
Rhumatisme articulaire aigu : causes, symptômes, traitement et prévention
Le rhumatisme articulaire aigu est une maladie inflammatoire secondaire à une infection à streptocoque, touchant principalement les enfants et pouvant entraîner de graves complications cardiaques.
Qu’est-ce que le rhumatisme articulaire aigu ?
Le rhumatisme articulaire aigu (RAA), également appelé fièvre rhumatismale, est une maladie inflammatoire systémique qui survient comme une complication tardive et différée d’une infection pharyngée (de la gorge) causée par le streptocoque bêta-hémolytique du groupe A (Streptococcus pyogenes). Cette pathologie est la conséquence d’une réponse immunitaire anormale de l’organisme contre ses propres tissus, déclenchée par la bactérie.
Bien qu’elle soit devenue rare dans les pays industrialisés grâce à l’usage systématique des antibiotiques, la maladie reste un problème de santé publique majeur dans les pays en développement. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le RAA touche chaque année environ 470 000 nouvelles personnes dans le monde et provoque plus de 230 000 décès prématurés, principalement par atteinte cardiaque.
Le rhumatisme articulaire aigu touche préférentiellement les enfants âgés de 5 à 15 ans, bien que de rares cas puissent survenir chez l’adulte jeune. Sans traitement préventif adapté, les récidives sont fréquentes et peuvent entraîner des lésions cardiaques définitives.

Causes et mécanisme physiopathologique
Le streptocoque du groupe A, déclencheur principal
L’agent causal est une bactérie de la famille des streptocoques bêta-hémolytiques du groupe A, responsable d’angines banales dans la majorité des cas. Le délai entre l’infection initiale et l’apparition des premiers signes du RAA est généralement de 2 à 4 semaines, ce qui explique pourquoi la maladie passe souvent inaperçue dans son lien avec l’angine.
Tous les patients ayant une angine streptococcique ne développent pas un RAA : on estime que moins de 3 % des personnes infectées évoluent vers cette complication, suggérant une prédisposition génétique particulière. Les facteurs de risque incluent :
- Un âge jeune (5 à 15 ans)
- Une précarité socio-économique
- La promiscuité et le manque d’hygiène
- Des antécédents familiaux de rhumatisme articulaire aigu
- Une mauvaise prise en charge de l’angine initiale
Un mécanisme auto-immun
La maladie résulte d’un phénomène de mimétisme moléculaire : certains antigènes de surface du streptocoque ressemblent à des protéines présentes dans les tissus humains, notamment au niveau du cœur, des articulations et de la peau. Le système immunitaire, en fabriquant des anticorps contre la bactérie, attaque par erreur ces tissus sains, entraînant une inflammation chronique.
Symptômes et manifestations cliniques
Les critères de Jones, outil diagnostique clé
Le diagnostic repose sur les critères de Jones, révisés par l’American Heart Association. Le diagnostic est posé lorsqu’il existe la preuve d’une infection streptococcique récente associée à au moins deux critères majeurs, ou à un critère majeur et deux critères mineurs.
Critères majeurs du RAA
- Cardite rhumatismale : inflammation du cœur (40 à 60 % des cas), pouvant toucher l’endocarde, le myocarde et le péricarde
- Polyarthrite migratrice : atteinte de plusieurs grosses articulations (genoux, chevilles, poignets, coudes) qui se déplace d’une articulation à l’autre
- Chorée de Sydenham : troubles neurologiques caractérisés par des mouvements involontaires
- Érythème marginé : éruption cutanée rosée, annulaire, sans démangeaisons
- Nodules sous-cutanés de Meynet : petites boules fermes et indolores sous la peau
Critères mineurs
- Fièvre supérieure à 38,5 °C
- Douleurs articulaires sans signes objectifs d’inflammation
- Allongement de l’espace PR à l’électrocardiogramme
- Augmentation des marqueurs inflammatoires (VS, CRP)
- Antécédents personnels de RAA
Manifestations les plus fréquentes
L’atteinte articulaire est le symptôme le plus courant, touchant environ 70 % des patients. Elle se caractérise par une polyarthrite très douloureuse, avec rougeur, chaleur et gonflement des articulations. La douleur est typiquement migratrice, disparaissant d’une articulation pour réapparaître dans une autre en quelques jours.
La fièvre est presque constante, souvent élevée (38,5 à 39,5 °C), accompagnée de fatigue, de pâleur et d’une altération de l’état général.
Complications cardiaques : la cardite rhumatismale
Une atteinte redoutable
La cardite rhumatismale constitue la complication la plus grave du RAA et représente la principale cause de mortalité. Elle survient chez 40 à 60 % des patients lors du premier épisode et touche plus souvent les enfants de moins de 3 ans. L’inflammation peut atteindre toutes les tuniques du cœur :
- L’endocarde : inflammation des valves cardiaques, notamment la valve mitrale (la plus fréquemment touchée) et la valve aortique
- Le myocarde : inflammation du muscle cardiaque
- Le péricarde : inflammation de l’enveloppe du cœur
Signes cliniques de la cardite
Les manifestations cardiaques se traduisent par l’apparition d’un souffle cardiaque à l’auscultation, d’une accélération du rythme cardiaque (tachycardie) disproportionnée par rapport à la fièvre, et parfois de signes d’insuffisance cardiaque (essoufflement, œdèmes).
Évolution vers la cardiopathie rhumatismale chronique
Les lésions valvulaires cicatricielles peuvent persister après l’épisode aigu et évoluer vers une cardiopathie rhumatismale chronique, parfois des décennies après l’épisode initial. Cette évolution est responsable d’environ 99 % des cardiopathies rhumatismales de l’adulte. Dans les pays développés, la prise en charge précoce permet de limiter ce risque.
Diagnostic du rhumatisme articulaire aigu
Examens biologiques
Le bilan sanguin comprend plusieurs éléments essentiels :
- Hémogramme : anémie, hyperleucocytose
- Marqueurs inflammatoires : CRP et VS élevées
- Antistreptolysines O (ASLO) : élévation des anticorps anti-streptococciques, témoignant d’une infection récente
- Anticorps anti-DNase B : autre marqueur d’infection streptococcique
- Prélèvement de gorge : recherche du streptocoque A
Examens complémentaires
- Électrocardiogramme (ECG) : recherche d’un allongement du PR, trouble de la conduction
- Échocardiographie Doppler : examen clé pour détecter une atteinte valvulaire débutante, même en l’absence de signes cliniques
- Radiographies articulaires : généralement normales, utiles pour éliminer d’autres diagnostics
Diagnostics différentiels
Le médecin doit éliminer d’autres pathologies pouvant mimer un RAA : arthrite juvénile idiopathique, maladie de Lyme, lupus érythémateux disséminé, leucémie aiguë, endocardite infectieuse.

Traitement du rhumatisme articulaire aigu
Traitement de l’épisode aigu
La prise en charge repose sur plusieurs axes thérapeutiques :
1. Éradication du streptocoque : une antibiothérapie par pénicilline V orale pendant 10 jours, ou par benzathine pénicilline G en une injection intramusculaire unique, est systématique. En cas d’allergie à la pénicilline, on prescrit de l’azithromycine ou un macrolide.
2. Traitement anti-inflammatoire :
- Aspirine à haute dose (80 à 100 mg/kg/jour) : efficace sur l’arthrite et la fièvre
- Corticoïdes (prednisone) : réservés aux formes avec cardite sévère
3. Traitement de la chorée : utilisation d’acide valproïque ou de carbamazépine dans les formes persistantes.
Mesures associées
- Repos au lit pendant la phase aiguë
- Hospitalisation recommandée dans les formes avec cardite
- Antalgiques pour soulager les douleurs articulaires
- Surveillance cardiaque rapprochée (ECG, échocardiographie)

Prévention et antibioprophylaxie au long cours
Prévention primaire
La meilleure prévention reste le traitement précoce et systématique de toute angine streptococcique. En France, un test de diagnostic rapide (TDR) est recommandé chez l’enfant de plus de 3 ans devant toute angine. Un résultat positif conduit à la prescription d’antibiotiques, ce qui permet d’éviter plus de 90 % des cas de RAA.
Prévention secondaire : la prophylaxie de longue durée
Chez un patient ayant présenté un RAA, une antibiothérapie prophylactique prolongée est indispensable pour prévenir les récidives, particulièrement dangereuses pour le cœur. Les modalités dépendent de la présence d’une atteinte cardiaque :
- Sans cardite : prophylaxie pendant 5 ans ou jusqu’à l’âge de 21 ans selon la durée la plus longue
- Avec cardite sans atteinte valvulaire résiduelle : 10 ans ou jusqu’à l’âge de 21 ans
- Avec cardite et atteinte valvulaire persistante : jusqu’à 40 ans, voire à vie
Le traitement de référence est la benzathine pénicilline G en injection intramusculaire toutes les 3 à 4 semaines, plus efficace que la pénicilline orale souvent mal observée.
Mesures complémentaires
- Hygiène des mains et traitement précoce des infections ORL
- Éviction scolaire pendant la phase aiguë
- Suivi cardiologique et rhumatologique régulier
- Vaccinations à jour (notamment contre les infections respiratoires)
En résumé : points clés à retenir
Le rhumatisme articulaire aigu est une maladie inflammatoire grave, complication d’une angine streptococcique mal ou non traitée. Ses points essentiels sont :
- Maladie de l’enfant et de l’adolescent, encore fréquente dans les pays en développement
- Diagnostic basé sur les critères de Jones, avec nécessité d’une preuve d’infection streptococcique
- Atteinte cardiaque dans 40 à 60 % des cas, responsable de la mortalité et de séquelles valvulaires à long terme
- Traitement curatif associant antibiothérapie pour éradiquer le streptocoque et anti-inflammatoires
- Prophylaxie antibiotique prolongée indispensable pour prévenir les récidives et protéger le cœur
- Prévention primaire efficace par le traitement précoce de toute angine streptococcique
Toute angine chez un enfant ou un adolescent doit faire l’objet d’une consultation médicale. En cas de douleurs articulaires fébriles survenant quelques semaines après une infection ORL, il est impératif de consulter rapidement pour rechercher un RAA. Le suivi cardiologique régulier reste indispensable chez les patients ayant présenté une atteinte cardiaque, afin de dépister et prendre en charge précocement d’éventuelles séquelles valvulaires.