Le muscle sterno-thyroïdien : anatomie, fonction et implications cliniques

Le muscle sterno-thyroïdien : anatomie et fonction

Le muscle sterno-thyroïdien : anatomie et fonction
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Le muscle sterno-thyroïdien est un muscle infrahyoïdien essentiel du cou, impliqué dans la déglutition, la phonation et la posture cervicale. Découvrez son anatomie complète, ses fonctions et ses implications en chirurgie.

Introduction et définition du muscle sterno-thyroïdien

Le muscle sterno-thyroïdien (en latin : musculus sternothyroideus) est un muscle pair et symétrique appartenant au groupe des muscles infrahyoïdiens, également appelés muscles sous-hyoïdiens ou muscles « rubanés » du cou. Il s’agit d’un muscle plat, allongé et relativement fin, situé dans la partie antérieure et médiane du cou, en avant de la trachée et du larynx.

Avec les muscles sterno-cléido-hyoïdien, omo-hyoïdien et thyro-hyoïdien, le sterno-thyroïdien forme la couche musculaire superficielle et profonde de la région sous-hyoïdienne. Ces muscles jouent un rôle fondamental dans la mobilité du larynx et de l’os hyoïde, et donc dans des fonctions vitales telles que la déglutition, la phonation et la respiration.

La connaissance précise de ce muscle est essentielle pour les anatomistes, les chirurgiens cervicaux, les otorhinolaryngologistes et les orthophonistes, car son atteinte ou sa lésion peut entraîner des troubles fonctionnels importants.

Origine, trajet et insertion anatomique

Origine : la face postérieure du manubrium sternal

Le muscle sterno-thyroïdien prend son origine sur la face postérieure du manubrium sternal, immédiatement au-dessous de l’insertion du muscle sterno-cléido-hyoïdien. Plus précisément, ses fibres naissent de la partie supérieure de la face postérieure du premier sternèbre, ainsi que du premier cartilage costal et parfois de la capsule de l’articulation sterno-claviculaire. Cette origine est plus médiale et profonde que celle du sterno-cléido-hyoïdien qui le recouvre partiellement.

Trajet musculaire

De son origine sternale, le muscle se dirige verticalement vers le haut, en suivant un trajet légèrement oblique en dedans. Il est recouvert dans sa portion inférieure par le muscle sterno-cléido-hyoïdien, dont il partage la même direction générale. Au fur et à mesure de sa remontée, il s’élargit légèrement pour devenir plus large près de son insertion supérieure.

Au cours de son trajet, le muscle sterno-thyroïdien passe en avant de la trachée, du paquet vasculo-nerveux du cou (artère carotide commune, veine jugulaire interne, nerf vague) et du lobe latéral correspondant de la glande thyroïde. Il adhère parfois à la capsule thyroïdienne par des tractus conjonctifs, ce qui explique pourquoi il est souvent mobilisé avec la glande lors des thyroïdectomies.

Insertion : la ligne oblique du cartilage thyroïde

Le muscle sterno-thyroïdien se termine sur la ligne oblique du cartilage thyroïde, une crête osseuse visible sur la face latérale du cartilage thyroïde du larynx. Cette ligne oblique s’étend du tubercule thyroïdien supérieur au tubercule thyroïdien inférieur. Le muscle s’insère généralement sur la moitié ou les deux tiers inférieurs de cette ligne oblique, ainsi que sur les tubercules thyroïdiens inférieurs.

Cette insertion laryngée est primordiale : elle permet au muscle d’agir directement sur le cartilage thyroïde et, par conséquent, sur l’ensemble du larynx.

Innervation et vascularisation

Innervation motrice par l’anse cervicale

L’innervation motrice du muscle sterno-thyroïdien est assurée par des branches de l’anse cervicale (en latin : ansa cervicalis), également appelée anse de l’hypoglosse. Cette boucle nerveuse est formée par la réunion de deux racines :

  • La racine supérieure (ou branche descendante de l’hypoglosse, issue en réalité des racines cervicales C1-C2), qui descend le long du nerf grand hypoglosse (XII).
  • La racine inférieure, issue du plexus cervical (C2-C3), qui descend en avant ou en arrière de la veine jugulaire interne.

Ces deux racines se rejoignent en avant de la veine jugulaire interne pour former l’anse cervicale proprement dite, d’où partent les branches motrices destinées aux muscles sous-hyoïdiens. Le sterno-thyroïdien reçoit typiquement une ou deux branches directement issues de cette anse ou de la racine inférieure.

Vascularisation artérielle et veineuse

La vascularisation artérielle du muscle sterno-thyroïdien provient principalement de l’artère thyroïdienne supérieure (branche de l’artère carotide externe) et, dans une moindre mesure, de l’artère thyroïdienne inférieure (branche du tronc thyro-cervical issu de l’artère subclavière). De petites branches musculaires cheminant dans le fascia cervical superficiel peuvent également participer à son apport sanguin.

Le drainage veineux se fait par les veines thyroïdiennes supérieures et inférieures, qui se jettent respectivement dans la veine jugulaire interne et le tronc veineux brachiocéphalique. Le drainage lymphatique suit celui de la glande thyroïde et se dirige vers les ganglions lymphatiques cervicaux profonds (jugulaires internes et récurrentiels).

Fonctions physiologiques du muscle sterno-thyroïdien

Rôle dans la déglutition

Lors de la déglutition, le muscle sterno-thyroïdien joue un rôle essentiel dans la phase pharyngée. En se contractant, il abaisse le larynx et l’os hyoïde vers le bas, ce qui permet :

  • L’ouverture du sphincter supérieur de l’œsophage (muscle cricopharyngien).
  • La protection des voies aériennes par bascule du larynx en arrière sous la base de la langue.
  • La propulsion du bol alimentaire vers l’œsophage.

Son action est synergique avec celle des autres muscles infrahyoïdiens (sterno-cléido-hyoïdien et omo-hyoïdien), qui participent également à l’abaissement de l’os hyoïde.

Rôle dans la phonation

Le muscle sterno-thyroïdien contribue à la stabilité verticale du larynx pendant la phonation. En maintenant le cartilage thyroïde dans une position basse et stable, il favorise le réglage précis de la tension des cordes vocales, influençant ainsi la hauteur et la qualité de la voix. Les chanteurs professionnels et les orateurs sollicitent particulièrement ce groupe musculaire.

Rôle postural et respiratoire accessoire

Lors de l’inspiration forcée, le sterno-thyroïdien peut agir comme muscle respiratoire accessoire, en participant à l’élévation du sternum et de la cage thoracique. Cette action est particulièrement sollicitée chez les patients atteints de dyspnée sévère, par exemple lors d’une crise d’asthme ou d’une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).

Rapports anatomiques avec les structures voisines

Rapports avec la glande thyroïde

Le sterno-thyroïdien entretient des rapports très étroits avec la glande thyroïde. Il recouvre la face antérieure des lobes latéraux thyroïdiens et adhère à leur capsule par l’intermédiaire du feuillet pré-trachéal du fascia cervical. Cette proximité explique pourquoi, lors d’une thyroïdectomie, le chirurgien doit souvent sectionner ce muscle pour accéder à la glande.

Rapports avec les autres muscles du cou

Le muscle sterno-thyroïdien est en rapport avec :

  • Le muscle sterno-cléido-hyoïdien, qui le recouvre en superficie.
  • Le muscle thyro-hyoïdien, qui prolonge son action vers le haut, entre le cartilage thyroïde et l’os hyoïde.
  • Les muscles longs du cou et scalènes, situés latéralement et en profondeur.

Rapports vasculo-nerveux

Le muscle entre en rapport avec plusieurs structures vasculaires et nerveuses cruciales :

  • L’artère carotide commune, située latéralement.
  • La veine jugulaire interne, plus latérale encore.
  • Le nerf vague (X), cheminé dans la gaine carotidienne.
  • Le nerf laryngé récurrent, situé dans l’angle trachéo-œsophagien, à proximité de l’artère thyroïdienne inférieure.
  • L’anse cervicale, qui passe en avant ou en arrière de la veine jugulaire interne et innerve directement le muscle.

Variantes anatomiques

Comme de nombreux muscles du corps humain, le sterno-thyroïdien présente des variantes anatomiques relativement fréquentes, observées lors des dissections anatomiques ou des interventions chirurgicales :

  • Muscle surnuméraire : dans certains cas, on observe un muscle surnuméraire surnommé « muscle sterno-thyroïdien accessoire » ou « muscle de Merkel », décrit comme une bandelette musculaire inconstante naissant du manubrium sternal et se terminant sur la face latérale de la trachée.
  • Absence unilatérale ou bilatérale : rare, mais possible.
  • Dédoublement : le muscle peut présenter un dédoublement partiel ou complet, avec deux chefs distincts.
  • Insertions atypiques : l’insertion peut s’étendre jusqu’au cartilage cricoïde ou aux premiers anneaux trachéaux.

Ces variantes, bien que généralement asymptomatiques, doivent être connues du chirurgien pour éviter des complications opératoires.

Pathologies et implications cliniques

Atteintes neurologiques

Une lésion de l’anse cervicale, notamment lors d’une chirurgie cervicale (curage ganglionnaire, endartériectomie carotidienne) ou d’un traumatisme, peut entraîner une paralysie ou une parésie des muscles infrahyoïdiens, dont le sterno-thyroïdien. Cliniquement, cela se traduit par une faiblesse de l’abaissement laryngé, avec :

  • Troubles de la déglutition (dysphagie), en particulier pour les liquides.
  • Fausses routes possibles.
  • Modification de la voix (dysphonie) avec une voix plus faible.

Implication en chirurgie thyroïdienne

Lors d’une thyroïdectomie, le chirurgien cervico-facial sectionne transversalement le muscle sterno-thyroïdien pour exposer la glande thyroïde. Une section musculaire soigneuse, réalisée le plus haut possible pour préserver l’innervation, est essentielle pour maintenir la fonction laryngée en post-opératoire. La technique moderne privilégie la section haute du muscle, près de son insertion thyroïdienne, afin de respecter la branche nerveuse qui pénètre le muscle par sa partie basse.

Myopathies et dystrophies

Certaines myopathies inflammatoires (polymyosite, dermatomyosite) ou dystrophies musculaires peuvent atteindre les muscles infrahyoïdiens. L’IRM cervicale et l’électromyographie (EMG) permettent d’objectiver l’atteinte. Les patients présentent alors une dysphagie haute et une dysphonie.

Tuméfactions et kystes

Des kystes du tractus thyréoglosse ou des adénopathies cervicales peuvent se développer à proximité immédiate du muscle sterno-thyroïdien et entraîner sa compression. De même, les goitres volumineux peuvent refouler ou envahir ce muscle, nécessitant son sacrifice partiel lors de l’exérèse.

À retenir

Le muscle sterno-thyroïdien est un élément anatomique majeur du cou, dont la connaissance est indispensable pour tout professionnel de santé. Voici les points essentiels à retenir :

  • Situation : muscle pair, plat et allongé, situé dans la partie antérieure et médiane du cou, appartenant au groupe des muscles infrahyoïdiens.
  • Origine : face postérieure du manubrium sternal et premier cartilage costal.
  • Insertion : ligne oblique du cartilage thyroïde (larynx).
  • Innervation : anse cervicale (C1-C3).
  • Vascularisation : artères thyroïdiennes supérieure et inférieure.
  • Fonctions : abaissement du larynx, participation à la déglutition, à la phonation et accessoirement à l’inspiration forcée.
  • Importance chirurgicale : sectionné lors des thyroïdectomies et curages cervicaux, avec un risque potentiel pour l’innervation laryngée.

Conseils pratiques

  • Pour les patients opérés : après une chirurgie thyroïdienne, signalez toute difficulté à avaler, toute modification de la voix ou toute gêne respiratoire à votre chirurgien. Une rééducation orthophonique peut être proposée pour optimiser la récupération.
  • Pour les professionnels de santé : lors de l’examen clinique du cou, palpez systématiquement les muscles infrahyoïdiens et notez toute asymétrie, atrophie ou douleur.
  • Pour les étudiants en anatomie : mémorisez l’ordre des plans musculaires du cou (de la superficie vers la profondeur) : peau → platysma → fascia cervical superficiel → muscle sterno-cléido-hyoïdien → muscle sterno-thyroïdien → fascia pré-trachéal → trachée et glande thyroïde.
  • En cas de dysphagie persistante : un examen ORL complet incluant une nasofibroscopie et éventuellement une vidéofluoroscopie de la déglutition permet d’évaluer le rôle des muscles infrahyoïdiens.
  • Prévention vocale : les personnes utilisant intensément leur voix (enseignants, chanteurs, avocats) doivent veiller à éviter les tensions musculaires cervicales excessives, qui peuvent affecter indirectement le sterno-thyroïdien et la qualité vocale.

Questions courantes

Quel est le rôle du muscle sterno-thyroïdien ?

Le muscle sterno-thyroïdien est un muscle infrahyoïdien qui abaisse le larynx et l'os hyoïde. Il participe ainsi à la déglutition et à la phonation. Il contribue également à stabiliser la posture cervicale. Son action est coordonnée avec d'autres muscles du cou pour permettre des mouvements précis de la tête et du larynx.

Où se situe le muscle sterno-thyroïdien ?

Le muscle sterno-thyroïdien est situé dans la partie antérieure du cou. Il s'étend du sternum (manubrium sternal) au cartilage thyroïde du larynx. Il est pair et symétrique, recouvert par le muscle sterno-hyoïdien. Il fait partie du groupe des muscles infrahyoïdiens, également appelés muscles sous-hyoïdiens.

Quelles pathologies peuvent affecter le muscle sterno-thyroïdien ?

Le muscle sterno-thyroïdien peut être impliqué dans des douleurs cervicales, des contractures ou des syndromes myofasciaux. Il peut aussi être le siège de lésions lors de traumatismes ou de chirurgies du cou. En cas de douleur persistante ou de trouble de la déglutition, il est conseillé de consulter un médecin pour un diagnostic précis.

Pour aller plus loin

Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Le muscle sterno-thyroïdien : anatomie et fonction », consultez les ressources officielles suivantes :

Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.