
La Posthypophyse : Anatomie, Hormones et Pathologies de la Neurohypophyse
Découvrez l'anatomie, le fonctionnement et les pathologies de la posthypophyse, cette glande endocrine située à la base du cerveau qui sécrète l'hormone antidiurétique et l'ocytocine.
Introduction à la posthypophyse
La posthypophyse, également appelée neurohypophyse ou hypophyse postérieure, constitue le lobe postérieur de l’hypophyse, cette petite glande endocrine située à la base du cerveau, dans une cavité osseuse dénommée selle turcique. Souvent méconnue du grand public, elle joue pourtant un rôle physiologique majeur dans la régulation de l’équilibre hydrique de l’organisme, la contraction utérine, la lactation et de nombreux autres processus biologiques essentiels.
Contrairement à l’antéhypophyse (lobe antérieur) qui produit ses propres hormones, la posthypophyse se distingue par son fonctionnement singulier : elle ne synthétise pas d’hormones, mais stocke et libère des hormones produites par des neurones spécialisés de l’hypothalamus. Cette particularité anatomique et fonctionnelle en fait une structure fascinante du système endocrinien humain.
Anatomie et localisation de la posthypophyse
Situation anatomique
La posthypophyse occupe la partie postérieure de l’hypophyse, elle-même suspendue à l’hypothalamus par la tige pituitaire (ou infundibulum). L’ensemble forme avec l’hypothalamus ce que l’on appelle l’axe hypothalamo-hypophysaire, véritable centre de commandement neuroendocrinien.
L’hypophyse est logée dans la selle turcique, une dépression osseuse de l’os sphénoïde, à la base du crâne. Elle est protégée par une enveloppe méningée appelée diaphragme sellaire, traversée par la tige pituitaire.
Structure microscopique
Sur le plan histologique, la posthypophyse est composée principalement de :
- Terminaisons axonales : prolongements des neurones hypothalamiques des noyaux supraoptiques et paraventriculaires
- Cellules gliales spécialisées : appelées pituicytes, qui représentent environ 25 % du tissu
- Vaisseaux sanguins : formant un réseau capillaire fenêtré permettant la libération hormonale dans la circulation sanguine
- Corps de Herring : accumulations de granules de sécrétion visibles au microscope
Cette architecture particulière témoigne du lien intime entre le système nerveux central et le système endocrinien.
Les hormones de la posthypophyse
L’hormone antidiurétique (ADH) ou vasopressine
L’hormone antidiurétique, aussi appelée vasopressine ou ADH, est un peptide de neuf acides aminés synthétisé principalement dans les noyaux supraoptiques de l’hypothalamus. Son nom complet est arginine-vasopressine (AVP) chez l’humain.
Ses principales fonctions physiologiques sont :
- Réabsorption rénale de l’eau : elle augmente la perméabilité à l’eau des tubes collecteurs rénaux via les récepteurs V2, permettant la concentration des urines
- Vasoconstriction : à forte concentration, elle provoque une contraction des vaisseaux sanguins via les récepteurs V1
- Régulation de la pression artérielle : en participant au maintien du volume sanguin
- Libération d’ACTH : elle stimule la sécrétion d’hormone adrénocorticotrope en période de stress
- Rôle dans l’apprentissage et la mémoire : action centrale via les récepteurs V1a
L’ocytocine
L’ocytocine est le second peptide libéré par la posthypophyse. Elle est synthétisée dans les noyaux paraventriculaires de l’hypothalamus, puis transportée le long des axones jusqu’à la neurohypophyse où elle est stockée.
Les fonctions de l’ocytocine sont multiples :
- Contraction utérine : lors de l’accouchement, elle provoque les contractions du myomètre
- Éjection du lait maternel : lors de la tétée, elle stimule la contraction des cellules myoépithéliales des glandes mammaires
- Comportement social : elle favorise les liens sociaux, l’attachement et la confiance
- Régulation du stress : elle possède des effets anxiolytiques et calmants
- Rôle dans l’orgasme : elle est impliquée dans les réponses physiologiques associées
Mécanisme de sécrétion hormonale
Synthèse et transport
La particularité remarquable de la posthypophyse réside dans le fait que ses hormones ne sont pas produites sur place. Les neurones hypothalamiques, appelés neurones magnocellulaires, synthétisent les hormones sous forme de précurseurs (préprohormones). Ces précurseurs sont ensuite clivés dans les corps cellulaires neuronaux pour donner les hormones matures, qui sont empaquetées dans des vésicules de sécrétion.
Ces vésicules sont ensuite transportées le long des axones par un mécanisme de flux axonal rapide, sur une distance de plusieurs millimètres, jusqu’aux terminaisons nerveuses situées dans la posthypophyse.
Stimuli de libération
La libération des hormones dans la circulation sanguine est déclenchée par des stimuli nerveux spécifiques :
- Pour l’ADH : augmentation de l’osmolalité plasmatique détectée par les osmorécepteurs hypothalamiques, hypovolémie, stress, nausées, certains médicaments
- Pour l’ocytocine : distension du col utérin lors du travail, stimulation des mamelons lors de l’allaitement, stimuli émotionnels positifs, contact physique
Le mécanisme de libération repose sur l’entrée de calcium dans les terminaisons nerveuses, provoquant l’exocytose des vésicules contenant les hormones.
Pathologies de la posthypophyse
Le diabète insipide
Le diabète insipide est la pathologie la plus fréquente associée à un dysfonctionnement de la posthypophyse. Il se caractérise par une incapacité des reins à concentrer les urines, entraînant une polyurie importante (plus de 3 litres par jour) et une polydipsie compensatrice.
On distingue deux formes principales :
- Le diabète insipide central : causé par un déficit de production ou de sécrétion d’ADH, généralement dû à des lésions de l’hypothalamus ou de la posthypophyse (tumeurs, traumatismes crâniens, chirurgies, maladies inflammatoires ou génétiques)
- Le diabète insipide néphrogénique : résistance des reins à l’action de l’ADH, souvent d’origine génétique ou médicamenteuse (lithium notamment)
Le traitement du diabète insipide central repose sur l’administration de desmopressine (Minirin), un analogue synthétique de l’ADH.
Syndrome de sécrétion inappropriée d’ADH (SIADH)
À l’opposé du diabète insipide, le SIADH se caractérise par une sécrétion excessive d’ADH, entraînant une hyponatrémie (baisse du sodium sanguin) avec rétention d’eau. Les causes incluent :
- Cancers (notamment le cancer bronchique à petites cellules)
- Infections du système nerveux central
- Traumatismes crâniens
- Certains médicaments (antidépresseurs, carbamazépine)
- Pathologies pulmonaires
Autres pathologies
D’autres troubles peuvent affecter la posthypophyse :
- Tumeurs hypophysaires : bien que plus fréquentes au niveau de l’antéhypophyse, certaines tumeurs peuvent comprimer la posthypophyse
- Apoplexie hypophysaire : infarctus hémorragique de l’hypophyse, urgence médicale
- Hypophysite : inflammation de l’hypophyse, souvent auto-immune
- Syndrome de Sheehan : nécrose hypophysaire postpartum
Examens diagnostiques de la posthypophyse
Bilan biologique
L’exploration de la posthypophyse passe par plusieurs analyses sanguines et urinaires :
- Osmolalité plasmatique et urinaire : permet d’évaluer la capacité de concentration rénale
- Dosage de l’ADH : directement mesurable dans le sang, bien que difficile à doser
- Ionogramme sanguin : recherche d’hyponatrémie ou d’hypernatrémie
- Créatinine et urée : évaluation de la fonction rénale
Tests dynamiques
Le test de restriction hydrique (test de soif) est l’examen de référence pour diagnostiquer un diabète insipide. Il consiste à priver le patient de boisson pendant plusieurs heures sous surveillance médicale stricte, puis à mesurer l’osmolalité urinaire et plasmatique, avant et après administration de desmopressine.
Imagerie médicale
L’IRM cérébrale avec séquence dédiée à l’hypophyse est l’examen d’imagerie de choix pour visualiser la posthypophyse. Normalement, elle apparaît comme une zone d’hypersignal spontané en séquence T1, appelé « bright spot », dont l’absence peut orienter vers un diabète insipide central. L’IRM permet également de détecter d’éventuelles tumeurs, malformations ou lésions inflammatoires.
Traitements et prise en charge
Traitement du diabète insipide
Le traitement repose principalement sur la desmopressine, administrée par voie nasale, orale ou sublinguale. La posologie doit être adaptée individuellement pour éviter le risque d’hyponatrémie. Dans les formes néphrogéniques, on utilise parfois les thiazidiques, l’amiloride ou les anti-inflammatoires non stéroïdiens.
Traitement du SIADH
La prise en charge du SIADH comprend :
- Restriction hydrique (premier traitement)
- Traitement étiologique (curatif)
- Antagonistes des récepteurs V2 de la vasopressine (tolvaptan) dans les formes sévères
- Perfusion prudente de sérum salé hypertonique en cas d’hyponatrémie sévère symptomatique
Surveillance et suivi
Un suivi médical régulier est indispensable pour les patients atteints de pathologies hypophysaires, avec contrôle biologique périodique et IRM de surveillance en cas de pathologie tumorale.
En résumé : points essentiels sur la posthypophyse
La posthypophyse est une glande endocrine essentielle qui, malgré sa petite taille (environ 10-15 mm), joue un rôle crucial dans l’équilibre de l’organisme. Voici les points clés à retenir :
- Elle stocke et libère deux hormones majeures : l’ADH (vasopressine) et l’ocytocine
- Ces hormones sont synthétisées dans l’hypothalamus, puis transportées le long des axones
- L’ADH régule l’équilibre hydrique et la pression artérielle
- L’ocytocine intervient dans l’accouchement, l’allaitement et les comportements sociaux
- Le diabète insipide et le SIADH sont les principales pathologies associées
- Le diagnostic repose sur la biologie, les tests dynamiques et l’IRM cérébrale
Conseils pratiques
Si vous présentez des symptômes tels qu’une soif intense persistante, des urines abondantes (plus de 3 litres par jour), des troubles du cycle menstruel inexpliqués ou des difficultés d’allaitement, consultez rapidement votre médecin. De même, en cas de traumatisme crânien ou de chirurgie hypophysaire, une surveillance de la fonction posthypophysaire est recommandée pendant plusieurs mois. Enfin, n’oubliez jamais l’importance d’une hydratation adaptée : en cas de diabète insipide traité, veillez à respecter scrupuleusement la posologie prescrite et à signaler tout signe de rétention hydrique (maux de tête, nausées, prise de poids rapide).