
Pyélonéphrite chronique : causes, symptômes, diagnostic et prise en charge
La pyélonéphrite chronique est une infection rénale persistante qui détruit progressivement le parenchyme rénal. Découvrez ses causes, ses symptômes, son diagnostic et les traitements disponibles pour préserver la fonction des reins.
Qu’est-ce que la pyélonéphrite chronique ?
La pyélonéphrite chronique est une maladie inflammatoire d’origine infectieuse qui touche le rein de façon progressive et durable. Elle se distingue de la pyélonéphrite aiguë, qui survient de manière brutale et ponctuelle, par son caractère récidivant et l’installation de lésions irréversibles au sein du tissu rénal. À terme, l’inflammation chronique détruit le parenchyme, entraîne une fibrose et aboutit à une perte progressive de la fonction rénale pouvant mener à l’insuffisance rénale chronique.
Cette pathologie, longtemps silencieuse, est une cause importante de destruction rénale acquise chez l’adulte, en particulier chez la femme jeune, mais aussi chez l’enfant et la personne âgée. Son diagnostic est souvent tardif car les symptômes peuvent être discrets ou attribués à d’autres troubles urinaires.
Une atteinte du rein et de ses voies excrétrices
Le rein est un organe vital qui filtre le sang, élimine les déchets métaboliques et maintient l’équilibre hydro-électrolytique de l’organisme. La pyélonéphrite chronique atteint simultanément plusieurs structures :
- Le parenchyme rénal, c’est-à-dire le tissu fonctionnel du rein (cortex et médulla)
- Le bassinet, cavité centrale qui collecte l’urine
- Les calices, petits canaux qui drainent l’urine
- Les tubes collecteurs et les néphrons, unités fonctionnelles du rein
L’inflammation chronique entraîne une atrophie des papilles rénales, une dilatation des calices et un amincissement du cortex, donnant au rein un aspect typique dit « rein cicatriciel ».

Causes et facteurs de risque
La pyélonéphrite chronique résulte, dans la majorité des cas, d’infections urinaires hautes répétées ou mal traitées. Plusieurs facteurs favorisent la persistance de l’infection et la dégradation progressive du rein.
Les agents infectieux responsables
Les bactéries en cause sont le plus souvent des germes d’origine digestive qui colonisent le périnée, puis remontent par voie ascendante jusqu’aux reins via l’urètre, la vessie et l’uretère. Les principaux pathogènes identifiés sont :
- Escherichia coli : responsable de 70 à 90 % des infections urinaires communautaires
- Proteus mirabilis, particulièrement fréquent chez l’homme et en cas de calculs
- Klebsiella pneumoniae, Enterococcus, Pseudomonas et Staphylococcus
Les facteurs favorisants
Plusieurs situations augmentent le risque de développer une pyélonéphrite chronique :
- Reflux vésico-urétéral : remontée anormale de l’urine de la vessie vers les uretères et les reins, souvent congénital
- Obstacles sur les voies urinaires : calculs rénaux, tumeurs, hypertrophie bénigne de la prostate, sténoses urétérales
- Malformations anatomiques : duplications urétérales, valves de l’urètre postérieur
- Maladies métaboliques : diabète, hyperuricémie, hypercalciurie
- Immunodépression : traitements immunosuppresseurs, VIH, diabète déséquilibré
- Prises répétées d’antibiotiques mal adaptées, favorisant les résistances bactériennes
- Maladies neurologiques affectant la vidange vésicale (vessie neurogène, sclérose en plaques)
- Cathétérisme vésical à répétition ou prolongé
Une maladie plus fréquente chez la femme
Les femmes sont nettement plus touchées que les hommes, en raison d’un urètre plus court qui facilite la remontée bactérienne. Cependant, la pyélonéphrite chronique est parfois diagnostiquée chez l’homme, où elle révèle souvent un obstacle sous-jacent (adénome prostatique, calcul) qui doit être recherché systématiquement.

Symptômes et manifestations cliniques
La pyélonéphrite chronique est une maladie insidieuse, dont les symptômes peuvent être absents, intermittents ou trompeurs. C’est souvent lors d’un bilan de routine ou d’une complication que le diagnostic est posé.
Les signes les plus fréquents
- Douleur lombaire sourde, unilatérale ou bilatérale, persistante ou récurrente
- Fébricule (fièvre modérée, autour de 37,8-38,5 °C) ou épisodes de fièvre inexpliquée
- Fatigue chronique, perte d’appétit, amaigrissement progressif
- Pollakiurie, dysurie (brûlures urinaires), urgences mictionnelles
- Urine trouble, malodorante, parfois hématurique (présence de sang)
- HTA (hypertension artérielle) secondaire à l’atteinte rénale
Les formes évoluées et silencieuses
Avec la progression de la destruction rénale, peuvent apparaître :
- Une anémie liée à la baisse de production d’érythropoïétine
- Des œdèmes des membres inférieurs et du visage
- Des troubles de la concentration urinaire (polyurie, nycturie)
- Une insuffisance rénale chronique avec élévation de la créatinine et de l’urée sanguines
Quand consulter rapidement ?
Toute fièvre associée à une douleur lombaire unilatérale, surtout si elle s’accompagne de frissons, de nausées ou de vomissements, doit motiver une consultation urgente. Il peut s’agir d’une pyélonéphrite aiguë qui, en l’absence de traitement, peut évoluer vers une forme chronique.
Diagnostic : les examens clés
Le diagnostic repose sur la combinaison de l’examen clinique, des analyses biologiques et des explorations d’imagerie. Le médecin recherche à la fois les signes d’infection rénale, les lésions anatomiques et les facteurs favorisants.
Examens biologiques
- Bandelette urinaire (BU) : détection rapide de leucocytes et de nitrites
- ECBU (examen cytobactériologique des urines) : identification du germe et antibiogramme
- Numération formule sanguine (NFS) : recherche d’une hyperleucocytose
- Créatininémie, urée sanguine : évaluation de la fonction rénale
- Protéinurie des 24 heures : quantification de la fuite de protéines dans les urines
Imagerie médicale
- Échographie rénale et vésicale : examen de première intention, peu coûteux, qui détecte une dilatation des cavités, des cicatrices corticales ou un obstacle
- Uro-scanner : examen de référence pour visualiser les cicatrices, les zones d’atrophie et les malformations
- Scintigraphie rénale au DMSA : évalue la fonction relative de chaque rein et révèle les défauts de captation liés aux cicatrices
- UPR (uréthrocystographie rétrograde et mictionnelle) : indiquée chez l’enfant pour rechercher un reflux vésico-urétéral
Bilan complémentaire
Le médecin recherchera un éventuel diabète, un déficit immunitaire, des calculs urinaires ou une cause obstructive. Chez l’homme, un toucher rectal et un dosage du PSA (antigène prostatique spécifique) peuvent être nécessaires.

Complications possibles
Sans prise en charge adaptée, la pyélonéphrite chronique peut entraîner des complications sérieuses, mettant en jeu le pronostic rénal et vital.
Complications rénales
- Insuffisance rénale chronique progressive, pouvant aboutir à la dialyse
- Pyonéphrose : accumulation de pus dans un rein obstrué, urgence chirurgicale
- Abcès rénal ou périrénal
- Calculs rénaux secondaires à l’inflammation chronique et à la stase urinaire
Complications générales
- Septicémie : dissémination de l’infection dans le sang, potentiellement mortelle
- Hypertension artérielle rénale, parfois sévère
- Retard de croissance chez l’enfant atteint de reflux vésico-urétéral
- Complications de la grossesse : accouchement prématuré, hypotrophie fœtale

Traitements et prise en charge
La prise en charge de la pyélonéphrite chronique repose sur plusieurs piliers : éradiquer l’infection, lever les obstacles, prévenir les récidives et préserver la fonction rénale.
Traitement antibiotique
Les antibiotiques sont la pierre angulaire du traitement. Le choix initial est adapté à l’antibiogramme réalisé sur l’ECBU. Les molécules les plus utilisées sont :
- Fluoroquinolones (ciprofloxacine, lévofloxacine) : traitement de référence
- Bêta-lactamines (amoxicilline-acide clavulanique, céphalosporines de 3e génération)
- Triméthoprime-sulfaméthoxazole (Bactrim)
- Aminosides (gentamicine) en hospitalisation dans les formes sévères
La durée du traitement est plus longue que dans la pyélonéphrite aiguë : souvent 14 à 21 jours, voire davantage selon la sévérité et la présence de complications. Un contrôle de l’ECBU est réalisé en fin de traitement pour vérifier la stérilisation des urines.
Traitement des facteurs favorisants
- Lithotripsie ou intervention chirurgicale pour retirer les calculs
- Traitement endoscopique d’un reflux vésico-urétéral (injection de produit comblant, réimplantation urétérale)
- Prise en charge d’une hypertrophie prostatique (médicaments, chirurgie)
- Equilibrer un diabète et toute maladie sous-jacente
Surveillance et suivi
Un suivi régulier par le néphrologue ou l’urologue est indispensable :
- Contrôle de la créatinine, de l’ECBU et de la pression artérielle
- Imagerie de contrôle (échographie, scintigraphie)
- Dépistage des récidives infectieuses
- Adaptation du traitement en cas d’évolution vers l’insuffisance rénale
Cas particulier : la dialyse et la transplantation
Lorsque l’insuffisance rénale atteint un stade terminal (débit de filtration glomérulaire inférieur à 15 mL/min), la dialyse ou la transplantation rénale peuvent devenir nécessaires. Une prise en charge précoce et rigoureuse permet de repousser considérablement cette échéance.
Prévention et conseils pratiques
La prévention repose sur des mesures simples à adopter au quotidien, surtout chez les personnes ayant déjà souffert d’infections urinaires.
Hygiène et hydratation
- Boire 1,5 à 2 litres d’eau par jour pour assurer un bon débit urinaire
- Uriner régulièrement et ne pas se retenir
- Effectuer une toilette intime d’avant en arrière chez la femme
- Éviter les produits d’hygiène intime agressifs ou parfumés
- Porter des sous-vêtements en coton et éviter les vêtements trop serrés
Prévention des récidives
- Traiter toute infection urinaire basse (cystite) rapidement et jusqu’au bout du traitement antibiotique
- En cas de récidives fréquentes, une antibioprophylaxie au long cours à faible dose peut être proposée par le médecin
- Consommer des probiotiques ou de la canneberge (vaccinium macrocarpon) qui peuvent réduire la fréquence des cystites
- Traiter la constipation chronique, qui favorise la pullulation microbienne
Surveillance médicale
Les patients identifiés comme à risque (reflux vésico-urétéral, calculs, diabète) doivent bénéficier d’un suivi néphrologique régulier, avec un ECBU annuel au minimum et un contrôle de la fonction rénale tous les 6 à 12 mois.
En résumé : les points clés à retenir
- La pyélonéphrite chronique est une infection persistante du rein qui détruit progressivement le parenchyme rénal.
- Elle est favorisée par les infections urinaires à répétition, le reflux vésico-urétéral, les calculs, les malformations et le diabète.
- Les symptômes sont souvent discrets ou trompeurs : douleur lombaire, fatigue, fièvre modérée, troubles urinaires.
- Le diagnostic repose sur l’ECBU, l’échographie, l’uro-scanner et la scintigraphie rénale.
- Le traitement repose sur une antibiothérapie prolongée, associée à la correction des causes favorisantes.
- Sans traitement, l’évolution peut mener à l’insuffisance rénale chronique et nécessiter dialyse ou transplantation.
- Une bonne hydratation, une hygiène rigoureuse et un suivi médical régulier sont les meilleurs moyens de prévenir l’aggravation.
- Toute fièvre associée à une douleur lombaire persistante justifie une consultation médicale rapide.