
Syndrome de Churg-Strauss : comprendre cette vasculite rare et ses traitements
Le syndrome de Churg-Strauss, désormais appelé vascularite à éosinophiles (EGPA), est une maladie auto-immune rare caractérisée par une inflammation des vaisseaux sanguins, souvent associée à l'asthme. Découvrez ses symptômes, son diagnostic et ses options thérapeutiques.
1. Qu’est-ce que le syndrome de Churg-Strauss ?
Le syndrome de Churg-Strauss, officiellement renommé vascularite à éosinophiles ou EGPA (Eosinophilic Granulomatosis with Polyangiitis) depuis 2012, est une maladie inflammatoire rare appartenant au groupe des vascularites nécrosantes. Cette pathologie auto-immune se caractérise par une inflammation des petits et moyens vaisseaux sanguins, pouvant toucher de nombreux organes.
Décrite pour la première fois en 1951 par les docteurs Jacob Churg et Lotte Strauss, cette maladie reste rare, avec une incidence estimée à 1 à 3 nouveaux cas pour 1 million d’habitants par an. Elle apparaît généralement chez l’adulte entre 40 et 60 ans, sans prédominance de sexe marquée, bien que certaines études suggèrent une légère prédominance féminine.
L’une des particularités notables de cette maladie est son association quasi systématique avec l’asthme, qui précède souvent de plusieurs années les manifestations vasculaires. Cette singularité clinique en fait une maladie complexe, dont le diagnostic nécessite souvent une collaboration entre pneumologues, internistes, rhumatologues et neurologues.
Une maladie classée parmi les vascularites systémiques
L’EGPA fait partie des vascularites associées aux ANCA (anticorps anti-cytoplasme des polynucléaires neutrophiles), aux côtés de la granulomatose avec polyangéite (ex-maladie de Wegener) et de la polyangéite microscopique. Cependant, environ 40 % des patients atteints d’EGPA sont séronégatifs aux ANCA, ce qui rend le diagnostic parfois difficile.

2. Causes et mécanismes de la maladie
Les causes exactes du syndrome de Churg-Strauss restent mal élucidées. Les recherches actuelles pointent vers une combinaison de facteurs génétiques, environnementaux et immunologiques.
Facteurs génétiques
Certains gènes du système HLA (complexe majeur d’histocompatibilité) sont associés à un risque accru de développer la maladie. Le polymorphisme de ces gènes influence la réponse immunitaire et pourrait expliquer une prédisposition individuelle.
Facteurs environnementaux et immunologiques
Plusieurs facteurs déclenchants sont suspectés :
- Les allergènes : exposition à des substances inhalées ou à certains médicaments
- Certains médicaments : le cas du leucotriène (montélukast), qui a été associé à des cas, probablement par démasquage d’une maladie sous-jacente plutôt que comme cause directe
- Les infections respiratoires : elles pourraient jouer un rôle de déclencheur chez les personnes prédisposées
Mécanismes physiopathologiques
La maladie implique une réponse immunitaire anormale avec une hyperéosinophilie : un taux anormalement élevé d’éosinophiles (un type de globules blancs) dans le sang et les tissus. Ces cellules libèrent des substances toxiques qui endommagent les vaisseaux et les organes. À cela s’ajoute la production d’ANCA par certains patients, qui attaquent directement les cellules endothéliales.
3. Symptômes et évolution clinique
Le syndrome de Churg-Strauss évolue classiquement en trois phases successives, bien que ces phases puissent se chevaucher ou ne pas toutes se manifester.
Phase prodromale (allergique)
Cette phase peut durer plusieurs années et se caractérise par :
- Asthme sévère, souvent apparu à l’âge adulte
- Rhinite allergique chronique
- Sinusite récidivante
- Polypose nasale
Phase éosinophilique
Les éosinophiles infiltrent les tissus, provoquant :
- Pneumonie à éosinophiles avec toux et essoufflement
- Douleurs abdominales, diarrhées, parfois gastro-entérite à éosinophiles
- Manifestations cutanées : purpura, nodules sous-cutanés, livedo
Phase vasculitique
Apparition d’une inflammation des vaisseaux avec :
- Perte de poids, fièvre, fatigue intense
- Mononeuropathie multiple (atteinte des nerfs périphériques) : engourdissements, douleurs, faiblesse musculaire
- Atteinte cardiaque : péricardite, myocardite, insuffisance cardiaque
- Atteinte rénale : glomérulonéphrite
- Manifestations cutanées aggravées
L’atteinte cardiaque et neurologique représente les principales causes de morbidité et de mortalité. Une intervention médicale rapide à ce stade est cruciale.
4. Diagnostic de la maladie
Le diagnostic du syndrome de Churg-Strauss repose sur un faisceau d’arguments cliniques, biologiques et anatomopathologiques.
Critères de classification (ACR)
Six critères ont été établis par l’American College of Rheumatology. La présence d’au moins 4 critères parmi les 6 suivants permet de classer la maladie :
- Asthme
- Éosinophilie supérieure à 10 % des leucocytes
- Mononeuropathie ou polyneuropathie
- Images pulmonaires migratoires
- Anomalies des sinus paranasaux
- Présence d’éosinophiles extravasculaires à la biopsie
Bilan complémentaire
Plusieurs examens sont nécessaires :
- Hémogramme : recherche d’éosinophilie
- Dosage des ANCA : anticorps anti-MPO (myéloperoxydase) positifs dans environ 30-40 % des cas
- CRP et vitesse de sédimentation : marqueurs inflammatoires
- Radiographie et scanner thoracique : infiltrats pulmonaires
- Biopsie tissulaire : poumon, peau, nerf ou rein selon les atteintes
- EMG (électromyogramme) : en cas d’atteinte neurologique
Diagnostic différentiel
Le médecin doit écarter d’autres pathologies : hyperéosinophilie d’origine parasitaire, syndrome hyperéosinophilique primaire, polyangéite microscopique, granulomatose avec polyangéite, sarcoïdose.

5. Traitements disponibles
La prise en charge du syndrome de Churg-Strauss s’est considérablement améliorée au cours des dernières décennies, avec des protocoles standardisés.
Corticothérapie : la pierre angulaire du traitement
Les corticoïdes (prednisone) constituent le traitement de première intention. La posologie initiale est généralement élevée (1 mg/kg/jour), puis progressivement réduite sur plusieurs mois. Dans les formes sévères, des bolus de méthylprednisolone en perfusion intraveineuse peuvent être administrés.
Immunosuppresseurs
Les immunosuppresseurs sont associés aux corticoïdes dans les formes graves :
- Cyclophosphamide : en perfusion ou par voie orale, particulièrement pour les atteintes cardiaque, neurologique ou rénale
- Azathioprine : traitement d’entretien
- Méthotrexate : alternative possible
- Mycophénolate mofétil : souvent utilisé en entretien
Biothérapies ciblées
Plus récemment, de nouveaux traitements ont révolutionné la prise en charge :
- Mepolizumab (Nucala) : anticorps monoclonal anti-IL-5, désormais approuvé dans l’EGPA. Il réduit les taux d’éosinophiles et diminue les besoins en corticoïdes
- Rituximab : anticorps anti-CD20, utilisé notamment dans les formes associées aux ANCA
Traitements d’appoint
La prise en charge inclut aussi :
- Traitements inhalés pour l’asthme (corticothérapie inhalée, bronchodilatateurs)
- Antalgiques et neuropathiques (gabapentine, prégabaline) pour les douleurs nerveuses
- Kinésithérapie pour la rééducation neuromusculaire
- Supplémentation vitaminique et calcique pour limiter les effets des corticoïdes
6. Pronostic et complications possibles
Le pronostic du syndrome de Churg-Strauss dépend largement de la précocité du diagnostic et de la nature des atteintes organiques.
Facteurs de mauvais pronostic
Selon le score pronostique révisé (FFS – Five Factor Score), certains facteurs aggravent le pronostic :
- Insuffisance rénale avec créatinine > 1,5 mg/dL
- Protéinurie supérieure à 1 g/24h
- Atteinte cardiaque
- Atteinte digestive sévère
- Âge supérieur à 65 ans
Complications à long terme
Malgré les traitements, certains patients peuvent développer :
- Neuropathies chroniques : séquelles motrices ou sensitives
- Insuffisance cardiaque : principale cause de mortalité
- Insuffisance rénale chronique
- Effets secondaires des corticoïdes : ostéoporose, diabète, prise de poids, infections
- Rechutes : survenant chez environ 30 à 50 % des patients
Avec un traitement adapté, le taux de survie à 5 ans dépasse 80 %. Cependant, la qualité de vie peut être altérée par les séquelles neurologiques et les effets secondaires des traitements.

7. Vivre au quotidien avec le syndrome de Churg-Strauss
Au-delà du traitement médicamenteux, la prise en charge globale du patient joue un rôle essentiel.
Suivi médical régulier
Un suivi rapproché est indispensable : consultations régulières avec un spécialiste en médecine interne ou en rhumatologie, contrôles biologiques réguliers (hémogramme, fonction rénale, éosinophiles), surveillance cardiaque (ECG, échocardiographie) et neurologique.
Hygiène de vie et alimentation
Les patients sont encouragés à :
- Suivre un régime alimentaire équilibré, limité en sel et en sucres rapides pour compenser les effets des corticoïdes
- Pratiquer une activité physique adaptée
- Dormir suffisamment
- Éviter les facteurs allergéniques connus
Soutien psychologique
Une maladie chronique rare comme le syndrome de Churg-Strauss peut générer anxiété, dépression et isolement. Un soutien psychologique, des échanges avec des associations de patients et l’implication des proches contribuent à améliorer l’adhésion au traitement et la qualité de vie.
8. En résumé
Le syndrome de Churg-Strauss est une vascularite auto-immune rare caractérisée par une inflammation des vaisseaux sanguins et une éosinophilie marquée, associée dans la majorité des cas à un asthme sévère préexistant. Son diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques, biologiques et parfois histologiques. La précocité du traitement est déterminante pour limiter les séquelles, en particulier cardiaques et neurologiques.
Points clés à retenir
- La maladie évolue en trois phases : allergique, éosinophilique et vasculitique
- Les corticoïdes restent le traitement de base, associés si besoin à des immunosuppresseurs
- Le mepolizumab a marqué une avancée majeure dans la prise en charge des formes réfractaires
- Un suivi médical régulier est indispensable pour prévenir rechutes et complications
- Une prise en charge globale (médicale, psychologique, sociale) améliore le pronostic et la qualité de vie
Si vous êtes asthmatique et constatez l’apparition de symptômes inhabituels comme une fatigue importante, des fourmillements, des douleurs articulaires ou cutanées nouvelles, consultez rapidement votre médecin. Un diagnostic précoce est la clé d’une meilleure prise en charge. Pour toute question sur les traitements ou les modalités de suivi, n’hésitez pas à interroger votre équipe médicale et à consulter des sources fiables comme les centres de référence pour les maladies auto-immunes rares.