
La Gonorrhée : Symptômes, Diagnostic, Traitements et Prévention
La gonorrhée est une infection sexuellement transmissible bactérienne très contagieuse. Découvrez ses symptômes, son diagnostic, les traitements efficaces et les mesures de prévention indispensables.
Qu’est-ce que la gonorrhée (blennorragie) ?
La gonorrhée, également appelée blennorragie ou « chaude-pisse » dans le langage familier, est une infection sexuellement transmissible (IST) causée par la bactérie Neisseria gonorrhoeae (aussi appelée gonocoque). Il s’agit de l’une des IST bactériennes les plus répandues dans le monde, avec environ 87 millions de nouveaux cas estimés chaque année selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Cette bactérie s’attaque principalement aux muqueuses des voies génitales, mais elle peut également toucher le rectum, la gorge (pharynx) et les yeux. Bien que la maladie soit souvent bénigne lorsqu’elle est traitée rapidement, elle peut entraîner de complications graves — notamment la stérilité — si elle n’est pas prise en charge à temps. Elle favorise également la transmission du VIH en fragilisant les muqueuses.
La gonorrhée connaît depuis quelques années une recrudescence préoccupante dans de nombreux pays occidentaux, en raison notamment de l’émergence de souches résistantes aux antibiotiques et d’une baisse des pratiques de protection systématique.
Causes et modes de transmission
La gonorrhée est causée par un diplocoque Gram négatif, Neisseria gonorrhoeae, très fragile en dehors de l’organisme humain et qui ne survit que dans les environnements chauds et humides.
Comment se transmet la gonorrhée ?
La transmission est essentiellement sexuelle et se produit lors de :
- Rapports vaginaux non protégés avec un partenaire infecté
- Rapports anaux (réceptifs ou insertifs) sans préservatif
- Fellation et cunnilingus sans protection (barrière orale)
- Contacts buccaux avec une zone infectée
Le risque de transmission lors d’un seul rapport sexuel non protégé avec un partenaire infecté est estimé entre 50 % et 70 % pour les hommes, et il est encore plus élevé pour les femmes.
Transmission de la mère à l’enfant
Une femme enceinte infectée peut transmettre la bactérie à son bébé lors de l’accouchement par voie basse, provoquant chez le nouveau-né une ophtalmie néonatale (conjonctivite gonococcique) qui peut entraîner la cécité si elle n’est pas traitée rapidement. Un dépistage et un traitement en cours de grossesse sont donc essentiels.
Personnes à risque
Les populations les plus exposées sont :
- Les personnes ayant des partenaires sexuels multiples
- Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH)
- Les jeunes adultes âgés de 15 à 24 ans
- Les personnes ayant des antécédents d’autres IST
- Les travailleurs et travailleuses du sexe
Symptômes de la gonorrhée
L’un des défis majeurs de la gonorrhée est que de nombreuses personnes infectées — particulièrement les femmes — sont asymptomatiques, ce qui favorise la propagation silencieuse de la bactérie. On estime que plus de 50 % des femmes infectées ne présentent aucun signe clinique au début de l’infection.
Symptômes chez l’homme
Les manifestations apparaissent généralement entre 2 et 7 jours après la contamination :
- Écoulement urétral jaunâtre ou verdâtre (pus), souvent abondant
- Brûlures urinaires intenses (dysurie), surtout au début de la miction
- Douleurs testiculaires avec parfois un gonflement (épididymite)
- Rougeur du méat urinaire
- Possibles symptômes rectaux en cas de rapport anal : écoulement, douleurs, démangeaisons
Symptômes chez la femme
Les signes sont souvent plus discrets et peuvent être confondus avec d’autres infections :
- Pertes vaginales anormales, jaunâtres ou purulentes
- Brûlures urinaires et pollakiurie (envie fréquente d’uriner)
- Douleurs pelviennes ou abdominales basses
- Saignements entre les règles ou après les rapports sexuels
- Dyspareunie (douleurs pendant les rapports)
Gonorrhée pharyngée (de la gorge)
Issue d’une contamination oro-génitale, elle est souvent asymptomatique. Parfois, on observe un mal de gorge modéré, des ganglions cervicaux et une angine.
Gonorrhée rectale
Découverte lors de rapports anaux réceptifs, elle provoque parfois : douleur anale, écoulement rectal, ténesme (faux besoins), saignements ou constipation.
Infection disséminée
Rare (moins de 1 % des cas), elle se manifeste par de la fièvre, des douleurs articulaires, des lésions cutanées (pustules) et une polyarthrite. C’est une urgence médicale.
Diagnostic de la gonorrhée
Le diagnostic précoce est essentiel pour éviter les complications et limiter la transmission. Il repose sur une combinaison de critères cliniques et d’examens de laboratoire.
Examen clinique
Le médecin interroge le patient sur ses antécédents sexuels, ses symptômes et ses partenaires récents, puis procède à un examen physique ciblé (organes génitaux, anus, gorge, abdomen).
Tests de laboratoire
Les principaux outils diagnostiques sont :
- Test d’amplification des acides nucléiques (TAAN ou NAAT) : méthode de référence, très sensible, réalisée sur un échantillon d’urine, vaginal, urétral, rectal ou pharyngé. Résultats en 24 à 48 heures.
- Culture bactérienne : indispensable pour réaliser un antibiogramme en raison de l’augmentation des résistances. Elle est réalisée systématiquement en cas d’infection pharyngée, d’échec thérapeutique ou d’allergie aux céphalosporines.
- Examen microscopique (coloration de Gram) : permet de visualiser les diplocoques Gram négatif intracellulaires ; très utile chez l’homme symptomatique.
Dépistage systématique
Un dépistage est recommandé chez les populations à risque, même en l’absence de symptômes :
- Sexuellement actifs de moins de 25 ans
- Hommes ayant des rapports avec des hommes
- Personnes avec partenaires multiples
- Femmes enceintes
- Personnes diagnostiquées avec une autre IST
Le dépistage inclut souvent la recherche simultanée d’autres IST : chlamydia, syphilis, VIH, hépatite B et C.
Complications possibles
Sans traitement adapté, la gonorrhée peut entraîner des complications sérieuses, parfois irréversibles.
Chez la femme
- Maladie inflammatoire pelvienne (MIP) : infection de l’utérus, des trompes et des ovaires
- Grossesse extra-utérine (GEU) : due aux lésions tubaires
- Stérilité tubaire : principale cause de stérilité d’origine infectieuse
- Douleurs pelviennes chroniques
- Risque accru de transmission du VIH
Chez l’homme
- Épididymite : inflammation douloureuse des épididymes
- Prostatite : infection de la prostate
- Stérilité : par atteinte des voies spermatiques (rare)
Complications générales
- Septicémie gonococcique avec polyarthrite et lésions cutanées
- Méningite ou endocardite (très rares)
- Conjonctivite sévère si contamination oculaire
Traitements de la gonorrhée
Le traitement a beaucoup évolué ces dernières années en raison de l’augmentation des résistances bactériennes. La stratégie actuelle repose sur une antibiothérapie ciblée, combinée à la prise en charge des partenaires.
Traitement de première intention
Selon les recommandations actualisées (OMS, CDC, HAS) :
- Ceftriaxone 500 mg à 1 g en injection intramusculaire unique (dose adaptée selon le poids et le site d’infection)
- En complément, en cas de co-infection avec Chlamydia (fréquente) : Azithromycine 1 g en dose orale unique, ou Doxycycline 100 mg deux fois par jour pendant 7 jours
Situations particulières
- Pharyngée : dose plus élevée de ceftriaxone
- Allergie aux céphalosporines : alternatives avec spectinomycine ou schéma adapté selon l’antibiogramme
- Grossesse : ceftriaxone autorisée, doxycycline contre-indiquée
- Infection disséminée : hospitalisation et antibiothérapie IV
Mesures complémentaires
- Abstinence sexuelle pendant au moins 7 jours après le traitement
- Notification aux partenaires : informer et dépister tous les partenaires sexuels des 60 derniers jours
- Traitement présomptif des partenaires même s’ils sont asymptomatiques
- Test de contrôle (TAAN) 3 à 6 semaines après le traitement, en particulier en cas d’infection pharyngée
- Dépistage des autres IST associées (VIH, syphilis, chlamydia, hépatites)
Résistance aux antibiotiques
L’OMS a classé la gonorrhée parmi les bactéries hautement prioritaires en matière de résistance aux antimicrobiens. Des souches résistantes à la ciprofloxacine, à l’azithromycine et même à certaines céphalosporines sont désormais rapportées dans plusieurs pays. D’où l’importance cruciale de la culture bactérienne avec antibiogramme en cas de suspicion d’échec thérapeutique.
Prévention de la gonorrhée
La prévention repose sur une approche combinée : protection, dépistage et éducation.
Protection lors des rapports sexuels
- Usage systématique du préservatif masculin ou féminin pour tout rapport vaginal, anal ou oral
- Utiliser un préservatif ou une digue dentaire lors des rapports bucco-génitaux
- Limiter le nombre de partenaires sexuels
- Tester régulièrement les partenaires avant toute relation non protégée
Dépistage régulier
Un dépistage annuel est conseillé chez les personnes sexuellement actives à risque. Pour les HSH, un dépistage tous les 3 à 6 mois est recommandé, avec des prélèvements multisites (urètre, pharynx, rectum).
Vaccination
À ce jour, aucun vaccin n’est disponible contre la gonorrhée, bien que des recherches soient en cours. Certaines études suggèrent un effet protecteur indirect du vaccin antiméningococcique B, mais cela reste à confirmer.
Information et éducation
La sensibilisation dans les écoles, les associations et les cabinets médicaux est essentielle pour réduire la stigmatisation et encourager le dépistage précoce.
En résumé : points clés à retenir
- La gonorrhée est une IST bactérienne très contagieuse causée par Neisseria gonorrhoeae.
- Elle est souvent asymptomatique, surtout chez la femme, ce qui favorise sa propagation.
- Les symptômes principaux sont : écoulement purulent, brûlures urinaires, douleurs pelviennes ou testiculaires.
- Le diagnostic repose sur le TAAN et, si possible, la culture avec antibiogramme.
- Le traitement de référence est la ceftriaxone en injection intramusculaire, associée à un traitement contre Chlamydia.
- Sans traitement, des complications graves peuvent survenir : stérilité, grossesse extra-utérine, infection disséminée.
- La résistance aux antibiotiques est en augmentation, ce qui rend la prévention et le dépistage essentiels.
Conseils pratiques
- Consultez rapidement un médecin ou un centre de dépistage (CeGIDD en France, CPEPS en Belgique) dès l’apparition de symptômes ou après un rapport à risque.
- Informez vos partenaires : c’est une démarche responsable qui permet de briser la chaîne de transmission.
- Faites un dépistage complet des IST, y compris pour le VIH et la syphilis, en cas de diagnostic positif.
- Respectez le traitement jusqu’au bout et abstenez-vous de rapports sexuels pendant la période recommandée.
- Utilisez systématiquement un préservatif, même pour les rapports oraux.
- Effectuez un test de contrôle quelques semaines après le traitement, surtout en cas d’infection pharyngée.
- N’hésitez pas à consulter un·e sexologue ou un·e psychologue si vous ressentez de l’anxiété ou de la honte : ces réactions sont normales et le dialogue avec un professionnel aide à lever les tabous.