
Le HPV 68 est un papillomavirus humain à haut risque oncogénique, moins fréquent que les HPV 16 et 18 mais pouvant entraîner des lésions précancéreuses et certains cancers. Découvrez ses caractéristiques, son dépistage, ses risques et les moyens de prévention efficaces.
Qu’est-ce que le HPV 68 ?
Le papillomavirus humain (HPV) est l’une des infections sexuellement transmissibles (IST) les plus répandues dans le monde. Parmi les plus de 200 génotypes identifiés, certains sont dits « à haut risque oncogénique » car ils peuvent provoquer des transformations cellulaires évoluant vers un cancer. Le HPV 68 appartient à cette catégorie, aux côtés des génotypes les plus connus comme le HPV 16 et le HPV 18, mais il reste largement méconnu du grand public alors qu’il mérite une attention particulière.
Classification et particularités du HPV 68
Le HPV 68 fait partie du genre des alpha-papillomavirus et est classé parmi les types « probablement ou possiblement à haut risque oncogénique » selon l’Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC). Bien que moins fréquent que les génotypes 16 et 18, il reste un virus à surveiller de près en raison de son potentiel de transformation cellulaire. Sa prévalence varie selon les régions du monde et les populations étudiées, mais on le retrouve régulièrement dans les analyses de dépistage du cancer du col de l’utérus, généralement en co-infection avec d’autres génotypes.
Différence avec les autres types de HPV
Contrairement aux HPV dits « à bas risque » comme les HPV 6 et 11 (responsables des verrues génitales ou condylomes), le HPV 68 se distingue par son pouvoir oncogène. Sa structure génomique lui permet d’intégrer l’ADN viral dans le génome de la cellule hôte, perturbant le fonctionnement de gènes suppresseurs de tumeurs, notamment p53 et pRb, des gardiens-clés de l’intégrité cellulaire.
Transmission et facteurs de risque
Modes de contamination
Le HPV 68 se transmet principalement par contact sexuel, qu’il s’agisse de rapports vaginaux, anaux ou oraux. La transmission peut aussi survenir par contact cutané intime dans la région génitale. Plus rarement, le virus peut être transmis de la mère à l’enfant lors de l’accouchement, bien que ce mode de contamination reste marginal.
Il est important de noter que l’infection par le HPV est extrêmement fréquente : environ 80 % des personnes sexuellement actives seront infectées par au moins un type de HPV au cours de leur vie. Le préservatif réduit le risque de transmission mais ne l’élimine pas totalement, car le virus peut être présent sur des zones cutanées ou muqueuses non couvertes par le préservatif.
Facteurs favorisant la persistance virale
Plusieurs facteurs augmentent non seulement le risque d’infection, mais surtout celui de persistance virale, étape clé vers la transformation cellulaire :
- Le tabagisme actif ou passif, qui altère l’immunité locale au niveau du col utérin
- L’immunodépression (VIH, traitements immunosuppresseurs, greffes d’organes)
- La co-infection par d’autres IST, notamment le chlamydia et l’herpès
- Le nombre élevé de partenaires sexuels au cours de la vie
- La précocité des premiers rapports sexuels
- Le déficit en certains micronutriments (folates, vitamine A, vitamine C)
- L’usage prolongé de contraceptifs hormonaux (point encore débattu)
Symptômes et manifestations cliniques
Une infection le plus souvent silencieuse
L’un des aspects les plus redoutables du HPV 68 réside dans le caractère asymptomatique de l’infection dans la grande majorité des cas. La personne infectée peut porter le virus pendant des mois, voire des années, sans aucun signe visible ni symptôme ressenti. C’est cette latence qui explique pourquoi le dépistage régulier demeure essentiel, en particulier chez les femmes sexuellement actives.
Lésions détectables en cas d’évolution
Lorsque l’infection persiste et provoque des modifications cellulaires, différents tableaux cliniques peuvent apparaître :
- Dysplasies cervicales (CIN 1, 2, 3) : lésions précancéreuses du col de l’utérus détectées par frottis
- Dysplasies anales (AIN) chez les hommes et les femmes ayant des rapports anaux réceptifs
- Verrues génitales ou condylomes (plus rares avec le HPV 68 qu’avec les HPV 6 et 11)
- Lésions oropharyngées dans certains cas
- Dans les stades avancés, signes évocateurs du cancer : saignements anormaux, douleurs pelviennes, ganglions palpables
Diagnostic et dépistage du HPV 68
Le frottis cervico-utérin
Le frottis cervical reste l’examen de première intention pour détecter les anomalies cellulaires provoquées par le HPV. Réalisé tous les 3 ans chez les femmes de 25 à 30 ans (après deux frottis normaux à un an d’intervalle), puis tous les 5 ans jusqu’à 65 ans avec test HPV, il permet de repérer les lésions précancéreuses bien avant qu’elles n’évoluent vers un cancer.
Le test HPV, plus précis
Depuis plusieurs années, le test HPV (par PCR ou hybridation) s’est imposé comme méthode de référence. Il permet d’identifier spécifiquement le génotype viral en cause, y compris le HPV 68. En France notamment, le test HPV a remplacé le frottis cytologique en première intention chez les femmes de plus de 30 ans, offrant une meilleure sensibilité de détection.
Examens complémentaires
En cas de test HPV positif avec anomalies cytologiques, une colposcopie est réalisée. Cet examen consiste à observer le col de l’utérus à l’aide d’une loupe grossissante après application d’acide acétique et de Lugol, permettant de repérer les zones suspectes et de réaliser des biopsies ciblées pour analyse histologique.
Pour les hommes, le dépistage reste plus complexe car il n’existe pas de routine équivalente, sauf dans les populations à haut risque (hommes ayant des rapports avec des hommes, personnes vivant avec le VIH).
Risques évolutifs et cancers associés
Le cancer du col de l’utérus
Le HPV est responsable de plus de 99 % des cancers du col de l’utérus. Le HPV 68, bien que moins fréquent que les génotypes 16 et 18, contribue à un nombre non négligeable de cas. On estime qu’il est impliqué dans environ 1 à 2 % des cancers cervicaux à travers le monde, davantage dans certaines régions comme l’Asie du Sud-Est.
Autres cancers potentiellement associés
Le HPV 68 peut également être impliqué dans :
- Le cancer anal, surtout chez les personnes immunodéprimées
- Le cancer de la vulve et du vagin
- Le cancer du pénis, rare mais en augmentation
- Certains cancers de la sphère ORL (amygdales, base de langue)
Évolution naturelle de l’infection
Dans environ 80 % des cas, l’infection par le HPV 68 est éliminée spontanément par le système immunitaire en moins de 2 ans. Cependant, dans 10 à 20 % des cas, le virus persiste et peut entraîner, sur plusieurs années voire plusieurs décennies, des lésions de plus en plus sévères pouvant aboutir à un cancer invasif.
Traitements et prise en charge
Pas de traitement antiviral curatif spécifique
Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de traitement antiviral permettant d’éliminer directement le HPV 68. La prise en charge dépend donc étroitement de l’évolution clinique :
- Surveillance simple en cas d’infection transitoire sans lésion associée
- Traitement des lésions précancéreuses (cryothérapie, laser, conisation, excision)
- Traitement du cancer selon le stade : chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie
Conisation et excision chirurgicale
Pour les lésions de haut grade (CIN 2-3 confirmées par biopsie), une conisation (ablation d’un cône de tissu du col) peut être proposée. Cette intervention permet de retirer les cellules anormales tout en préservant la fertilité dans la majorité des cas. Une surveillance rapprochée est ensuite indispensable pendant au moins 10 ans.
Suivi post-traitement
Après tout traitement, un suivi régulier associant frottis et test HPV est recommandé, avec une fréquence adaptée au grade initial de la lésion. Ce suivi vise à détecter précocement toute récidive ou nouvelle infection par un HPV à haut risque.
Prévention et vaccination anti-HPV
La vaccination contre le HPV
La vaccination constitue la meilleure prévention contre les infections par HPV, y compris en partie contre le HPV 68. Les principaux vaccins disponibles sont :
- Gardasil 9® : protège contre 9 génotypes (6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58)
- Cervarix® : protège contre les génotypes 16 et 18
Le Gardasil 9, bien qu’il ne contienne pas spécifiquement le HPV 68 dans sa formule, offre une protection croisée contre certains génotypes apparentés. La vaccination est recommandée en France pour les filles comme pour les garçons dès 11 ans, avec un rattrapage possible jusqu’à 26 ans, et désormais jusqu’à 45 ans selon les autorités sanitaires.
Mesures de prévention complémentaires
Plusieurs mesures simples réduisent considérablement le risque d’infection et de complications :
- Utilisation systématique du préservatif
- Limitation du nombre de partenaires sexuels
- Arrêt complet du tabac, facteur de risque majeur
- Renforcement du système immunitaire : alimentation riche en fruits et légumes, activité physique régulière, gestion du stress
- Suivi gynécologique régulier avec dépistage systématique
À retenir
Le HPV 68 est un papillomavirus humain à haut risque oncogénique qui, bien que moins fréquent que les HPV 16 et 18, mérite une attention particulière en raison de son pouvoir cancérogène. Sa nature souvent asymptomatique rend le dépistage régulier indispensable, notamment chez les femmes de 25 à 65 ans. Voici les points essentiels à retenir pour protéger votre santé :
- Se faire dépister régulièrement : le frottis et le test HPV sauvent des vies en détectant les lésions avant qu’elles ne dégénèrent.
- Se faire vacciner : idéalement avant le début de la vie sexuelle, mais un rattrapage reste possible et utile jusqu’à 45 ans.
- Adopter une bonne hygiène de vie : arrêt du tabac, alimentation variée, activité physique régulière.
- Utiliser le préservatif : il réduit significativement le risque de transmission du HPV.
- Consulter au moindre doute : saignements anormaux, douleurs pelviennes, lésions visibles doivent alerter.
- Suivre rigoureusement le traitement recommandé : en cas de lésions dépistées, ne pas repousser la prise en charge.
- Penser au suivi à long terme : même après traitement, un suivi régulier sur 10 à 20 ans reste indispensable.
L’information, le dépistage précoce et la vaccination demeurent les armes principales contre le HPV 68 et ses complications potentielles. En cas de doute ou de question, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant, votre gynécologue ou un centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) présent dans chaque département. La prévention et la surveillance sont vos meilleurs alliés face à ce virus silencieux mais maîtrisable.
Questions / réponses
Qu'est-ce que le HPV 68 ?
Le HPV 68 est un papillomavirus humain à haut risque oncogénique. Il est moins fréquent que les HPV 16 et 18, mais peut entraîner des lésions précancéreuses et certains cancers (col de l'utérus, anus, oropharynx). La transmission se fait principalement par voie sexuelle. Un dépistage régulier est important.
Quels sont les risques associés au HPV 68 ?
Le HPV 68 peut causer des lésions précancéreuses du col de l'utérus et d'autres cancers. Le risque de progression est plus faible que pour les HPV 16 et 18, mais il existe. Une infection persistante augmente le risque. Consultez un médecin pour un suivi adapté.
Comment prévenir l'infection par le HPV 68 ?
La prévention repose sur la vaccination contre le HPV (qui couvre certains types, mais pas spécifiquement le 68), le dépistage régulier par frottis et l'usage de préservatifs. La vaccination réduit le risque global. Consultez un professionnel de santé pour des conseils personnalisés.
Références
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « HPV 68 : tout comprendre sur ce papillomavirus », consultez les ressources officielles suivantes :
- Ameli — conseil santé et prévention
- Manger Bouger — le guide nutrition
- Haute Autorité de Santé (HAS)
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.