
Découvrez l'anatomie, le trajet et les branches de l'artère ophtalmique, ainsi que les principales pathologies vasculaires qui peuvent l'affecter et menacer la vision.
1. Introduction à l’artère ophtalmique
L’artère ophtalmique est la principale artère destinée à la vascularisation de l’orbite, du globe oculaire et de l’ensemble des structures périoculaires. Première branche collatérale intracrânienne de l’artère carotide interne, elle joue un rôle vital dans l’apport en oxygène et en nutriments aux tissus oculaires. Toute atteinte de ce vaisseau, qu’elle soit d’origine thrombotique, embolique, inflammatoire ou compressive, peut entraîner des conséquences visuelles graves, parfois irréversibles.
Longue d’environ 35 à 40 mm et d’un calibre moyen de 1,5 mm, l’artère ophtalmique est remarquable par le nombre important de ses branches collatérales et par son trajet complexe. Elle constitue, avec l’artère centrale de la rétine qui en est issue, un véritable réseau vasculaire dédié à la fonction visuelle.

2. Origine, trajet et rapports anatomiques
2.1. Origine
L’artère ophtalmique naît de la face supérieure de l’artère carotide interne, juste après que celle-ci a quitté le sinus caverneux. Son origine se situe en dedans du processus clinoïde antérieur, en avant et en dedans du nerf optique.
2.2. Trajet
Le trajet de l’artère ophtalmique peut être divisé en trois segments :
- Le segment intracrânien (ou proximal) : court, l’artère chemine d’arrière en avant, en dehors du chiasma optique, vers le canal optique.
- Le segment intracanalaire : l’artère traverse le canal optique accompagnée du nerf optique, généralement en position inféro-latérale par rapport à ce dernier.
- Le segment orbitaire : portion la plus longue, l’artère contourne le nerf optique en décrivant une spirale (le plus souvent en passant latéralement, puis en dessus, puis en dedans), avant de se terminer en angle interne de l’orbite.
2.3. Rapports anatomiques
Dans l’orbite, l’artère ophtalmique entretient des rapports étroits avec le nerf optique, le ganglion ciliaire et les muscles oculomoteurs. Elle est entourée d’un plexus sympathique provenant du plexus carotidien, et chemine au sein du tissu graisseux orbitaire.

3. Les branches collatérales de l’artère ophtalmique
L’artère ophtalmique fournit de nombreuses branches qui irriguent l’ensemble des structures de l’orbite et de ses annexes. On distingue classiquement deux groupes de branches : celles qui naissent en dehors du nerf optique et celles qui naissent en dedans.
3.1. Branches principales
- L’artère centrale de la rétine : branche essentielle pour la vascularisation de la rétine interne. Elle pénètre le nerf optique à environ 1,5 cm en arrière du globe oculaire et chemine jusqu’à la papille optique où elle se divise en branches terminales.
- L’artère lacrymale : destinée à la glande lacrymale, aux paupières supérieures et à la conjonctive latérale.
- Les artères ciliaires : courtes et longues postérieures, elles vascularisent la choroïde, le corps ciliaire et l’iris.
- L’artère supra-orbitaire : sort de l’orbite par l’incisure ou le foramen supra-orbitaire et irrigue le front et le cuir chevelu frontal.
- L’artère ethmoïdale postérieure : traverse le foramen ethmoïdal postérieur et participe à la vascularisation des sinus ethmoïdaux et des fosses nasales.
- L’artère ethmoïdale antérieure : vascularise les cellules ethmoïdales antérieures, le sinus frontal et la dure-mère de la base du crâne.
- L’artère dorsale du nez : branche terminale externe qui vascularise la racine du nez.
- L’artère palpébrale médiale : irrigue les paupières internes.
3.2. Anastomoses importantes
L’artère ophtalmique s’anastomose avec l’artère faciale (branche de la carotide externe) au niveau de l’angle interne de l’œil, ainsi qu’avec les artères temporales superficielle et maxillaire. Ces anastomoses constituent un réseau de suppléance entre les systèmes carotidiens interne et externe, ce qui explique certains tableaux cliniques en pathologie vasculaire.
4. Fonction et rôle physiologique
L’artère ophtalmique assure une double fonction : nourricière et fonctionnelle. Elle délivre aux tissus oculaires l’oxygène et les nutriments indispensables à leur métabolisme, mais elle contribue également à la régulation de la pression intraoculaire et à la thermorégulation locale.
4.1. Vascularisation de la rétine
La rétine possède une vascularisation particulière :
- La rétine interne est irriguée par les branches de l’artère centrale de la rétine.
- La rétine externe, comprenant les photorécepteurs, est avasculaire et dépend de la choroïde, elle-même vascularisée par les artères ciliaires postérieures courtes.
4.2. Irrigation des annexes oculaires
Les paupières, la conjonctive, la glande lacrymale, les muscles oculomoteurs et la graisse orbitaire reçoivent également leur vascularisation de l’artère ophtalmique, ce qui en fait le véritable pivot circulatoire de toute la région périoculaire.

5. Principales pathologies de l’artère ophtalmique
5.1. L’occlusion de l’artère centrale de la rétine (OACR)
L’occlusion de l’artère centrale de la rétine est une urgence ophtalmologique majeure. Elle se manifeste par une perte de vision brutale, unilatérale, indolore et profonde. Le fond d’œil montre un œdème rétinien ischémique, une tache rouge cerise au niveau de la macula et un rétrécissement artériolaire diffus. Le pronostic visuel est sombre, d’autant plus que la prise en charge doit être extrêmement précoce (idéalement dans les 6 premières heures). Les facteurs de risque sont communs à ceux de l’athérosclérose : hypertension artérielle, diabète, hypercholestérolémie, tabagisme, cardiopathies emboligènes.
5.2. Thrombose de l’artère ophtalmique
Plus rare mais plus grave que l’OACR, la thrombose de l’artère ophtalmique elle-même provoque une ischémie simultanée de la rétine et du segment antérieur de l’œil. Le tableau clinique associe perte de vision totale, douleur oculaire, opacification cornéenne et souvent une atrophie optique secondaire. Elle survient dans un contexte d’athérosclérose carotidienne sévère, de maladie de Horton (artérite temporale) ou d’embolie.
5.3. Maladie de Horton (artérite à cellules géantes)
Cette vascularite inflammatoire touche les artères de moyen et grand calibre, dont les branches de l’artère ophtalmique. La céphalée temporale, la claudication de la mâchoire, la fatigue et une vitesse de sédimentation (VS) très élevée chez un patient de plus de 50 ans doivent alerter. Le risque majeur est la cécité brutale et bilatérale, justifiant une corticothérapie en urgence.
5.4. Anévrisme et malformations
Des anévrismes de l’artère ophtalmique peuvent se développer, en particulier à sa portion intracrânienne. Ils sont souvent découverts fortuitement lors d’imageries cérébrales, mais peuvent entraîner des compressions nerveuses (nerf optique, III) ou se rompre, provoquant une hémorragie méningée.
5.5. Sténose carotidienne et insuffisance de perfusion
Une sténose serrée de l’artère carotide interne peut réduire le flux dans l’artère ophtalmique et provoquer des épisodes d’amaurose fugace (cécité monoculaire transitoire), véritable signe d’alerte d’accident vasculaire cérébral imminent.
6. Examens diagnostiques
Plusieurs examens permettent d’explorer l’artère ophtalmique et ses branches :
- Le fond d’œil : examen de première intention pour évaluer la vascularisation rétinienne.
- L’angiographie à la fluorescéine : permet d’étudier en détail la circulation rétinienne et choroïdienne.
- L’écho-Doppler des artères ophtalmiques : mesure du flux et détection de sténoses.
- L’angio-IRM et l’angio-scanner : visualisation précise du trajet, des branches et détection d’anévrismes ou de malformations.
- La tomographie par cohérence optique (OCT) : analyse non invasive de la rétine et de la papille.

7. Traitements et prise en charge
7.1. En urgence
En cas d’occlusion artérielle rétinienne ou ophtalmique, la prise en charge urgente associe : massage oculaire, paracentèse de la chambre antérieure, hypotonie oculaire induite, oxygénothérapie hyperbare dans certains centres, et tentatives de thrombolyse. Le traitement étiologique (carotide, cœur) doit être rapidement entrepris.
7.2. Au long cours
La prévention repose sur le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaires : équilibre du diabète, traitement de l’hypertension, statines, sevrage tabagique, activité physique régulière. La maladie de Horton nécessite une corticothérapie prolongée.
7.3. Prise en charge chirurgicale
Une endartériectomie carotidienne peut être indiquée en cas de sténose serrée de la carotide interne, réduisant le risque d’AVC et d’épisodes d’amaurose fugace. Certains anévrismes relèvent d’un traitement neuro-interventionnel.
8. En résumé et conseils pratiques
L’artère ophtalmique est un vaisseau essentiel à la vascularisation de l’œil et de l’orbite. Sa connaissance anatomique est indispensable à la compréhension de nombreuses pathologies visuelles et neuro-ophtalmologiques. Voici les points clés à retenir :
- L’artère ophtalmique naît de l’artère carotide interne et pénètre l’orbite par le canal optique.
- Ses branches collatérales (centrale de la rétine, ciliaires, lacrymale, ethmoïdales, supra-orbitaire) irriguent l’ensemble des structures oculaires et périoculaires.
- Ses anastomoses avec la carotide externe créent un important réseau de suppléance.
- Toute perte de vision brutale et indolore doit faire évoquer une urgence vasculaire rétinienne ou ophtalmique.
- Le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaires reste la meilleure prévention des accidents vasculaires ophtalmiques.
- Chez les personnes de plus de 50 ans, l’apparition d’une céphalée nouvelle et inhabituelle associée à des troubles visuels doit faire évoquer une maladie de Horton et impose un avis médical en urgence.
- Un examen ophtalmologique régulier, en particulier chez les patients diabétiques, hypertendus ou porteurs de sténose carotidienne connue, permet la détection précoce des anomalies vasculaires oculaires.
En cas de symptôme visuel brutal, il est impératif de consulter en urgence : chaque minute compte pour préserver la vision et limiter l’extension d’éventuelles lésions cérébrales associées.
Questions / réponses
Qu'est-ce que l'artère ophtalmique ?
L'artère ophtalmique est la principale artère qui vascularise l'orbite, le globe oculaire et les structures périoculaires. Elle naît de l'artère carotide interne et se divise en plusieurs branches. Son rôle est essentiel pour la vision. Une atteinte de cette artère peut entraîner des troubles visuels graves. Consultez un médecin en cas de baisse de vision brutale.
Quelles pathologies peuvent affecter l'artère ophtalmique ?
Les pathologies incluent l'occlusion de l'artère ophtalmique ou de ses branches, qui peut causer une cécité brutale et indolore. L'artériosclérose, l'hypertension et le diabète augmentent le risque. Une embolie peut aussi obstruer l'artère. Ces situations sont des urgences médicales. Consultez immédiatement en cas de perte de vision soudaine.
Quels sont les symptômes d'un problème de l'artère ophtalmique ?
Les symptômes dépendent de la branche atteinte. Une occlusion de l'artère centrale de la rétine provoque une perte de vision soudaine et indolore d'un œil. D'autres atteintes peuvent causer une baisse de vision partielle ou des troubles du champ visuel. Ces signes nécessitent une consultation ophtalmologique en urgence.
Références
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « L’artère ophtalmique : anatomie et pathologies », consultez les ressources officielles suivantes :
- Inserm — Institut national de la santé et de la recherche médicale
- Haute Autorité de Santé (HAS)
- Ameli — Assurance Maladie : comprendre le corps humain
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.