie.