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Prééclampsie : reconnaître les signes avancés et agir en urgence

Prééclampsie : reconnaître les signes avancés et agir en urgence
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Prééclampsie : reconnaître les signes avancés et agir en urgence

La prééclampsie est une complication grave de la grossesse qui peut mettre en danger la mère et le bébé. Découvrez les signes avancés à ne jamais ignorer et les réflexes à adopter pour une prise en charge rapide.

Introduction : pourquoi parler des signes avancés de la prééclampsie ?

La prééclampsie est une pathologie hypertensive spécifique de la grossesse qui survient généralement après la 20ᵉ semaine d’aménorrhée. Elle touche entre 2 et 8 % des grossesses dans le monde et demeure l’une des principales causes de mortalité maternelle et fœtale dans les pays industrialisés. Bien que les formes légères soient souvent bien prises en charge, les formes avancées peuvent évoluer rapidement vers des complications redoutables comme l’éclampsie, le syndrome HELLP ou un hématome rétroplacentaire.

Reconnaître les signes avancés de la prééclampsie est donc essentiel pour réagir à temps et sauver deux vies : celle de la mère et celle de l’enfant. Cet article vous guide pas à pas à travers les symptômes alarmants, les facteurs de risque, le diagnostic et la prise en charge de cette pathologie.

Qu’est-ce que la prééclampsie exactement ?

La prééclampsie est définie par l’association de deux critères principaux après 20 semaines de grossesse :

  • Une hypertension artérielle (tension artérielle supérieure ou égale à 140/90 mmHg) survenant chez une femme précédemment normotendue, mesurée à deux reprises à au moins 4 heures d’intervalle.
  • Une protéinurie (présence de protéines dans les urines) supérieure ou égale à 300 mg par 24 heures, ou un ratio protéine/créatinine urinaire ≥ 30 mg/mmol.

En l’absence de protéinurie, on peut également parler de prééclampsie si l’hypertension s’accompagne de signes d’atteinte d’organes cibles : thrombopénie, insuffisance rénale, atteinte hépatique, œdème pulmonaire ou symptômes visuels et cérébraux.

Cette maladie résulte d’un dysfonctionnement placentaire précoce : le placenta ne s’implante pas correctement dans la paroi utérine, ce qui provoque une hypoperfusion, un stress oxydatif et une réaction inflammatoire systémique affectant les vaisseaux sanguins de la mère.

Les signes avant-coureurs à surveiller dès le deuxième trimestre

Avant que la maladie ne devienne sévère, certains signes discrets peuvent alerter la future maman et son entourage médical.

Une hypertension artérielle nouvellement apparue

Le premier signe est presque toujours l’élévation de la tension artérielle. Au début, elle peut être modérée (entre 140/90 et 159/109 mmHg), sans symptômes visibles. C’est pourquoi le suivi régulier de la tension lors des consultations prénatales est indispensable. Une tension qui monte progressivement, même en restant sous le seuil, doit également être surveillée de près.

La protéinurie : un marqueur clé

Découverte lors de la bandelette urinaire ou du dosage sur 24 heures, la protéinurie témoigne d’une atteinte rénale. En pratique, toute protéinurie supérieure à une croix à la bandelette, confirmée par un examen biologique, doit alerter.

Les œdèmes inhabituels

Contrairement aux œdèmes physiologiques de la grossesse (chevilles en fin de journée), des œdèmes brusques, généralisés (visage, mains, abdomen) peuvent signaler une rétention hydrique anormale liée à la prééclampsie. Ils s’accompagnent souvent d’une prise de poids rapide (plus de 1 kg par semaine).

Les signes avancés : quand l’urgence survient

Lorsque la prééclampsie s’aggrave, les signes deviennent bruyants et potentiellement mortels. Toute apparition de ces symptômes impose un appel au SAMU (15) ou une consultation en urgence.

Troubles visuels persistants

  • Vision floue ou brouillée
  • Mouches volantes (myodésopsies) ou éclairs lumineux
  • Scotomes (taches noires dans le champ de vision)
  • Vision double ou perte temporaire de la vue
  • Sensibilité exacerbée à la lumière (photophobie)

Ces manifestations résultent d’un œdème cérébral ou rétinien et annoncent parfois une éclampsie imminente.

Douleurs abdominales et épigastriques

Une douleur intense dans la région de l’estomac, en barre, située juste sous les côtes à droite ou au niveau du foie, est un signe d’atteinte hépatique. Elle peut s’accompagner de nausées, de vomissements et traduire une distension de la capsule hépatique. C’est l’un des signes du syndrome HELLP.

Céphalées sévères et persistantes

Contrairement aux maux de tête classiques de la grossesse, les céphalées prééclamptiques sont :

  • Intenses et inhabituelles
  • Résistantes aux antalgiques habituels (paracétamol)
  • Souvent localisées à l’arrière du crâne
  • Associées à une sensation de « tête qui va exploser »

Elles traduisent une hypertension intracrânienne et doivent alerter.

Hyperréflexie ostéo-tendineuse et troubles neurologiques

L’examen clinique peut révéler des réflexes vifs, voire une clonus (secousses rythmiques du pied lors de la dorsiflexion). Une confusion, une agitation, une somnolence excessive ou des troubles du comportement sont des signes de souffrance cérébrale avancée.

Détresse respiratoire et douleur thoracique

L’œdème pulmonaire se manifeste par un essoufflement au repos, une toux productive mousseuse, une sensation d’oppression thoracique et des crépitants à l’auscultation. Il s’agit d’une urgence vitale.

Diminution des mouvements du bébé

Le bébé peut bouger moins que d’habitude en raison d’une insuffisance de perfusion placentaire. Toute diminution des mouvements fœtaux doit conduire à une consultation immédiate pour réaliser un monitoring et une échographie.

Le syndrome HELLP : une complication majeure

Le syndrome HELLP est une variante particulièrement sévère de la prééclampsie. Son acronyme signifie :

  • Hemolysis (hémolyse : destruction des globules rouges)
  • Elevated Liver enzymes (élévation des enzymes hépatiques)
  • Low Platelets (chute des plaquettes)

Il survient dans 0,5 à 1 % des grossesses mais entraîne jusqu’à 25 % de mortalité périnatale. Les signes associent douleurs épigastriques, nausées, vomissements, fatigue extrême, ictère (jaunisse), ecchymoses spontanées et saignements. Le diagnostic repose sur la biologie sanguine (bilan hépatique, NFS, haptoglobine, LDH, schizocytes).

L’éclampsie : la crise convulsive

L’éclampsie correspond à la survenue de convulsions généralisées chez une femme prééclamptique, sans autre cause neurologique identifiable. Elle est précédée dans 80 % des cas par les signes avancés décrits ci-dessus. La crise peut survenir pendant la grossesse, le travail, l’accouchement ou même dans les 48 heures suivant l’accouchement.

Une seule crise convulsive impose une prise en charge en réanimation, l’administration de sulfate de magnésium en prévention de la récidive, et l’extraction fœtale en urgence si la grossesse est viable.

Facteurs de risque : qui est concernée ?

Certaines femmes présentent un risque accru de prééclampsie. Les principaux facteurs sont :

  • Antécédents personnels ou familiaux de prééclampsie ou d’éclampsie
  • Hypertension artérielle chronique ou maladie rénale préexistante
  • Diabète (type 1, type 2 ou gestationnel)
  • Obésité (IMC supérieur à 30)
  • Âge maternel supérieur à 35 ans ou inférieur à 20 ans
  • Grossesse multiple (jumeaux, triplés)
  • Maladies auto-immunes (lupus, syndrome des antiphospholipides)
  • Nulliparité (première grossesse)
  • Intervalle long entre deux grossesses (plus de 10 ans)

Diagnostic et surveillance : les outils du clinicien

Le diagnostic repose sur un faisceau d’éléments cliniques et biologiques :

  • Mesure répétée de la tension artérielle au brassard ou par MAPA (mesure ambulatoire sur 24 heures)
  • Bandelette urinaire et dosage de la protéinurie sur 24 heures
  • Bilan sanguin : NFS, plaquettes, créatinine, uricémie, transaminases, LDH
  • Échographie obstétricale avec Doppler des artères utérines et ombilicales pour évaluer la perfusion fœtale
  • Monitoring cardio-tocographique pour surveiller le rythme cardiaque fœtal

Pour les femmes à haut risque, un dépistage précoce est possible entre 11 et 14 semaines d’aménorrhée par le dosage de biomarqueurs sériques (PAPP-A, PlGF) couplé à la mesure de l’indice de pulsatilité des artères utérines.

Prise en charge et traitement

La seule guérison définitive de la prééclampsie reste l’accouchement et la délivrance du placenta. Cependant, la prise en charge vise à stabiliser la mère et à prolonger la grossesse autant que possible pour la maturité du bébé.

Traitements médicamenteux

  • Antihypertenseurs : labétalol, nifédipine, alphaméthyldopa pour contrôler la tension
  • Sulfate de magnésium : prévention de l’éclampsie (neuroprotection)
  • Corticothérapie (bétaméthasone) : maturation pulmonaire fœtale avant 34 semaines

Hospitalisation et surveillance

Toute prééclampsie sévère nécessite une hospitalisation en service de grossesses pathologiques, voire en réanimation. La surveillance est rapprochée : tension artérielle toutes les 4 à 6 heures, bilan biologique quotidien, monitoring fœtal bi-quotidien.

Extraction fœtale

Au-delà de 37 semaines, l’accouchement est généralement déclenché. Avant ce terme, la décision dépend du rapport bénéfice/risque entre la prématurité et la sévérité de la maladie maternelle.

Prévention : que peut-on faire ?

  • Un suivi prénatal régulier et rigoureux dès le début de la grossesse
  • L’aspirine à faible dose (75 à 160 mg/jour) prescrite dès 12-14 semaines chez les femmes à haut risque
  • Une alimentation équilibrée, riche en calcium et pauvre en sel
  • Le maintien d’une activité physique adaptée
  • Le contrôle du poids avant la conception
  • Le dépistage précoce des facteurs de risque

En résumé : les bons réflexes à adopter

  • Ne jamais banaliser un mal de tête persistant, des troubles visuels ou une douleur épigastrique pendant la grossesse.
  • Mesurer régulièrement sa tension, même à la maison si le médecin le recommande.
  • Connaître ses facteurs de risque et en parler à son gynécologue ou sage-femme dès le début de la grossesse.
  • Se rendre immédiatement aux urgences en cas de signes avancés (convulsions, douleur thoracique, essoufflement, vision trouble, douleur abdominale intense).
  • Suivre scrupuleusement le calendrier de consultations et de bilans sanguins prescrit.
  • En cas d’antécédent de prééclampsie, discuter avec son médecin d’un traitement préventif par aspirine faible dose.
  • Ne pas hésiter à contacter le 15 en cas de doute : une consultation en urgence vaut mieux qu’une complication évitable.

La prééclampsie est une maladie sérieuse mais dont la prise en charge a considérablement progressé. Une vigilance partagée entre la patiente, sa famille et l’équipe médicale permet, dans la grande majorité des cas, d’aboutir à une issue favorable pour la mère comme pour l’enfant.