
Découvrez comment se forme et se développe le placenta au cours de la grossesse, ses fonctions essentielles, ainsi que les principales pathologies qui peuvent l'affecter.
Introduction au placenta : un organe éphémère mais vital
Le placenta est un organe temporaire unique en son genre, qui se développe exclusivement pendant la grossesse à l’interface entre la mère et le fœtus. Souvent surnommé « la grande écharpe » ou « l’arbre de vie », il assure pendant environ neuf mois des fonctions essentielles que d’autres organes comme les poumons, les reins ou le foie assureront après la naissance. Son absence ou son dysfonctionnement compromettrait gravement le développement du bébé et la santé de la mère.
Le placenta résulte d’une collaboration biologique fascinante entre les tissus maternels (endomètre utérin) et les tissus embryonnaires (trophoblaste). Sa formation est un processus dynamique qui débute dès la fécondation et se poursuit jusqu’à l’accouchement. Comprendre son développement permet de mieux appréhender le suivi de la grossesse et les complications éventuelles.
Les étapes de la formation du placenta
La formation du placenta suit une chronologie précise, débutant dès les premiers jours suivant la fécondation. Ce processus, appelé placentation, se décompose en plusieurs phases distinctes.
La nidation et la différenciation du trophoblaste
Environ six à sept jours après la fécondation, le blastocyste (stade précoce de l’embryon) s’implante dans la muqueuse utérine, c’est la nidation. À ce stade, les cellules externes de l’embryon se différencient en trophoblaste, tissu précurseur du placenta. Le trophoblaste comprend deux couches : le cytotrophoblaste (cellules internes) et le syncytiotrophoblaste (couche externe multinucléée). C’est ce dernier qui pénètre dans l’endomètre maternel et établit les premiers échanges.
La formation des villosités choriales
Vers la fin de la troisième semaine de grossesse, le trophoblaste forme les premières villosités choriales primitives, structures arborescentes qui s’étendent dans la cavité utérine. Ces villosités se ramifient progressivement pour devenir les villosités secondaires, puis tertiaires vers la huitième semaine. C’est à l’intérieur de ces villosités que se développent les capillaires fœtaux, permettant les échanges sanguins entre la mère et le fœtus.
La maturation placentaire
Au cours des deuxième et troisième trimestres, le placenta connaît une phase de maturation caractérisée par :
- Une augmentation de sa surface d’échange (jusqu’à 12 à 14 m² au terme)
- Un amincissement de la barrière placentaire pour optimiser les transferts
- Une modification de son aspect échographique, passant d’un aspect homogène à des calcifications progressives
Le placenta atteint sa maturité fonctionnelle vers la 36e semaine d’aménorrhée. À terme, il pèse généralement entre 500 et 600 grammes et mesure 15 à 20 centimètres de diamètre.
Structure anatomique du placenta
Le placenta présente une architecture complexe optimisée pour maximiser les échanges materno-fœtaux tout en maintenant une séparation stricte entre les deux circulations sanguines.
La face maternelle et la face fœtale
Le placenta possède deux faces distinctes :
- La face maternelle (basale) : d’aspect rouge foncé et grumeleux, divisée en 15 à 20 cotylédons séparés par les septa intercotylédonaires. Elle s’insère dans la paroi utérine.
- La face fœtale (choriale) : lisse, brillante, recouverte par l’amnios. On y observe les vaisseaux du cordon ombilical qui se ramifient à partir de l’insertion du cordon.
Les membranes fœtales
Le placenta est délimité par deux membranes :
- L’amnios : membrane interne, transparente, qui contient le liquide amniotique
- Le chorion : membrane externe, qui tapisse la face interne de la cavité utérine
Le cordon ombilical
Le cordon ombilical relie le fœtus au placenta. Il mesure en moyenne 50 à 60 centimètres et contient trois vaisseaux : deux artères ombilicales (transportant le sang désoxygéné du fœtus vers le placenta) et une veine ombilicale (ramenant le sang oxygéné et nutritif vers le fœtus). Ces vaisseaux sont protégés par la gelée de Wharton, substance gélatineuse qui empêche la compression.
Les fonctions essentielles du placenta
Le placenta assure simultanément plusieurs fonctions cruciales pour le développement du fœtus et le maintien de la grossesse.
Les échanges gazeux et nutritionnels
Le placenta fonctionne comme un poumon, un intestin et un rein fœtal :
- Échanges gazeux : transfert d’oxygène (O₂) de la mère vers le fœtus et élimination du dioxyde de carbone (CO₂) dans le sens inverse
- Apport nutritionnel : passage du glucose, des acides aminés, des acides gras, des vitamines et des minéraux
- Élimination des déchets : filtration de l’urée, de la créatinine et d’autres métabolites
La fonction hormonale
Le placenta est une véritable glande endocrine temporaire qui produit de nombreuses hormones :
- La gonadotrophine chorionique (hCG) : hormone détectée par les tests de grossesse, qui maintient le corps jaune en début de grossesse
- La progestérone : maintient la quiescence utérine et prévient les contractions prématurées
- Les œstrogènes (notamment l’estriol) : stimulent la croissance utérine et la vascularisation
- L’hormone lactogène placentaire (hPL) : régule le métabolisme glucidique maternel
La fonction immunitaire et de protection
Le placenta constitue une barrière immunologique qui protège le fœtus, considéré comme semi-étranger par le système immunitaire maternel. Il empêche le rejet immunologique tout en permettant le transfert des anticorps maternels (IgG), offrant ainsi une immunité passive au nouveau-né pendant les premiers mois de vie. La barrière placentaire filtre également de nombreuses substances nocives, bien qu’elle ne soit pas totalement étanche.
Les principales pathologies du placenta
Malgré sa robustesse, le placenta peut être affecté par diverses pathologies qui compromettent son fonctionnement et la santé fœtale.
Le placenta praevia
Le placenta praevia se caractérise par une insertion basse du placenta, recouvrant partiellement ou totalement le col de l’utérus. Cette anomalie concerne environ 0,5% des grossesses et constitue une contre-indication à l’accouchement par voie basse. Les principaux facteurs de risque incluent les antécédents de césarienne, la multiparité et l’âge maternel avancé. Le diagnostic est posé par échographie et la surveillance est renforcée avec, dans la majorité des cas, une césarienne programmée.
Le décollement prématuré du placenta
Le décollement prématuré ou hématome rétroplacentaire correspond à un décollement du placenta avant la naissance du bébé. C’est une urgence obstétricale qui se manifeste par des douleurs abdominales brutales, des métrorragies et une hypertonie utérine. Le risque de mort fœtale in utero et d’hémorragie grave pour la mère est élevé, nécessitant une prise en charge immédiate.
L’insuffisance placentaire et le retard de croissance intra-utérin
L’insuffisance placentaire se traduit par une capacité d’échange réduite du placenta, pouvant entraîner un retard de croissance intra-utérin (RCIU). Elle est souvent associée à la prééclampsie ou à des pathologies maternelles (hypertension, diabète, thrombophilie). La surveillance repose sur les mesures échographiques du fœtus, les Dopplers des artères utérines et ombilicales.
L’accreta placenta
Le placenta accreta désigne une insertion anormale du placenta qui pénètre trop profondément dans la paroi utérine. Sa prévalence augmente avec le nombre de césariennes antérieures. Cette pathologie peut entraîner des hémorragies massives lors de l’accouchement et nécessite souvent une hystérectomie d’hémostase.
La surveillance médicale du placenta
Le suivi du placenta fait partie intégrante du suivi de la grossesse, permettant de détecter précocement d’éventuelles anomalies.
L’échographie obstétricale
L’échographie est l’outil principal de surveillance placentaire. Elle permet de :
- Localiser le placenta (position par rapport au col)
- Évaluer sa maturité (grade placentaire de 0 à III)
- Mesurer son épaisseur (normale entre 25 et 40 mm)
- Détecter les hématomes ou calcifications anormales
L’échographie du deuxième trimestre (autour de 22 semaines) est particulièrement importante pour vérifier la position placentaire, tandis que les échographies de croissance du troisième trimestre évaluent la fonction placentaire.
Le Doppler des artères utérines et ombilicales
Le Doppler mesure la résistance vasculaire dans les artères irriguant le placenta. Des index de résistance élevés évoquent une insuffisance vasculaire placentaire et un risque de prééclampsie ou de RCIU. Cet examen est recommandé chez les femmes à haut risque.
La délivrance : expulsion du placenta
La délivrance est l’étape finale de la grossesse, correspondant à l’expulsion du placenta après la naissance du bébé. Elle constitue la troisième phase du travail.
Le déroulement normal
Dans les 5 à 30 minutes suivant la naissance, le placenta se décolle naturellement de la paroi utérine grâce aux contractions utérines post-natales. L’obstétricien ou la sage-femme vérifie ensuite son intégrité complète. Tout fragment placentaire restant peut entraîner une hémorragie du post-partum ou une infection.
Les complications possibles
Les principales complications de la délivrance sont :
- L’hémorragie de la délivrance (500 ml ou plus) : urgence obstétricale
- La rétention placentaire : nécessité de révision utérine manuelle ou chirurgicale
- L’inversion utérine : complication rare mais grave
La délivrance artificielle ou manuelle peut être nécessaire en cas de non-décollement spontané.
Les points clés
Le placenta est bien plus qu’un simple organe de passage : c’est un élément central de la grossesse, garantissant la survie et le développement harmonieux du fœtus. Voici les points essentiels à retenir :
- Le placenta se forme dès la première semaine de grossesse et atteint sa maturité vers 36 semaines d’aménorrhée
- Il assure des fonctions respiratoires, nutritives, hormonales et immunitaires
- Sa position, sa structure et sa fonction doivent être surveillées tout au long de la grossesse
- Toute anomalie (saignement, douleurs, retard de croissance) nécessite une consultation rapide
- Un mode de vie sain (alimentation équilibrée, arrêt du tabac et de l’alcool, suivi médical régulier) contribue à la santé placentaire
Conseils pratiques pour les futures mamans
- Assister à toutes les consultations prénatales prévues (au moins 7 consultations en France)
- Signaler rapidement tout saignement, douleur abdominale intense ou diminution des mouvements fœtaux
- Adopter une alimentation variée riche en fer, en acide folique et en oméga-3
- Éviter le tabac, l’alcool et les substances toxiques qui altèrent la fonction placentaire
- Pratiquer une activité physique adaptée en accord avec votre médecin
- Bien s’hydrater et privilégier un sommeil de qualité
- Suivre les recommandations médicales en cas de pathologie chronique (hypertension, diabète)
La formation et le bon fonctionnement du placenta sont des éléments déterminants pour une grossesse harmonieuse. Grâce aux progrès de l’échographie obstétricale et du suivi médical, la majorité des pathologies placentaires peuvent être détectées et prises en charge de manière efficace, offrant ainsi les meilleures chances de réussite à la grossesse et à l’accouchement.
Questions courantes
Comment se forme le placenta pendant la grossesse ?
Le placenta se forme à partir du trophoblaste, issu de l'embryon, et de la muqueuse utérine maternelle. Dès l'implantation, les villosités choriales se développent et envahissent la paroi utérine. Vers la 12e semaine, le placenta est fonctionnel et assure les échanges entre la mère et le fœtus. Il continue de croître jusqu'à l'accouchement.
Quelles sont les fonctions du placenta ?
Le placenta assure les échanges gazeux, nutritionnels et l'élimination des déchets entre la mère et le fœtus. Il produit des hormones comme l'hCG, la progestérone et les œstrogènes, essentiels au maintien de la grossesse. Il constitue aussi une barrière partielle contre certains agents infectieux. Son bon fonctionnement est vital pour le développement fœtal.
Quelles pathologies peuvent affecter le placenta ?
Le placenta peut être le siège de plusieurs pathologies : placenta prævia, hématome rétroplacentaire, insuffisance placentaire ou accreta. Ces anomalies peuvent provoquer des saignements, un retard de croissance ou une prématurité. Un suivi échographique régulier permet de les détecter. En cas de douleur ou de saignement, consultez immédiatement un médecin.
Sources et pour aller plus loin
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Formation du placenta : son développement in utero », consultez les ressources officielles suivantes :
- Inserm — Institut national de la santé et de la recherche médicale
- Haute Autorité de Santé (HAS)
- Ameli — Assurance Maladie : comprendre le corps humain
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.