Vue détaillée de diverses particules au microscope, montrant formes et textures.

Shigella : la bactérie de la dysenterie

Shigella : la bactérie de la dysenterie
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Shigella est une bactérie hautement contagieuse responsable de la shigellose, une infection intestinale parfois grave. Découvrez ses modes de transmission, ses symptômes, son traitement et les moyens de prévention efficaces.

Qu’est-ce que Shigella ? Définition et caractéristiques

Shigella est un genre de bactéries Gram négatif appartenant à la famille des Enterobacteriaceae. Ces bacilles, non sporulés et non mobiles, sont responsables d’une infection intestinale appelée shigellose, plus connue sous le nom de dysenterie bacillaire.

Le genre Shigella comprend quatre espèces principales, classées en fonction de leurs caractéristiques biochimiques et antigéniques :

  • Shigella dysenteriae : la plus virulente, responsable des formes les plus sévères, notamment dans les pays en développement. Le sérotype 1 produit la toxine Shiga, capable de provoquer des complications rénales graves.
  • Shigella flexneri : prédominante dans les pays en développement et la plus fréquente chez l’adulte dans les pays industrialisés.
  • Shigella boydii : principalement présente sur le continent africain et au Moyen-Orient.
  • Shigella sonnei : la plus répandue dans les pays industrialisés, généralement responsable d’infections plus bénignes.

La particularité de cette bactérie réside dans sa dose infectieuse extrêmement faible : il suffit d’environ 10 à 200 bactéries pour déclencher une infection, ce qui en fait l’un des agents pathogènes les plus contagieux connus.

Épidémiologie et modes de transmission

La shigellose représente un problème majeur de santé publique mondiale. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle est responsable d’environ 165 millions de cas annuels dans le monde, dont plus de 160 000 décès, principalement chez les enfants de moins de cinq ans vivant dans les pays à faibles revenus.

Les voies de contamination

La transmission de Shigella se fait essentiellement par la voie fécale-orale, selon plusieurs mécanismes :

  • Eau contaminée : consommation d’eau non traitée contenant des matières fécales humaines.
  • Aliments souillés : crudités, fruits, laitages ou plats préparés dans de mauvaises conditions d’hygiène.
  • Transmission interhumaine : contact direct avec une personne infectée, notamment dans les collectivités (crèches, écoles, maisons de retraite).
  • Mouches : ces insectes peuvent transporter la bactérie des matières fécales vers les aliments.

Populations à risque

Certaines personnes sont particulièrement exposées au risque de contamination :

  • Les jeunes enfants en bas âge, surtout entre 2 et 4 ans, chez qui l’hygiène manuelle n’est pas encore acquise.
  • Les voyageurs se rendant dans des pays où les conditions sanitaires sont précaires (diarrhée du voyageur).
  • Les personnes vivant en collectivité (camps de réfugiés, prisons, foyers).
  • Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), chez qui l’on observe une recrudescence des cas.
  • Les personnes immunodéprimées.

Symptômes de la shigellose

Après une période d’incubation de 1 à 4 jours (généralement 2 à 3 jours), les premiers signes cliniques apparaissent. La sévérité des symptômes varie en fonction de l’espèce de Shigella en cause et de l’état de santé du patient.

Les manifestations digestives

Les symptômes caractéristiques de la shigellose incluent :

  • Une diarrhée aqueuse initiale, qui évolue souvent vers une diarrhée sanglante avec présence de glaires et de pus (dysenterie).
  • Des crampes abdominales intenses, localisées surtout dans la fosse iliaque gauche.
  • Un ténesme : sensation douloureuse de besoin d’aller à la selle sans pouvoir évacuer.
  • Une fièvre élevée, pouvant atteindre 40°C.
  • Des nausées et vomissements occasionnels.
  • Une perte d’appétit et un état de fatigue générale.

Formes cliniques

On distingue plusieurs formes de la maladie :

  • La forme bénigne : diarrhée modérée pendant quelques jours, peu de signes généraux.
  • La forme typique : syndrome dysentérique complet avec fièvre, douleurs et selles glairo-sanglantes.
  • La forme sévère : survenant surtout avec S. dysenteriae type 1, avec déshydratation rapide, atteinte de l’état général et risques de complications.

Diagnostic de l’infection à Shigella

Le diagnostic de la shigellose repose sur une combinaison d’éléments cliniques et biologiques.

Examen clinique

Le médecin interroge le patient sur ses symptômes, ses voyages récents, son entourage et son alimentation. L’examen physique recherche les signes de déshydratation, surtout chez l’enfant et la personne âgée, et palpe l’abdomen à la recherche d’une sensibilité du cadre colique.

Examens complémentaires

  • Coproculture : examen de référence consistant à mettre en culture un échantillon de selles sur des milieux spécifiques. Les résultats sont obtenus en 2 à 3 jours. Le taux de positivité est plus élevé si l’échantillon est prélevé précocement et acheminé rapidement au laboratoire.
  • Tests rapides : des tests immunochromatographiques permettent désormais un diagnostic en quelques minutes, mais leur sensibilité reste inférieure à la culture.
  • PCR multiplex : technique de biologie moléculaire très sensible, capable de détecter simultanément plusieurs pathogènes entériques.
  • Hémogramme : peut révéler une hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles.
  • Bilan inflammatoire : CRP souvent élevée.

En cas d’épidémie, des enquêtes épidémiologiques sont menées par les autorités sanitaires pour identifier la source de contamination et limiter la propagation.

Traitement de la shigellose

La prise en charge de la shigellose associe réhydratation et, dans certains cas, antibiothérapie.

Réhydratation

La réhydratation est la pierre angulaire du traitement, particulièrement chez les enfants et les personnes âgées :

  • Sels de réhydratation orale (SRO) : recommandés par l’OMS, ils compensent les pertes en eau et en électrolytes.
  • Réhydratation intraveineuse : nécessaire en cas de déshydratation sévère, de vomissements incoercibles ou d’impossibilité de boire.
  • Une alimentation adaptée doit être maintenue, avec reprise précoce de l’alimentation.

Antibiothérapie

Les antibiotiques ne sont pas systématiquement nécessaires, mais sont indiqués dans les situations suivantes :

  • Formes sévères avec diarrhée sanglante abondante.
  • Patients immunodéprimés.
  • Personnes travaillant dans des secteurs sensibles (restauration, santé).
  • Collectivités à risque (crèches, établissements pour personnes âgées).

Les antibiotiques couramment utilisés incluent :

  • Azithromycine : souvent prescrite en première intention, notamment chez l’enfant.
  • Ciprofloxacine : chez l’adulte, sauf en cas de résistance avérée.
  • Ceftriaxone : alternative dans les formes sévères ou en cas de résistances.

Malheureusement, on observe une augmentation des résistances aux antibiotiques, notamment en Asie et en Afrique. L’antibiogramme est donc essentiel avant tout traitement.

Traitements symptomatiques

Les antidiarrhéiques comme le lopéramide sont contre-indiqués car ils ralentissent l’élimination des bactéries et peuvent aggraver l’infection. Les antispasmodiques et le paracétamol peuvent néanmoins être utilisés pour soulager les crampes et la fièvre.

Complications possibles

Bien que la majorité des cas évolue favorablement en 5 à 7 jours, certaines complications peuvent survenir.

Complications digestives

  • Perforation intestinale : rare mais grave, nécessitant une intervention chirurgicale.
  • Mégacôlon toxique : dilatation importante du côlon avec risque de perforation.
  • Prolapsus rectal : notamment chez l’enfant malnutri.

Complications extra-digestives

  • Syndrome hémolytique et urémique (SHU) : complication redoutable, principalement associée à S. dysenteriae type 1, caractérisée par une anémie hémolytique, une thrombopénie et une insuffisance rénale aiguë.
  • Arthrite réactive : inflammation articulaire survenant dans les semaines suivant l’infection, particulièrement chez les porteurs de l’antigène HLA-B27.
  • Convulsions fébriles : surtout chez l’enfant, indépendamment de la sévérité de la diarrhée.
  • Bactériémie et septicémie : chez les patients fragilisés.

Déshydratation

La déshydratation reste la complication la plus fréquente et la plus dangereuse, particulièrement chez les nourrissons et les personnes âgées. Elle peut entraîner une insuffisance rénale fonctionnelle, voire un collapsus cardiovasculaire si elle n’est pas prise en charge rapidement.

Prévention de la shigellose

La prévention repose sur des mesures d’hygiène rigoureuses et de sécurité alimentaire.

Hygiène individuelle

  • Lavages des mains fréquents avec de l’eau et du savon, surtout après le passage aux toilettes, avant de préparer les repas et avant de manger.
  • Utilisation de solutions hydro-alcooliques en complément.
  • Apprentissage précoce de l’hygiène chez les enfants.

Hygiène alimentaire

  • Consommation d’eau potable ou traitée.
  • Lavage soigneux des fruits et légumes avant consommation.
  • Cuisson suffisante des aliments, particulièrement des viandes et des œufs.
  • Respect strict de la chaîne du froid.
  • Éviter la consommation d’aliments crus ou peu cuits dans les pays à risque.

Mesures collectives

  • Isolement des personnes malades, particulièrement dans les collectivités.
  • Éviction scolaire recommandée tant que les selles ne sont pas négatives à la culture.
  • Assainissement de l’eau et amélioration des conditions sanitaires.
  • Surveillance épidémiologique par les autorités sanitaires.

Vaccination

À ce jour, aucun vaccin contre la shigellose n’est disponible dans la pratique courante, bien que plusieurs candidats soient en phase de développement clinique. Les recherches se concentrent notamment sur des vaccins conjugués ciblant le polysaccharide O de S. flexneri 2a et S. sonnei.

L’essentiel à retenir

La shigellose est une infection intestinale hautement contagieuse mais le plus souvent bénigne lorsqu’elle est correctement prise en charge. Voici les points essentiels à retenir :

  • Symptômes d’alerte : consultez rapidement un médecin en cas de diarrhée sanglante, de fièvre élevée, de signes de déshydratation (soif intense, bouche sèche, diminution des urines, fatigue extrême) ou si les symptômes persistent au-delà de 48 heures.
  • Hydratation : buvez régulièrement, idéalement des solutions de réhydratation orale, surtout chez l’enfant et la personne âgée.
  • Évitez l’automédication par les antidiarrhéiques (lopéramide) qui peuvent aggraver l’infection.
  • Hygiène irréprochable : lavez-vous les mains systématiquement, surtout après être allé aux toilettes et avant de manipuler des aliments.
  • Sécurité alimentaire : privilégiez les aliments bien cuits et l’eau en bouteille lors de voyages dans des pays à risque.
  • Isolement : restez chez vous tant que vous êtes symptomatique et informez votre entourage pour limiter la contamination.
  • Voyageurs : consultez avant le départ pour connaître les mesures préventives adaptées à votre destination.

En cas de symptômes sévères, notamment chez l’enfant de moins de 5 ans, la personne âgée ou immunodéprimée, une prise en charge médicale urgente est indispensable pour éviter les complications graves, principalement la déshydratation et le syndrome hémolytique et urémique.

On répond à vos questions

Comment se transmet la bactérie Shigella ?

Shigella se transmet principalement par voie féco-orale, via des mains sales, de l'eau ou des aliments contaminés. Une faible dose suffit à provoquer l'infection. La transmission est favorisée par le manque d'hygiène et les contacts rapprochés. Le lavage fréquent des mains est essentiel pour limiter la propagation.

Quels sont les symptômes de la shigellose ?

La shigellose se manifeste par des diarrhées souvent glairo-sanglantes, des douleurs abdominales, de la fièvre et des vomissements. Les symptômes apparaissent 1 à 3 jours après contamination et durent environ une semaine. Une forme grave peut entraîner une déshydratation sévère, surtout chez les jeunes enfants. Consultez un médecin en cas de diarrhée sanglante.

Comment traiter une infection à Shigella ?

Le traitement repose sur la réhydratation et parfois des antibiotiques pour les cas graves ou à risque. L'automédication est déconseillée car certaines souches sont résistantes. La prévention passe par le lavage des mains, la cuisson des aliments et l'usage d'eau potable. En cas de symptômes persistants, consultez rapidement un médecin.

Sources et pour aller plus loin

Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Shigella : la bactérie de la dysenterie », consultez les ressources officielles suivantes :

Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.