
Le Muscle Élévateur de l’Anus : Anatomie, Fonction et Pathologies
Découvrez l'anatomie complète du muscle élévateur de l'anus, pilier central du plancher pelvien, ses fonctions essentielles, ses composantes et les principales pathologies qui l'affectent.
Introduction au muscle élévateur de l’anus
Le muscle élévateur de l’anus (en latin : musculus levator ani) est l’un des muscles les plus importants et les plus complexes du corps humain. Constituantprincipal élément du plancher pelvien, il forme une véritable coupole musculaire qui sépare le pelvis du périnée et soutient les organes pelviens. Son nom même évoque sa fonction principale : il élève les structures du périnée et notamment l’anus, participant activement à la continence et au soutien des viscères pelviens.
Souvent méconnu du grand public, ce muscle joue pourtant un rôle fondamental dans de nombreuses fonctions physiologiques : la continence urinaire et fécale, le soutien des organes pelviens, la fonction sexuelle et le bon déroulement de l’accouchement. Sa défaillance est à l’origine de pathologies fréquentes, particulièrement chez la femme après la ménopause ou après un ou plusieurs accouchements par voie basse.
Cet article propose une exploration détaillée de ce muscle essentiel, de son anatomie à ses implications cliniques, en passant par ses fonctions et ses principales pathologies.
Anatomie descriptive et situation
Le muscle élévateur de l’anus est un muscle large, fin et souvent décrit commepair et symétrique, formant avec son homologue controlatéral une structure unique en forme de hamac ou de coupe. Il s’inscrit dans l’ensemble du diaphragme pelvien, structure musculo-aponévrotique complexe qui ferme la partie inférieure du bassin osseux.
Origine et insertions osseuses
Le muscle élévateur de l’anus s’insère sur les structures osseuses et ligamentaires du pelvis :
- Face postérieure du pubis : portion supérieure de la branche descendante du pubis, près de la symphyse pubienne
- Épine sciatique : l’épine ischiatique, située sur le bord latéral du bassin
- Arc tendineux du muscle obturateur : bandelette fibreuse tendue entre le pubis et l’épine sciatique, qui constitue une grande partie de l’insertion
- Corps périnéal : point central fibreux du périnée où convergent plusieurs muscles
Orientation des fibres musculaires
Les fibres musculaires de l’élévateur de l’anus se dirigent globalement vers le bas, le dedans et l’arrière, formant une véritable gouttière qui soutient les organes pelviens. Elles convergent vers le canal anal, l’urètre et, chez la femme, le vagin, créant un véritable hamac musculo-aponévrotique. Cette orientation particulière est essentielle pour comprendre la fonction de soutien et de compression que ce muscle assure sur les orifices pelviens.
Les composantes de l’élévateur de l’anus
Le muscle élévateur de l’anus n’est pas un muscle homogène mais se compose traditionnellement de trois faisceaux principaux, ayant chacun des caractéristiques anatomiques et fonctionnelles propres. Cette subdivision est fondamentale en clinique, notamment pour comprendre la rééducation périnéale ciblée.
Le muscle pubococcygien (pubo-coccygien)
Le pubococcygien constitue la portion médiale et la plus robuste de l’élévateur de l’anus. Il naît de la face postérieure du pubis et se dirige vers le coccyx et le ligament ano-coccygien. Chez la femme, certaines de ses fibres entourent le vagin et constituent le sphincter vaginal, tandis que d’autres fibres entourent le rectum, formant le muscle pubo-rectal dans la classification de certains auteurs.
Ce faisceau est particulièrement important dans le mécanisme de continence et le soutien des organes génitaux internes féminins. Son atteinte est souvent impliquée dans les prolapsus génitaux.
Le muscle puborectal (pubo-rectal)
Le puborectal est parfois considéré comme une composante distincte ou comme faisant partie du pubococcygien selon les auteurs. C’est une bandelette musculaire en forme de U qui entoure la jonction ano-rectale. Sa contraction crée la courbure ano-rectale, élément clé du mécanisme de continence fécale. Lors de la défécation, sa relaxation permet la déflexion rectale et l’évacuation des selles.
Le puborectal est le composant principal du mécanisme sphinctérien fonctionnel et joue un rôle déterminant dans la continence anale.
Le muscle iliococcygien (ilio-coccygien)
L’iliococcygien constitue la portion postérieure et latérale de l’élévateur de l’anus. Il s’insère sur l’arc tendineux du muscle obturateur et l’épine sciatique, pour se terminer sur le coccyx et le ligament ano-coccygien. C’est un muscle plus plat et plus fin que le pubococcygien.
Ce faisceau a un rôle essentiellement de soutien global du plancher pelvien et participe à la sangle qui maintient les viscères pelviens en position anatomique.
Fonctions physiologiques
Le muscle élévateur de l’anus assure plusieurs fonctions essentielles qui peuvent paraître disparates mais sont étroitement liées anatomiquement et fonctionnellement.
Soutien des organes pelviens
La fonction la plus fondamentale de l’élévateur de l’anus est le soutien des viscères pelviens : vessie, utérus, vagin chez la femme, prostate chez l’homme, et rectum. Il oppose en permanence aux pressions intra-abdominales une résistance tonique, empêchant la descente des organes.
Toute augmentation importante de la pression abdominale (toux, éternuement, effort physique, port de charge) sollicite ce muscle, qui se contracte simultanément de manière réflexe pour maintenir l’intégrité anatomique du pelvis.
Continence urinaire et fécale
L’élévateur de l’anus participe activement aux mécanismes de continence :
- Continence urinaire : par son tonus basal et sa contraction réflexe lors des efforts, il contribue à la fermeture de l’urètre et au soutien du col vésical
- Continence anale : par le biais du faisceau puborectal qui crée un angle ano-rectal et comprime la jonction ano-rectale
Rôle dans la miction et la défécation
Lors de la miction, l’élévateur de l’anus se relâche volontairement pour permettre l’ouverture de l’urètre et l’évacuation vésicale. Lors de la défécation, sa relaxation volontaire permet la déflexion du rectum et l’évacuation des matières fécales. Cette capacité de relaxation volontaire est essentielle et constitue la base de l’apprentissage de la poussée défécatoire correcte.
Fonction sexuelle et obstétricale
Chez la femme, certaines fibres du pubococcygien constituent un véritable sphincter vaginal, participant au tonus vaginal et à la qualité des rapports sexuels. Lors de l’accouchement, ce muscle se distend considérablement pour permettre le passage du fœtus, ce qui explique les lésions fréquentes observées après la première grossesse par voie basse.
Innervation et vascularisation
Innervation
L’innervation de l’élévateur de l’anus provient de plusieurs sources :
- Nerf du releveur de l’anus (ou nerf anal ou branche du nerf pudendal) : branche motrice du nerf pudendal
- Branches directes du plexus sacral : notamment de S3 et S4
- Cette double innervation explique la difficulté de prise en charge neurochirurgicale des atteintes de ce muscle
Vascularisation
L’apport sanguin provient de plusieurs artères :
- Artère pudendale interne
- Artère rectale inférieure
- Artère rectale moyenne
- Artère iliaque interne par ses différentes branches
Cette riche vascularisation assure une bonne trophicité du muscle mais explique également les volumes hémorragiques parfois importants lors de traumatismes ou d’interventions chirurgicales pelviennes.
Pathologies associées à l’élévateur de l’anus
La défaillance du muscle élévateur de l’anus est à l’origine de nombreuses pathologies, regroupées sous le terme de dysfonctions du plancher pelvien. Ces pathologies sont fréquentes et touchent préférentiellement les femmes, particulièrement après une ou plusieurs grossesses et après la ménopause.
Prolapsus des organes pelviens
Le prolapsus est la descente anormale d’un ou plusieurs organes pelviens dans le vagin ou au-delà. On distingue :
- Cystocèle : descente de la vessie dans le vagin (prolapsus antérieur)
- Hystérocèle : descente de l’utérus (prolapsus moyen)
- Rectocèle : descente du rectum dans la paroi vaginale postérieure
- Prolapsus rectal : descente du rectum à travers l’anus
Le prolapsus est directement lié à un défaillance de l’élévateur de l’anus, particulièrement des faisceaux pubococcygiens et iliococcygiens, ainsi qu’à des lésions des structures aponévrotiques de soutien.
Incontinence urinaire et fécale
Deux grands types d’incontinence sont liés à un dysfonctionnement de l’élévateur de l’anus :
- Incontinence urinaire d’effort : fuite involontaire d’urine lors d’un effort physique, d’une toux ou d’un éternuement, par faiblesse du soutien pelvien
- Incontinence anale : incapacité à retenir les gaz ou les selles, par défaillance du faisceau puborectal et des sphincters
Algies périnéales et syndrome du releveur
Le syndrome du muscle élévateur de l’anus (aussi appelé syndrome du releveur) se caractérise par des douleurs chroniques du plancher pelvien, des sensations de pression rectale ou des douleurs référées au coccyx, au sacrum ou aux cuisses. Ce syndrome est souvent sous-diagnostiqué et entraîne une gêne fonctionnelle importante.
La coccygodynie, douleur au niveau du coccyx, est souvent associée à des contractures ou des spasmes de l’élévateur de l’anus, particulièrement du faisceau iliococcygien.
Accouchement et traumatismes obstétricaux
L’accouchement par voie basse représente la principale circonstance de lésion de l’élévateur de l’anus. Les facteurs de risque incluent :
- Premier accouchement par voie basse
- Présentation occipito-sacrée (dégagement en occipito-sacré)
- Forceps et manœuvres instrumentales
- Poids de naissance supérieur à 4 kg
- Durée prolongée du deuxième stade du travail
Les lésions peuvent aller de la simple distension à la rupture musculaire, avec un risque accru d’incontinence et de prolapsus ultérieurement.
Examen clinique et explorations
L’évaluation de l’élévateur de l’anus fait appel à plusieurs techniques :
Examen clinique
L’examen périnéal comprend l’inspection du périnée, la palpation bidigitale du vagin et du rectum permettant d’évaluer le tonus musculaire, la contraction volontaire et la capacité de relaxation. Le testing musculaire du périnée, cotée de 0 à 5 selon l’échelle de Oxford modifiée (dite échelle de Laycock), permet de quantifier la force de contraction.
Explorations complémentaires
- Échographie endovaginale et endo-anale : visualisation des muscles et mesure de leur épaisseur, particulièrement utile pour évaluer le faisceau puborectal
- IRM pelvienne dynamique : référence pour évaluer les prolapsus et l’intégrité des faisceaux musculaires
- Manométrie anorectale : mesure des pressions sphinctériennes et évaluation de la compliance rectale
- Électromyographie périnéale : évaluation de l’activité électrique musculaire et du contrôle nerveux
Rééducation et prise en charge
Rééducation périnéale
La rééducation du périnée constitue le traitement de première intention des dysfonctions de l’élévateur de l’anus. Elle vise à :
- Renforcer la force musculaire du périnée
- Améliorer l’endurance et la résistance
- Optimiser la relaxation musculaire
- Rééduquer les automatismes de contraction lors des efforts
Les techniques incluent le travail manuel réalisé par un kinésithérapeute ou une sage-femme spécialisée, le biofeedback qui permet au patient de visualiser sa contraction sur un écran, et la stimulation électrique fonctionnelle lorsque la commande volontaire est altérée.
Prévention et conseils pratiques
La préservation de la fonction de l’élévateur de l’anus passe par plusieurs mesures préventives :
- Pratique régulière d’exercices de Kegel : contractions volontaires répétées du périnée, particulièrement recommandées pendant la grossesse et en post-partum
- Évitement du port de charges lourdes répété, qui sollicite excessivement le plancher pelvien
- Lutte contre la constipation chronique : alimentation riche en fibres, hydratation suffisante, bonne posture défécatoire (pieds surélevés)
- Maintien d’un poids santé : l’obésité est un facteur de risque majeur de dysfonctions du périnée
- Rééducation périnéale post-natale systématique, idéalement débutée 6 à 8 semaines après l’accouchement
- Activités physiques adaptées : éviter les sports à impact élevé pratiqués de manière intensive
Traitements chirurgicaux
Lorsque la rééducation est insuffisante ou les lésions trop importantes, des traitements chirurgicaux peuvent être envisagés :
- Pose de bandelettes sous-urétrales pour l’incontinence urinaire d’effort
- Promontofixation (sacrocolpopexie) pour les prolapsus génitaux
- Sphincter anal artificiel pour l’incontinence fécale sévère
- Réparation musculaire directe dans certains cas de lésions identifiées
En résumé
Le muscle élévateur de l’anus est une structure anatomique majeure du plancher pelvien, dont la fonction s’étend bien au-delà de la simple région anale. Composé des faisceaux pubococcygien, puborectal et iliococcygien, il assure le soutien des organes pelviens, la continence sphinctérienne et participe à la fonction sexuelle et obstétricale.
Sa connaissance anatomique précise est essentielle pour comprendre les nombreuses pathologies qui lui sont associées : prolapsus génitaux, incontinence urinaire et fécale, douleurs périnéales chroniques. Ces pathologies, souvent vécues comme taboues par les patients, bénéficient aujourd’hui de prises en charge efficaces, allant de la rééducation périnéale en première intention à la chirurgie pelvienne reconstructrice.
La prévention par des exercices réguliers du périnée, une bonne hygiène de vie et un suivi médical adapté pendant la grossesse et en post-partum reste la meilleure stratégie pour préserver le fonctionnement optimal de ce muscle essentiel tout au long de la vie.