Le muscle crico-aryténoïdien latéral : anatomie, fonction et pathologies

Le muscle crico-aryténoïdien latéral : anatomie, fonction et pathologies

Le muscle crico-aryténoïdien latéral : anatomie, fonction et pathologies
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🫀 Anatomie

Le muscle crico-aryténoïdien latéral : anatomie, fonction et pathologies

Muscle intrinsèque du larynx essentiel à la fermeture des cordes vocales, le crico-aryténoïdien latéral joue un rôle central dans la phonation et la protection des voies aériennes.

Introduction

Le muscle crico-aryténoïdien latéral (en latin : musculus cricoarytenoideus lateralis) est l’un des muscles intrinsèques du larynx. Souvent méconnu du grand public, il joue pourtant un rôle déterminant dans la production vocale, la déglutition et la protection des voies aériennes inférieures. Situé au cœur du larynx, il travaille de concert avec les autres muscles intrinsèques pour assurer la mobilité des cordes vocales et l’ouverture ou la fermeture de la glotte.

Cet article propose une exploration complète de ce muscle : son anatomie, sa vascularisation, son innervation, ses fonctions physiologiques, ainsi que les principales pathologies qui peuvent l’affecter. Que vous soyez étudiant en médecine, professionnel de santé ou simplement curieux d’en apprendre davantage sur le fonctionnement de la voix humaine, ce guide vous fournira des informations précises et accessibles.

Anatomie et localisation du muscle crico-aryténoïdien latéral

Situation anatomique

Le muscle crico-aryténoïdien latéral est un muscle pair et symétrique, situé de part et d’autre de la ligne médiane du larynx. Il fait partie du groupe des muscles intrinsèques du larynx, c’est-à-dire des muscles dont les deux extrémités s’insèrent sur des structures laryngées elles-mêmes. Il s’agit plus précisément d’un muscle adducteur de la glotte, par opposition au muscle crico-aryténoïdien postérieur qui est le seul muscle abducteur.

Il est recouvert en partie par le cartilage thyroïde, qui constitue la plus grande partie de l’armature du larynx. Pour bien le visualiser, on peut le considérer comme tendu entre la partie supérieure du cartilage cricoïde et la base du cartilage aryténoïde correspondant.

Rapports anatomiques

Le muscle crico-aryténoïdien latéral entre en rapport étroit avec plusieurs structures anatomiques importantes :

  • En dehors : le cartilage thyroïde et la membrane thyro-hyoïdienne
  • En dedans : la muqueuse du sinus piriforme et le ligament vocal
  • En avant : il est adjacent au muscle thyro-aryténoïdien
  • En arrière : il est en relation avec le cartilage aryténoïde et le muscle interaryténoïdien

Ces rapports expliquent pourquoi une pathologie ou un traumatisme de l’une de ces structures peut retentir sur le fonctionnement de ce muscle.

Origines et insertions

Origine

Le muscle crico-aryténoïdien latéral prend son origine sur la partie supérieure de l’arc du cartilage cricoïde, plus précisément sur sa face latérale, immédiatement en avant de l’articulation crico-thyroïdienne. Cette zone d’insertion forme une crête osseuse qui sert de point d’ancrage solide au muscle.

Insertion

Ses fibres musculaires convergent obliquement vers le haut, l’arrière et le dedans pour se terminer sur le processus musculaire (apophyse musculaire) du cartilage aryténoïde. Cette insertion se fait au niveau de la face antéro-latérale du processus musculaire, permettant au muscle d’exercer son action de rotation sur l’aryténoïde.

Cette disposition anatomique est fondamentale : c’est en tirant sur le processus musculaire que le muscle peut faire pivoter le cartilage aryténoïde autour de son axe vertical, modifiant ainsi la position des cordes vocales.

Innervation et vascularisation

Innervation

Le muscle crico-aryténoïdien latéral est innervé par le nerf laryngé récurrent (également appelé nerf laryngé inférieur), une branche du nerf vague (nerf crânien X). Le nerf laryngé récurrent a un trajet particulier :

  • À droite, il contourne l’artère subclavière
  • À gauche, il passe sous la crosse de l’aorte
  • Il remonte ensuite dans le cou pour atteindre le larynx

Cette innervation explique la vulnérabilité du muscle lors de chirurgies thyroïdiennes ou cardiovasculaires, où une lésion du nerf récurrent peut entraîner une paralysie de ce muscle et des troubles vocaux sévères.

Vascularisation

La vascularisation artérielle est assurée principalement par les artères laryngées inférieures, branches de l’artère thyroïdienne inférieure, elle-même issue de l’artère subclavière. Le drainage veineux se fait par les veines laryngées inférieures vers la veine jugulaire interne. La vascularisation lymphatique rejoint les ganglions cervicaux profonds.

Fonction et physiologie

Action principale : adduction des cordes vocales

La fonction principale du muscle crico-aryténoïdien latéral est l’adduction des cordes vocales, c’est-à-dire leur rapprochement vers la ligne médiane. Pour cela, le muscle tire le processus musculaire du cartilage aryténoïde vers l’avant, ce qui provoque une rotation du cartilage aryténoïde autour de son axe vertical.

Cette rotation a pour effet de déplacer les apophyses vocales des aryténoïdes vers la ligne médiane, entraînant la fermeture de la glotte (espace entre les cordes vocales). Cette action est indispensable à plusieurs fonctions vitales :

  • La phonation : la fermeture glottique crée la pression sous-glottique nécessaire à la production du son
  • La protection des voies aériennes lors de la déglutition, empêchant les aliments de pénétrer dans la trachée
  • La toux : la fermeture glottique permet de générer une forte pression expiratoire
  • La manœuvre de Valsalva et les efforts de port de charge

Rôle dans la phonation

Dans le mécanisme de la phonation, le muscle crico-aryténoïdien latéral travaille en synergie avec le muscle interaryténoïdien (seul muscle impair du larynx) pour assurer la fermeture complète de la glotte. Cette fermeture hermétique est essentielle à la production de sons voisés, comme les voyelles et les consonnes sonores.

Lors de la phonation, les cordes vocales doivent être :

  • Adductées (rapprochées) grâce au crico-aryténoïdien latéral et à l’interaryténoïdien
  • Tendues grâce au muscle crico-thyroïdien
  • Vibrantes sous l’effet de l’air expiré

Un dysfonctionnement du crico-aryténoïdien latéral se traduit donc par une fermeture glottique incomplète, entraînant une fuite d’air et une voix faible, soufflée ou rauque.

Pathologies associées au muscle crico-aryténoïdien latéral

Paralysie laryngée unilatérale

La pathologie la plus fréquente affectant ce muscle est la paralysie du nerf laryngé récurrent, qui entraîne une paralysie de tous les muscles intrinsèques du larynx qu’il innerve (dont le crico-aryténoïdien latéral). Les causes principales sont :

  • Chirurgie thyroïdienne : complication post-opératoire classique
  • Tumeurs du médiastin ou du poumon (notamment à gauche)
  • Anévrisme de l’aorte pouvant comprimer le nerf récurrent gauche
  • Infections virales (zona, infections ORL)
  • Traumatismes du cou ou du thorax

Le tableau clinique associe une dysphonie (voix faible, bitonale, soufflée), une fausse route aux liquides et parfois une dyspnée. Le diagnostic repose sur la laryngoscopie indirecte qui montre une corde vocale immobile en position paramédiane.

Dysphonie fonctionnelle

Une utilisation excessive ou maladroite de la voix peut entraîner un forçage vocal responsable d’une hypertonicité des muscles intrinsèques, dont le crico-aryténoïdien latéral. Cela peut générer :

  • Des nodules des cordes vocales (nodules de chanteurs ou d’enseignants)
  • Des polypes ou pseudo-kystes
  • Une laryngite chronique

Maladies neuromusculaires

Certaines pathologies neurologiques peuvent toucher ce muscle, notamment :

  • La sclérose latérale amyotrophique (SLA)
  • Le myasthénie, qui provoque une fatigabilité musculaire
  • Les neuropathies diabétiques
  • Les accidents vasculaires cérébraux affectant le tronc cérébral

Examen clinique et explorations complémentaires

Examen clinique

L’évaluation du muscle crico-aryténoïdien latéral passe principalement par l’examen ORL :

  • Laryngoscopie indirecte (au miroir ou au nasofibroscope) : visualisation des mouvements des cordes vocales lors de la phonation et de la respiration
  • Examen de la voix : analyse perceptive (rauque, soufflée, bitonale)
  • Test de la déglutition : recherche de fausses routes

Explorations complémentaires

  • Vidéostroboscopie laryngée : analyse fine de la vibration des cordes vocales
  • Électromyographie laryngée (EMG) : enregistre l’activité électrique du muscle, utile dans le diagnostic des paralysies
  • Scanner ou IRM du cou et du thorax : recherche de la cause d’une paralysie du nerf récurrent
  • Analyse acoustique de la voix : mesure objective des paramètres vocaux

Conseils pratiques et en résumé

Voici les points essentiels à retenir sur le muscle crico-aryténoïdien latéral :

  • C’est un muscle pair intrinsèque du larynx, adducteur des cordes vocales
  • Il s’étend du cartilage cricoïde au cartilage aryténoïde
  • Il est innervé par le nerf laryngé récurrent, branche du nerf vague
  • Sa fonction principale est la fermeture de la glotte, essentielle à la phonation, la déglutition et la toux
  • Sa paralysie, souvent due à une atteinte du nerf récurrent, provoque une dysphonie et des fausses routes
  • La chirurgie thyroïdienne est la cause iatrogène la plus fréquente de son atteinte

Conseils pour préserver votre voix et votre larynx

Pour protéger vos cordes vocales et le muscle crico-aryténoïdien latéral :

  • Évitez de forcer sur votre voix, surtout si vous êtes chanteur, enseignant ou en contact professionnel avec le public
  • Hydratez-vous suffisamment (1,5 à 2 litres d’eau par jour)
  • Limitez la consommation de tabac et d’alcool, facteurs d’irritation chronique
  • En cas de dysphonie persistante plus de deux semaines, consultez un médecin ORL
  • Échauffez votre voix avant un effort vocal prolongé
  • En cas de chirurgie thyroïdienne prévue, discutez avec votre chirurgien des risques sur le nerf récurrent et des techniques de monitoring peropératoire

Le muscle crico-aryténoïdien latéral, bien que de petite taille, est un acteur majeur de la voix et de la protection respiratoire. Sa compréhension est essentielle pour tout professionnel de santé amené à prendre en charge des troubles de la voix, des pathologies thyroïdiennes ou des difficultés de déglutition. En cas de doute sur votre santé vocale, n’hésitez jamais à consulter un spécialiste ORL qui pourra réaliser les examens nécessaires et vous proposer une prise en charge adaptée.