Streptococcus equi : la bactérie de la gourme chez le cheval et ses risques pour l'homme

Streptococcus equi : la bactérie de la gourme chez le cheval et ses risques pour l’homme

Streptococcus equi : la bactérie de la gourme chez le cheval et ses risques pour l’homme
AccueilMaladiesStreptococcus equi : la bactérie de la gourme chez le cheval et ses risques pour l’homme

🦠 Maladies

Streptococcus equi : la bactérie de la gourme chez le cheval et ses risques pour l’homme

Streptococcus equi est une bactérie responsable de la gourme équine, maladie highly contagious du cheval transmissible à l'homme. Découvrez ses symptômes, diagnostic, traitement et mesures de prévention.

Streptococcus equi est une bactérie pathogène du groupe C de Lancefield, principalement responsable de la gourme, une maladie infectieuse highly contagious et parfois mortelle qui touche les chevaux, poneys et ânes du monde entier. Bien que son hôte principal soit le cheval, ce streptocoque possède un potentiel zoonotique reconnu : il peut occasionnellement infecter l’homme, en particulier les personnes en contact étroit avec les équidés (vétérinaires, palefreniers, propriétaires d’écurie). Comprendre les mécanismes de cette bactérie, ses manifestations cliniques, son diagnostic et les mesures de prévention est essentiel pour protéger à la fois la santé animale et la santé publique.

1. Microbiologie et caractéristiques de Streptococcus equi

1.1 Classification et structure

Streptococcus equi subsp. equi appartient au genre Streptococcus, famille des Streptococcaceae. Il s’agit d’un coque Gram positif, disposé en chaînettes, anaérobie facultatif, bêta-hémolytique sur gélose au sang. Il est classé dans le groupe C de Lancefield sur la base de la composition de son antigène pariétal polysaccharidique. Deux sous-espèces coexistent : S. equi subsp. equi (responsable de la gourme classique) et S. equi subsp. zooepidemicus (impliqué dans d’autres infections équines et zoonoses).

1.2 Facteurs de virulence

La pathogénicité de S. equi repose sur plusieurs facteurs de virulence majeurs :

  • La protéine M (SeM) : antigène de surface qui inhibe la phagocytose en se liant au facteur H du complément.
  • L’hyaluronidase : enzyme facilitant la dissémination tissulaire.
  • La streptokinase : active la fibrinolyse locale.
  • Les superantigènes : déclenchent une activation polyclonale des lymphocytes T.
  • La capsule d’acide hyaluronique : protège la bactérie de la réponse immunitaire innée.

Ces facteurs expliquent la capacité de la bactérie à envahir les muqueuses respiratoires, à former des abcès et à résister partiellement à l’immunité de l’hôte.

2. La gourme : maladie emblématique du cheval

2.1 Épidémiologie

La gourme est l’une des maladies infectieuses équines les plus anciennement connues, décrite dès le XIIIe siècle. Elle touche les animaux de tous âges, mais les jeunes chevaux (6 mois à 5 ans) y sont particulièrement sensibles. La maladie présente un caractère saisonnier, avec une recrudescence en automne, en hiver et au début du printemps, période durant laquelle les chevaux sont confinés dans les écuries, favorisant la transmission par voie aérienne et le contact direct.

La mortalité varie de 1 à 10 % dans les formes aiguës, mais peut atteindre 40 % dans les formes compliquées (bastard strangles, purpura hémorragique). C’est une maladie à déclaration obligatoire dans plusieurs pays européens.

2.2 Modes de transmission

La transmission se fait principalement par :

  • Contact nasal direct entre chevaux (écoulement nasal purulent).
  • Aérosols lors de toux ou d’éternuements.
  • Matériel contaminé : seaux, abreuvoirs, brosses, vêtements, mains du personnel.
  • Environnement souillé : l’eau stagnante, le fumier, les boxes infectés peuvent héberger la bactérie pendant plusieurs semaines.
  • Porteurs asymptomatiques : environ 10 à 40 % des chevaux guéris restent porteurs chroniques au niveau des sinus ou des poches gutturales.

2.3 Symptômes de la gourme classique

Après une période d’incubation de 3 à 14 jours, la maladie se manifeste classiquement en trois phases :

  • Phase initiale (jours 1-3) : fièvre élevée (39,5 – 40,5 °C), abattement, perte d’appétit, écoulement nasal séreux bilatéral devenant rapidement mucopurulent.
  • Phase d’abcédation (jours 4-14) : développement d’abcès volumineux dans les ganglions lymphatiques sous-mandibulaires et rétro-pharyngiens, accompagnant l’écoulement nasal purulent abondant.
  • Phase de rupture (jours 10-21) : les abcès mûrissent et se rompent, libérant un pus crémeux jaunâtre très contagieux. Une fois drainés, la guérison survient en général en 2 à 3 semaines.

3. Formes cliniques atypiques et complications

3.1 Gourme atypique ou catarrhale

Une forme bénigne se traduit par une simple rhinopharyngite sans abcédation ganglionnaire. Cette forme survient souvent chez les chevaux partiellement immunisés ou adultes, mais constitue un réservoir de contagion souvent sous-estimé.

3.2 Gourme métastatique ou « bastard strangles »

Cette forme sévère concerne 8 à 30 % des cas. Les abcès disséminent par voie hématogène dans des organes distants : poumons, foie, rate, reins, cerveau, articulations. Le pronostic est réservé et la mortalité élevée. Des abcès abdominaux ou médiastinaux peuvent se développer des semaines après l’épisode initial.

3.3 Purpura hémorragique

Il s’agit d’une complication immune due à des dépôts de complexes immuns dans les parois vasculaires. Elle se manifeste par des œdèmes déclives, des pétéchies muqueuses, des nécroses cutanées et parfois une insuffisance rénale. Cette complication peut survenir même après une infection modérée.

3.4 Myopathies et autres séquelles

Une myocardite, une glomérulonéphrite ou une polyarthrite immunomédiée peuvent également compliquer le tableau. Certaines séquelles respiratoires chroniques (souffle, intolérance à l’effort) persistent après guérison.

4. Diagnostic de la gourme

4.1 Diagnostic clinique

Le diagnostic repose d’abord sur la triaque classique : fièvre, jetage nasal mucopurulent bilatéral, adénopathies cervicales abcédées. La contagiosité dans l’écurie et l’absence de vaccination récente orientent fortement.

4.2 Diagnostic de laboratoire

Plusieurs techniques permettent la confirmation :

  • Culture bactériologique sur écouvillon nasal, sur liquide d’abcès ou sur lavage des poches gutturales. Milieu sélectif recommandé (gélose Columbia + sang + néomycine).
  • PCR (Polymerase Chain Reaction) : méthode rapide et sensible, détectant l’ADN bactérien en quelques heures. Particulièrement utile pour identifier les porteurs asymptomatiques.
  • Sérorologie (ELISA) : dosage des anticorps anti-SeM, utile pour évaluer l’exposition et la réponse vaccinale.
  • Endoscopie des poches gutturales : examen de référence pour la détection des porteurs chroniques, montrant des chondroïdes (amas caséeux contenant les bactéries).

5. Traitement et prise en charge de la gourme

5.1 Mesures générales

  • Isolement strict du cheval malade, idéalement à plus de 100 mètres des autres chevaux.
  • Quarantaine de toute l’écurie pendant 4 à 6 semaines après le dernier cas.
  • Désinfection rigoureuse des boxes, matériels et vêtements avec des produits virucides et bactéricides (ammonium quaternaire, iodophores).
  • Repose et soins de soutien : alimentation humide et appétente, abreuvement abondant, litière propre.

5.2 Traitement médical

La prise en charge médicale fait l’objet de débats :

  • Antibiotiques : la pénicilline G reste le traitement de référence (injection IM ou IV, 22 000 UI/kg/jour). Les tétracyclines, le triméthoprime-sulfamide ou la ceftiofur sont des alternatives. L’antibiothérapie précoce peut raccourcir la maladie, mais utilisée tardivement (après abcédation) elle peut retarder la maturation des abcès et augmenter le risque de gourme métastatique.
  • Anti-inflammatoires : flunixine méglumine ou phénylbutazone pour contrôler la fièvre et l’inflammation.
  • Drainage chirurgical des abcès : à privilégier pour les abcès matures prêts à se rompre, en évitant toute incision prématurée.

5.3 Gestion des porteurs chroniques

Les chevaux porteurs asymptomatiques doivent être identifiés par endoscopie et traités. Le protocole associe lavage quotidien des poches gutturales avec une solution saline, instillation locale de pénicilline ou de gélatine imprégnée d’antibiotiques. Le retrait endoscopique des chondroïdes peut être nécessaire. Un cheval est considéré comme guéri après trois PCR négatives à une semaine d’intervalle.

6. Streptococcus equi chez l’homme : risque zoonotique

6.1 Épidémiologie des cas humains

Bien que rare, l’infection humaine par Streptococcus equi est documentée. La majorité des cas survient chez des personnes exposées professionnellement (vétérinaires, éleveurs, maréchaux-ferrants) ou par contact domestique avec des chevaux infectés. La bactérie peut être transmise par inhalation d’aérosols, contact direct avec du pus ou inoculation cutanée lors de la manipulation d’un cheval malade.

6.2 Manifestations cliniques chez l’homme

Les tableaux décrits incluent :

  • Infections respiratoires hautes : pharyngite, sinusite, laryngite.
  • Pneumonie et atélectasies.
  • Infections cutanées : cellulites, plaies infectées après morsure ou griffure.
  • Bactériémie et sepsis : rares, mais potentiellement graves chez les personnes immunodéprimées, diabétiques ou splénectomisées.
  • Méningite, endocardite, ostéomyélite : exceptionnelles, mais décrites.

6.3 Diagnostic et traitement chez l’homme

Le diagnostic repose sur l’isolement bactériologique sur hémoculture, prélèvement de gorge, pus ou liquide pleural. L’identification bactérienne et l’antibiogramme sont essentiels pour différencier S. equi subsp. equi d’autres streptocoques. Le traitement repose sur la pénicilline G ou l’amoxicilline, avec ajout d’un aminoside dans les formes sévères. En cas d’allergie, les macrolides ou la clindamycine sont des alternatives.

6.4 Mesures de prévention pour les professionnels exposés

  • Port de gants jetables lors de la manipulation d’animaux malades ou de matériel contaminé.
  • Lavage minutieux des mains avec une solution hydro-alcoolique.
  • Utilisation d’un masque FFP2 lors de soins rapprochés à chevaux présentant un jetage abondant.
  • Surveillance médicale en cas de fièvre ou de signes infectieux après exposition.
  • Mise à jour du vaccin antitétanique, recommandée en raison du risque de plaie souillée.

7. Prévention collective et vaccination

7.1 Vaccination équine

Plusieurs vaccins sont disponibles en Europe et en Amérique du Nord. Ils contiennent soit la protéine M recombinante, soit des antigènes bactériens inactivés. L’efficacité varie de 50 à 70 % et la durée de protection reste limitée (6 à 12 mois). La vaccination ne prévient pas toujours l’infection mais atténue la sévérité clinique. Des protocoles à deux injections initiales suivies de rappels annuels ou semestriels sont recommandés en zone d’endémie.

7.2 Mesures sanitaires dans les écuries

  • Quarantaine obligatoire de 14 à 21 jours pour tout nouveau cheval introduit.
  • Isolement immédiat de tout animal présentant de la fièvre ou un jetage.
  • Désinfection régulière des boxes, points d’eau et matériel.
  • Gestion rigoureuse des mouvements d’animaux lors d’épidémies.

7.3 Surveillance épidémiologique

En France, la gourme est inscrite sur la liste des maladies réputées contagieuses à déclaration obligatoire (arrêté ministériel). Le RESPE (Réseau d’Épidémio-Surveillance en Pathologie Équine) coordonne la surveillance active et la diffusion d’alertes sanitaires aux détenteurs d’équidés.

8. En résumé : points clés à retenir

  • Streptococcus equi est une bactérie du groupe C, agent de la gourme, maladie infectieuse highly contagious des chevaux.
  • La transmission se fait par contact direct, aérosols et matériel contaminé ; les porteurs asymptomatiques jouent un rôle épidémiologique majeur.
  • Le tableau classique associe fièvre, jetage mucopurulent bilatéral et abcédation ganglionnaire cervicale.
  • Les complications (gourme métastatique, purpura hémorragique) peuvent être graves et engager le pronostic vital.
  • Le diagnostic repose sur la PCR, la culture et l’endoscopie des poches gutturales pour identifier les porteurs.
  • Le traitement associe isolement, antibiothérapie ciblée (pénicilline en première intention), drainage des abcès mûrs et soins de soutien.
  • La prévention passe par la vaccination, la quarantaine, la désinfection et la surveillance sanitaire des écuries.
  • Chez l’homme, l’infection est rare mais possible (zoonose professionnelle) ; elle nécessite des mesures d’hygiène strictes et un traitement antibiotique adapté.
  • Toute suspicion de gourme doit être signalée au vétérinaire sanitaire et, le cas échéant, aux autorités vétérinaires locales.

Conseil pratique : en cas de cheval présentant de la fièvre et un écoulement nasal dans une écurie, isolez immédiatement l’animal, contactez votre vétérinaire et appliquez strictement les mesures d’hygiène. N’administrez aucun antibiotique sans avis vétérinaire, afin de ne pas retarder le diagnostic ou favoriser la chronicité. Pour les personnes exposées, le lavage des mains et le port de gants restent les mesures de protection les plus efficaces contre le risque zoonotique.