
Releveur de la lèvre supérieure : anatomie, fonction et pathologies
Découvrez l'anatomie complète du releveur de la lèvre supérieure, ce muscle peaucier essentiel au sourire, à la mimique faciale et à la mastication, ainsi que ses pathologies courantes.
Introduction et définition
Le releveur de la lèvre supérieure, également appelé muscle élévateur de la lèvre supérieure ou levator labii superioris en terminologie anatomique latine, est un muscle strié de la face qui appartient au groupe des muscles peauciers de la mimique. Il joue un rôle central dans l’expression faciale et participe activement à de nombreuses fonctions essentielles comme la mastication, l’élocution et l’expression des émotions.
Ce muscle est considéré comme l’un des plus expressifs du visage. Situé de part et d’autre des ailes du nez et dans la région de la pommette, il contribue à l’élévation de la lèvre supérieure, permettant ainsi de découvrir les dents. Son rôle est particulièrement visible lors du sourire forcé ou lors de l’expression du dégoût. Sa connaissance anatomique est fondamentale en chirurgie maxillo-faciale, en dermatologie esthétique et en odontologie, mais aussi pour tout praticien amené à évaluer des troubles de la mimique.
Anatomie descriptive : origines et insertions
Origine (chef musculaire)
Le releveur de la lèvre supérieure prend naissance dans la partie haute de la face, selon plusieurs descriptions qui varient légèrement d’un auteur anatomiste à l’autre. Son origine principale se situe :
- Sur le bord infra-orbitaire de l’os maxillaire, au-dessus du foramen infra-orbitaire
- Sur la processus frontal du maxillaire, juste au-dessus de l’os zygomatique
- Pour certains faisceaux, également sur la portion supérieure du cartilage alaire du nez, ce qui lui confère une action complémentaire sur les narines
Trajet et direction des fibres
À partir de son origine, le muscle se dirige obliquement vers le bas, l’avant et le dedans. Ses fibres musculaires descendent en formant un éventail qui s’élargit progressivement. Le corps musculaire est relativement plat et mince, ce qui le rend parfois difficile à individualiser lors de dissections anatomiques ou d’explorations chirurgicales.
Insertion (terminaison)
Les fibres musculaires du releveur de la lèvre supérieure viennent se terminer dans :
- L’épaisseur de la peau de la lèvre supérieure, principalement dans sa portion latérale
- Le bord libre de la lèvre supérieure, contribuant à la formation du vermillon
- Certaines fibres qui se prolongent dans le muscle orbiculaire des lèvres, expliquant leur interdépendance fonctionnelle lors des mouvements fins
Innervation et vascularisation
Innervation motrice
Comme tous les muscles de la mimique, le releveur de la lèvre supérieure est innervé par le nerf facial (septième paire crânienne, nerf VII). Plus précisément, ses fibres nerveuses proviennent des rameaux buccaux supérieurs et zygomatico-temporal du nerf facial, qui se ramifient dans la région médio-faciale.
Innervation sensitive
Bien que le muscle lui-même soit peu sensible, sa région cutanée est innervée par des branches sensitives du nerf infra-orbitaire, lequel est une branche du nerf maxillaire (deuxième branche du nerf trijumeau, nerf V2).
Vascularisation artérielle
La vascularisation du releveur de la lèvre supérieure est assurée principalement par :
- L’artère infra-orbitaire, qui sort du foramen infra-orbitaire et irrigue la face profonde du muscle
- L’artère faciale et ses branches labiales, qui participent à la vascularisation superficielle
- L’artère angulaire, qui complète l’apport sanguin dans la région nasale
Drainage veineux et lymphatique
Le drainage veineux suit les mêmes trajets que les artères, principalement vers la veine faciale puis la veine jugulaire interne. Le drainage lymphatique s’effectue vers les ganglions lymphatiques sous-maxillaires et sous-mentonniers, relais importants du territoire facial.
Fonction et rôle dans la mimique faciale
Action principale
La fonction principale du releveur de la lèvre supérieure est d’élever la lèvre supérieure, en la tractant vers le haut et légèrement vers l’extérieur. Cette action permet de découvrir les dents supérieures et expose partiellement la gencive, participant ainsi pleinement à l’expression du sourire.
Expressions faciales associées
Ce muscle est mobilisé dans plusieurs expressions émotionnelles et fonctionnelles :
- Le sourire forcé ou « sourire de Duchenne », qui sollicite intensément ce muscle, avec une élévation franche de la lèvre supérieure
- L’expression du dégoût ou du mécontentement, où la lèvre se relève de manière unilatérale
- L’expression de la surprise, particulièrement lorsqu’elle est mêlée à l’action d’autres muscles faciaux
- La grimace lors de la dégustation d’aliments amers ou acides
- L’éternuement et certaines réactions réflexes de protection des voies aériennes
Rôle dans la phonation et la mastication
Au-delà des expressions faciales, le releveur participe également à :
- La prononciation des consonnes labiales comme le « p », le « b » ou le « m »
- La mastication, en maintenant les aliments entre les dents grâce à la tonicité labiale
- L’aspiration et la succion, notamment chez le nourrisson lors de la tétée
- Le souffle et la modulation du flux d’air lors de la parole et du chant
Rapports anatomiques et muscles voisins
Le releveur de la lèvre supérieure et le muscle zygomatique
Le releveur de la lèvre supérieure est souvent confondu avec le muscle zygomatique, qui naît de l’os zygomatique et se dirige vers la commissure labiale. Le zygomatique est plutôt responsable de la traction de la commissure vers le haut et le dehors, tandis que le releveur tire directement la lèvre supérieure vers le haut. Ces deux muscles travaillent synergiquement lors du sourire franc.
Relations avec les autres muscles périlabiaux
Le releveur entretient des rapports étroits avec plusieurs muscles voisins :
- Le muscle élévateur commun de la lèvre supérieure et de l’aile du nez (levator labii superioris alaeque nasi), qui possède une fonction similaire mais soulève également l’aile du nez, participant aux expressions de mépris ou de dédain
- Le muscle canin (levator anguli oris), qui élève spécifiquement la commissure labiale et tire vers le haut l’angle de la bouche
- Le muscle orbiculaire des lèvres, qui forme un sphincter autour de la bouche et intervient dans les mouvements de fermeture
- Le muscle nasal, qui régule la mobilité des narines et complète l’action du releveur dans certaines expressions
Position anatomique dans la face
Le releveur de la lèvre supérieure est un muscle superficiel, situé immédiatement sous la peau et au-dessus du tissu graisseux sous-cutané. Il est recouvert par le système musculo-aponévrotique superficiel (SMAS), structure anatomique clé en chirurgie esthétique faciale. Cette superficialité explique pourquoi ses contractions sont visibles sous la peau, donnant parfois l’aspect de « cordes » sous-cutanées lors d’efforts intenses.
Pathologies et troubles associés
Paralysie faciale périphérique
Lors d’une paralysie du nerf facial (paralysie de Bell, accident vasculaire cérébral, traumatisme, chirurgie de l’oreille ou parotide), le releveur de la lèvre supérieure est souvent atteint. La conséquence directe est une asymétrie du visage, avec une lèvre supérieure qui s’abaisse du côté paralysé. Le sourire devient asymétrique, ce qui peut avoir un impact fonctionnel important (difficulté à la succion, à la prononciation) et psychologique significatif, affectant la confiance en soi et les relations sociales.
Spasmes et dyskinésies
Certaines pathologies neurologiques comme les dyskinésies orofaciales ou les spasmes hémifaciaux peuvent provoquer des contractions involontaires et répétées de ce muscle, entraînant des grimaces incontrôlées et parfois gênantes dans la vie quotidienne.
Hypotonie et vieillissement facial
Avec l’âge, le releveur de la lèvre supérieure, comme tous les muscles de la face, subit une perte de tonicité et une atrophie progressive. Cela contribue à l’allongement de la lèvre supérieure, à l’aplatissement du philtrum et à l’apparition de rides péribuccales (rides de la marionnette, code-barres). Ces modifications sont accentuées par :
- La diminution du collagène et de l’élastine cutanés
- La perte du soutien graisseux sous-cutané et la résorption osseuse maxillaire
- L’exposition solaire cumulée (héliodermie)
- Le tabac, la pollution et d’autres facteurs environnementaux
Atteinte lors du sourire gingival
Un sourire gingival excessif (« gummy smile ») peut résulter d’une hyperactivité du releveur de la lèvre supérieure ou d’une insertion trop basse de ce muscle. Cette situation, qui expose de façon excessive la gencive supérieure lors du sourire, peut être traitée médicalement (injections de toxine botulique) ou chirurgicalement (technique de repositionnement musculaire).
Exercices de rééducation et soins
Kinésithérapie faciale
En cas de paralysie faciale ou de faiblesse musculaire, des exercices de rééducation peuvent être prescrits par un kinésithérapeute spécialisé en rééducation maxillo-faciale :
- Devant un miroir, lever volontairement et lentement la lèvre supérieure en maintenant la position quelques secondes
- Soutenir la lèvre opposée avec les doigts pour amplifier le travail du côté atteint pendant la rééducation
- Sourire de façon exagérée en maintenant la position 5 à 10 secondes, plusieurs fois par jour
- Réaliser des étirements doux des muscles péribuccaux et des mobilisations passives
Auto-massages et stimulation manuelle
Les auto-massages faciaux peuvent contribuer à maintenir la tonicité du muscle et à améliorer la circulation locale :
- Utiliser les doigts pour effectuer de petits mouvements circulaires au-dessus de la lèvre supérieure
- Pratiquer des tapotements doux pour stimuler la microcirculation sanguine locale
- Appliquer une légère pression pendant quelques secondes au niveau de l’os malaire, en mobilisant simultanément la lèvre
Approches médicales complémentaires
Plusieurs techniques validées médicalement peuvent compléter la prise en charge :
- La toxine botulique (Botox), qui peut être utilisée en cas d’hyperactivité musculaire ou pour atténuer les rides péribuccales et corriger un sourire gingival
- L’électrostimulation neuromusculaire, particulièrement utile dans les paralysies faciales pour entretenir le tonus musculaire
- Le biofeedback électromyographique, qui permet au patient de visualiser et de contrôler ses contractions musculaires
- Les soins cutanés et la cosmétique médicale pour améliorer la trophicité de la peau péribuccale
Quand consulter un professionnel de santé ?
Il est conseillé de consulter rapidement un médecin en cas de :
- Faiblesse ou paralysie soudaine d’un côté du visage, surtout si elle s’accompagne d’autres signes neurologiques
- Asymétrie nouvelle du sourire ou de la mimique sans cause évidente
- Spasmes ou contractions involontaires persistantes de la lèvre
- Difficultés nouvelles à parler, à manger, à sourire ou à fermer correctement la bouche
- Douleur, tension anormale ou gêne fonctionnelle dans la région péribuccale
Le médecin traitant, un neurologue, un chirurgien maxillo-facial, un ORL ou un dermatologue pourront orienter le diagnostic et proposer une prise en charge adaptée à chaque situation clinique.
En résumé
Le releveur de la lèvre supérieure est un muscle peaucier essentiel de la face, responsable de l’élévation de la lèvre supérieure. Anatomiquement, il s’insère sur le bord infra-orbitaire du maxillaire et se termine dans l’épaisseur de la lèvre. Innervé par le nerf facial, il participe pleinement au sourire, à la mimique émotionnelle, à la mastication, à la phonation et même à certaines fonctions réflexes.
Sa connaissance anatomique est cruciale pour comprendre de nombreuses situations cliniques : paralysie faciale, sourire gingival, vieillissement du visage, expressions émotionnelles et chirurgies esthétiques ou fonctionnelles. Préserver sa santé passe par une hygiène de vie adaptée, une protection solaire quotidienne de la zone péribuccale et, en cas de besoin, des séances de rééducation fonctionnelle ciblée supervisées par un professionnel.
- Localisation : entre l’os maxillaire et la lèvre supérieure, sous le foramen infra-orbitaire
- Innervation : nerf facial (VII), avec sensibilité assurée par le nerf trijumeau (V2)
- Action principale : élévation de la lèvre supérieure et participation au sourire
- Pathologies fréquentes : paralysie faciale, spasmes, hypotonie liée à l’âge, sourire gingival
- Traitements possibles : kinésithérapie faciale, toxine botulique, chirurgie esthétique fonctionnelle, électrostimulation