
Le muscle scalène moyen : anatomie, fonctions et pathologies
Découvrez l'anatomie complète du muscle scalène moyen, ses fonctions essentielles dans la respiration et les mouvements du cou, ainsi que les pathologies et traitements associés à ce muscle souvent impliqué dans les cervicalgies et syndromes du défilé thoracique.
Introduction au muscle scalène moyen
Le scalène moyen (musculus scalenus medius) est l’un des trois muscles scalènes profonds du cou, situé entre les muscles scalènes antérieur et postérieur. Bien que souvent méconnu du grand public, il joue un rôle fondamental dans la mécanique respiratoire et la stabilisation de la colonne cervicale. Son importance clinique est considérable, notamment dans le syndrome du défilé thoracique, les cervicalgies chroniques et certains troubles posturaux.
En tant que médecin et rédacteur scientifique, je vous propose une exploration complète de ce muscle : son anatomie détaillée, ses fonctions, les pathologies qui l’affectent et les approches thérapeutiques modernes.

Anatomie détaillée du scalène moyen
Origine et insertion
Le scalène moyen prend son origine sur les processus transverses (apophyses transverses) des vertèbres cervicales C2 à C7, plus précisément sur les tubercules postérieurs de ces processus transverses. Il s’insère ensuite sur la face supérieure de la première côte, en arrière du sillon de l’artère subclavière.
Cette configuration anatomique en fait un muscle long et triangulaire, qui descend latéralement et légèrement vers l’avant depuis les vertèbres cervicales jusqu’à la première côte. Sa longueur moyenne est d’environ 12 à 15 centimètres chez l’adulte.
Rapports anatomiques importants
Le scalène moyen entretient des rapports étroits avec plusieurs structures nobles, ce qui explique son implication fréquente dans les syndromes douloureux :
- Le plexus brachial : il passe directement à travers ou contre le scalène moyen, ce qui peut entraîner des compressions nerveuses
- L’artère subclavière : elle chemine entre les scalènes antérieur et moyen
- La veine subclavière : située en avant du scalène antérieur
- Le nerf phrénique : longe la face antérieure du scalène antérieur mais peut être influencé par le scalène moyen
- La plèvre cervicale (dôme pleural) : située juste en dessous de l’insertion costale
Innervation et vascularisation
L’innervation du scalène moyen provient des branches ventrales des nerfs spinaux cervicaux C3 à C8. La vascularisation artérielle est assurée principalement par l’artère thyroïdienne inférieure et l’artère cervicale profonde.
Fonctions physiologiques du scalène moyen
Rôle dans la respiration
Le scalène moyen est classé parmi les muscles respiratoires accessoires. Lors de l’inspiration forcée, il se contracte pour élever la première côte, augmentant ainsi le diamètre vertical de la cavité thoracique. Bien qu’il soit peu sollicité lors de la respiration calme, il devient essentiel lors d’efforts physiques intenses, de dyspnée ou chez les patients atteints de maladies pulmonaires obstructives.
Des études électromyographiques ont montré que les scalènes sont actifs dès le début de l’inspiration, contrairement au diaphragme qui présente un léger délai. Cette précocité d’activation suggère un rôle stabilisateur des voies aériennes supérieures.
Stabilisation de la colonne cervicale
Le scalène moyen participe à la stabilisation latérale du cou. Lors des mouvements de la tête, il travaille en synergie avec les autres muscles cervicaux pour maintenir l’équilibre et contrôler la flexion latérale. Il contribue également à la flexion du cou lorsque les deux muscles scalènes (gauche et droit) se contractent simultanément.
Participation aux mouvements du membre supérieur
Par son insertion sur la première côte, le scalène moyen influence indirectement la mobilité de la ceinture scapulaire. Une contracture de ce muscle peut limiter l’élévation du bras et contribuer à des douleurs projetées au niveau de l’épaule.
Pathologies courantes du scalène moyen
Syndrome du défilé thoracique
Le syndrome du défilé thoracique (SDT) ou syndrome de la traversée cervico-thoracique est probablement la pathologie la plus emblématique impliquant le scalène moyen. Cette affection résulte d’une compression des structures neurovasculaires passant entre les scalènes et la première côte.
On distingue trois formes principales :
- Forme neurologique (95% des cas) : compression du plexus brachial, entraînant douleurs, paresthésies et faiblesse du membre supérieur
- Forme veineuse (syndrome de Paget-Schroetter) : thrombose de la veine subclavière
- Forme artérielle (rare) : compression ou anévrisme de l’artère subclavière
Les symptômes typiques incluent des douleurs dans l’épaule et le bras, des fourmillements dans les doigts (surtout C8-T1), une sensation de lourdeur du membre supérieur et parfois un œdème de la main.
Points trigger et myofasciaux
Le scalène moyen est l’un des muscles les plus fréquemment impliqués dans les syndrome myofasciaux douloureux. Les points trigger (points gâchettes) dans ce muscle peuvent provoquer :
- Des douleurs référées dans la poitrine, l’épaule et le bras
- Des douleurs interscapulaires
- Des céphalées temporales
- Des douleurs thoraciques antérieures pouvant mimer un angor
- Des fourmillements dans les doigts
Ces points trigger sont souvent diagnostiqués à tort comme des problèmes cardiaques, ce qui peut conduire à des investigations cardiologiques inutiles.
Torticolis et contractures cervicales
Une contracture unilatérale du scalène moyen peut provoquer un torticolis aigu, avec une inclinaison latérale de la tête vers le côté atteint et une rotation controlatérale limitée. Cette contracture est fréquemment secondaire à :
- Un faux mouvement
- Une exposition au froid (courant d’air)
- Un stress émotionnel entraînant une hypertonie cervicale
- Une mauvaise posture prolongée (travail sur écran)
- Un accident de voiture (coup du lapin)
Diagnostic des pathologies du scalène moyen
Examen clinique
Le diagnostic repose principalement sur un examen clinique rigoureux comprenant :
- Palpation du muscle : réalisée dans la gouttière latérale du cou, en demandant une légère flexion latérale du côté opposé pour le mettre en tension
- Test de tension des scalènes (Upper Limb Tension Test – ULTT) : étirement passif du membre supérieur
- Test d’Adson : évaluation de la compression de l’artère subclavière lors de la rotation de la tête
- Manœuvre de Wright : hyperabduction du bras avec rotation externe
- Test d’Eden : position militaire avec traction vers le bas des épaules
Examens complémentaires
Les examens complémentaires utiles incluent :
- Radiographie cervicale : recherche d’une côte surnuméraire (cause fréquente de SDT)
- Échographie Doppler : évaluation du flux vasculaire dans les formes vasculaires
- IRM cervicale : visualisation des muscles et recherche de conflits
- Électromyogramme (EMG) : objectivation d’une atteinte nerveuse
- Échographie musculaire : détection de trigger points et évaluation de l’épaisseur musculaire
Traitements et prise en charge
Approches conservatrices
La majorité des pathologies du scalène moyen répondent favorablement aux traitements conservateurs :
- Kinésithérapie : techniques d’étirement, de relâchement myofascial et de renforcement des muscles antagonistes
- Ostéopathie : manipulation des tissus mous et techniques d’énergie musculaire
- Médicaments : anti-inflammatoires non stéroïdiens, myorelaxants, antalgiques
- Infiltrations : injections de corticoïdes ou de toxine botulique dans les cas réfractaires
- Physiothérapie : chaleur, ultrasons, ondes de choc, TENS
Étirements et exercices
Plusieurs exercices permettent de soulager les tensions du scalène moyen :
- Étirement latéral du cou : incliner doucement la tête vers l’épaule opposée en maintenant la position 30 secondes
- Auto-massage : pression manuelle sur le muscle dans la gouttière cervicale latérale
- Exercices respiratoires : respiration diaphragmatique pour réduire la sollicitation des scalènes
- Renforcement des muscles posturaux : muscles profonds du cou, trapèzes, rhomboïdes
Traitement chirurgical
La scalénectomie (ablation partielle du scalène) est réservée aux cas réfractaires de syndrome du défilé thoracique. Cette intervention consiste à sectionner l’insertion du scalène moyen sur la première côte pour libérer les structures neurovasculaires. Elle peut être associée à une résection de la première côte.
Prévention et conseils pratiques
Ergonomie au quotidien
La prévention des pathologies du scalène moyen passe par une attention particulière à l’ergonomie :
- Position de travail : écran à hauteur des yeux, épaules relâchées
- Pauses régulières : 5 minutes toutes les heures pour bouger et s’étirer
- Oreiller adapté : privilégier un oreiller ergonomique qui maintient l’alignement cervical
- Sac à dos : éviter les charges lourdes sur une seule épaule
Gestion du stress
Le stress chronique entraîne une hypertonie des muscles cervicaux, dont les scalènes. Des techniques de relaxation, de cohérence cardiaque ou de sophrologie peuvent aider à réduire ces tensions.

Quand consulter un médecin ?
Il est recommandé de consulter un professionnel de santé en cas de :
- Douleur cervicale persistante au-delà de 7 jours
- Fourmillements ou faiblesse dans le bras ou la main
- Douleur thoracique sans cause cardiaque identifiée
- Limitation fonctionnelle importante du cou
- Céphalées récurrentes associées à des tensions cervicales
- Œdème ou changement de couleur du membre supérieur
En résumé
Le scalène moyen est un muscle clé de l’anatomie cervicale, impliqué dans la respiration, la stabilité du cou et indirectement dans la mobilité du membre supérieur. Son rôle dans le syndrome du défilé thoracique et les douleurs myofasciales cervicales en fait une structure anatomique d’importance clinique majeure.
Les points essentiels à retenir sont :
- Le scalène moyen s’étend des vertèbres C2-C7 à la première côte
- Il est traversé par le plexus brachial, expliquant son implication dans les neuropathies du membre supérieur
- C’est un muscle respirateur accessoire essentiel lors de l’effort
- Ses points trigger peuvent provoquer des douleurs projetées trompeuses
- La prise en charge est principalement conservatrice (kinésithérapie, ostéopathie)
- La prévention passe par l’ergonomie, les étirements et la gestion du stress
Une prise en charge précoce et adaptée permet dans la grande majorité des cas une évolution favorable et un retour à une fonction cervicale normale.