
Xérostomie (bouche sèche) : causes, symptômes et solutions chez la personne âgée
La xérostomie, ou sensation de bouche sèche, touche fréquemment les personnes âgées. Découvrez ses causes, ses conséquences sur la santé bucco-dentaire et les solutions efficaces pour retrouver un confort buccal au quotidien.
Qu’est-ce que la xérostomie ?
La xérostomie, communément appelée bouche sèche, désigne la sensation subjective de sécheresse buccale liée à une diminution de la production de salive par les glandes salivaires. Il s’agit d’un trouble fréquent qui touche environ 20 à 30 % des personnes de plus de 65 ans, et jusqu’à 50 % des résidents en établissements de soins de longue durée. Bien qu’elle soit souvent banalisée, la xérostomie n’est pas une conséquence inéluctable du vieillissement : elle résulte le plus souvent de facteurs associés, notamment la polymédication et certaines pathologies chroniques.
La salive joue pourtant un rôle essentiel : elle lubrifie les muqueuses, facilite la mastication et la déglutition, participe à la digestion par l’amylase salivaire, neutralise les acides buccaux, protège les dents contre les caries et exerce une action antimicrobienne. Lorsque sa production diminue, c’est l’ensemble de cet équilibre qui se trouve perturbé, avec des répercussions notables sur la qualité de vie, la nutrition et la santé bucco-dentaire.

Les causes de la xérostomie chez la personne âgée
Les médicaments : première cause identifiable
La polymédication constitue la cause la plus fréquente de xérostomie chez le sujet âgé. Plus de 500 médicaments sont aujourd’hui identifiés comme pouvant réduire la sécrétion salivaire. Parmi les grandes classes impliquées, on retrouve :
- Les anticholinergiques (antihistaminiques, antidépresseurs tricycliques, antipsychotiques, antiparkinsoniens)
- Les diurétiques, notamment les thiazidiques
- Les antihypertenseurs (bêta-bloquants, inhibiteurs calciques, IEC)
- Les opiacés et certains anxiolytiques
- Les antinéoplasiques et certaines chimiothérapies
Le risque de bouche sèche augmente avec le nombre de médicaments pris quotidiennement : au-delà de quatre molécules, l’incidence devient significative. C’est pourquoi il est essentiel de procéder à une révision régulière du traitement par le médecin traitant ou le gériatre.
Les maladies chroniques et systémiques
Certaines pathologies fréquentes chez les seniors favorisent l’apparition d’une xérostomie :
- Le diabète, particulièrement lorsqu’il est mal équilibré, entraîne une polyurie responsable d’une déshydratation et de modifications de la composition salivaire
- Le syndrome de Sjögren, maladie auto-immune qui détruit progressivement les glandes salivaires et lacrymales
- La polyarthrite rhumatoïde, le lupus et d’autres maladies auto-immunes
- L’insuffisance rénale et la cirrhose hépatique
- Les troubles neurologiques : maladie de Parkinson, maladie d’Alzheimer, accidents vasculaires cérébraux
La radiothérapie et la chimiothérapie
Les traitements oncologiques de la sphère ORL (radiothérapie cervicale et faciale) peuvent provoquer des lésions irréversibles des glandes salivaires, entraînant une xérostomie chronique sévère. La chimiothérapie peut également altérer temporairement la production de salive.
La déshydratation et les habitudes de vie
Avec l’âge, la sensation de soif s’émousse, ce qui favorise la déshydratation chronique. Une consommation insuffisante d’eau, le tabagisme, la consommation excessive d’alcool ou de caféine, ainsi qu’une alimentation trop riche en sodium aggravent la sécheresse buccale.

Les symptômes et manifestations cliniques
La xérostomie se manifeste par un ensemble de signes qui peuvent être très variables d’une personne à l’autre. Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont :
- Une sensation de bouche collante ou pâteuse, surtout au réveil
- Une soif intense et persistante, y compris après avoir bu
- Des difficultés à parler, à mastiquer et à avaler les aliments secs
- Une altération du goût (dysgueusie) avec sensation de bouche amère ou métallique
- Des douleurs ou brûlures buccales, notamment au niveau de la langue
- Une langue rouge, dépapillée et craquelée
- Des lèvres sèches, fissurées et des perlèches (croûtes aux commissures)
- La nécessité de boire systématiquement pendant les repas pour faciliter la déglutition
À l’examen, le praticien peut observer une muqueuse buccale sèche, pâle ou au contraire érythémateuse, une absence de flaque salivaire au plancher buccal, et parfois une langue fissurée.

Les complications de la xérostomie non traitée
Une xérostomie chronique ne doit pas être négligée, car elle expose à des complications parfois lourdes de conséquences chez la personne âgée :
Les caries dentaires et l’érosion dentaire
La salive étant le principal système de protection naturelle contre les caries, sa diminution entraîne une prolifération bactérienne, notamment de Streptococcus mutans et de Lactobacillus, ainsi qu’une acidification du pH buccal. On observe alors des caries dites rampantes, particulièrement au niveau du collet des dents et des zones radiculaires exposées.
Les infections buccales et mycoses
L’assèchement buccal favorise le développement de candidose orale (muguet), qui se manifeste par des plaques blanches ou des rougeurs diffuses. Les gingivites et parodontites sont également plus fréquentes et plus sévères.
Les troubles nutritionnels
Les difficultés à mastiquer et à avaler entraînent souvent une réduction de la prise alimentaire, une modification du régime (au profit d’aliments mous, parfois moins nutritifs) et, à terme, une dénutrition ou une sarcopénie. La dénutrition concerne près de 30 à 40 % des personnes âgées hospitalisées et constitue un facteur majeur de morbi-mortalité.
Les troubles du sommeil et l’altération de la qualité de vie
La bouche sèche nocturne est responsable de réveils fréquents, d’une somnolence diurne, d’irritabilité et d’un isolement social, car parler et manger en public deviennent source d’inconfort.
Diagnostic et évaluation de la xérostomie
Le diagnostic repose avant tout sur un interrogatoire clinique et un examen buccal. Plusieurs questionnaires validés permettent d’évaluer la sévérité des symptômes, comme le Xerostomia Inventory (XI) ou le Shortened Xerostomia Inventory (SXI).
L’évaluation du flux salivaire peut être réalisée par sialométrie : on considère qu’un débit salivaire au repos inférieur à 0,1 mL/min et un débit stimulé inférieur à 0,5 à 0,7 mL/min sont évocateurs d’une hypofonction salivaire.
Des examens complémentaires (scanner, IRM, scintigraphie salivaire, biopsie des glandes salivaires accessoires) peuvent être envisagés en cas de suspicion de pathologie systémique, notamment d’un syndrome de Sjögren.

Traitements et prises en charge
La révision du traitement médicamenteux
La première étape consiste à identifier les médicaments responsables et, si possible, à les substituer ou à en réduire la posologie, en concertation avec le médecin prescripteur. Cette démarche doit être prudente et progressive, particulièrement chez les patients polymédiqués.
Les substituts et stimulateurs salivaires
- Les substituts salivaires (gels, sprays, bains de bouche à base de carboxyméthylcellulose, de mucine ou de glycyrrhizine) soulagent temporairement la sécheresse
- Les sialagogues médicamenteux comme la pilocarpine ou la céviméline peuvent être prescrits en cas d’hypofonction résiduelle, mais sont contre-indiqués dans certains glaucomes et asthmes
- Les stimulations mécaniques par chewing-gums sans sucre ou pastilles à mâcher favorisent la sécrétion salivaire résiduelle
Les soins dentaires et l’hygiène bucco-dentaire renforcée
Un suivi dentaire régulier, idéalement tous les trois à six mois, est recommandé. L’hygiène doit être renforcée avec :
- Une brosse à dents souple ou un brosse-à-dents électrique
- Un dentifrice fluoré à haute concentration (1 500 ppm ou plus), parfois enrichi en bicarbonate
- L’usage de bains de bouche sans alcool, enrichis en fluor ou en chlorhexidine diluée
- L’application de vernis fluoré par le dentiste pour protéger les surfaces radiculaires

Conseils pratiques et prévention au quotidien
Voici les recommandations clés à transmettre aux patients et à leurs aidants :
- Boire régulièrement de petites quantités d’eau tout au long de la journée, même en l’absence de sensation de soif, en visant 1,5 litre minimum quotidiennement, sauf contre-indication médicale
- Humidifier l’air de la chambre, surtout en hiver, avec un humidificateur d’ambiance
- Privilégier une alimentation humide : soupes, compotes, purées, plats en sauce, en évitant les aliments secs, trop salés ou épicés
- Limiter la consommation de café, d’alcool et de tabac, qui majorent la sécheresse
- Respirer par le nez et non par la bouche, autant que possible
- Appliquer un baume labial adapté plusieurs fois par jour, notamment la nuit
- Utiliser un spray hydratant buccal à la demande, en particulier avant les repas et avant le coucher
- Surveiller l’apparition de caries et consulter le dentiste sans attendre l’apparition de douleurs
- Discuter avec son médecin de la possibilité de réajuster les traitements susceptibles d’aggraver la sécheresse
- En cas de port de prothèses dentaires, retirer celles-ci la nuit et les nettoyer soigneusement pour éviter les mycoses
En résumé
La xérostomie est un trouble fréquent mais loin d’être anodin chez la personne âgée. Souvent liée à la polymédication, à la déshydratation ou à des maladies chroniques, elle doit être prise en charge de manière globale pour prévenir ses complications : caries, infections buccales, dénutrition et dégradation de la qualité de vie.
Une approche pluridisciplinaire associant médecin traitant, gériatre, dentiste et pharmacien est la clé d’une prise en charge efficace. Avec une bonne hydratation, une hygiène bucco-dentaire rigoureuse, une révision attentive des traitements et l’utilisation de substituts ou stimulateurs salivaires, il est tout à fait possible de soulager durablement la sécheresse buccale et d’améliorer le confort et le bien-être des patients concernés.
N’hésitez jamais à parler de votre bouche sèche à votre médecin : c’est un symptôme qui se traite, et il contribue directement à votre santé globale et à votre qualité de vie.