
La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique de l'intestin qui touche des millions de personnes dans le monde. Découvrez ses symptômes, ses causes, son diagnostic et les traitements disponibles pour mieux vivre avec cette pathologie.
Qu’est-ce que la maladie de Crohn ?
La maladie de Crohn est une pathologie inflammatoire chronique du système digestif qui appartient à la famille des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI). Elle se caractérise par une inflammation de la paroi du tube digestif, pouvant toucher n’importe quel segment, de la bouche à l’anus, bien que la partie terminale de l’intestin grêle (iléon) et le côlon soient les plus fréquemment atteints.
Cette maladie évolue par poussées, alternant entre des phases actives, durant lesquelles les symptômes sont intenses, et des phases de rémission, où la maladie est silencieuse. Elle a été décrite pour la première fois en 1932 par le médecin américain Burrill Bernard Crohn, dont elle tire son nom.
En France, on estime que la maladie de Crohn touche environ 120 000 personnes, avec une incidence d’environ 8 nouveaux cas pour 100 000 habitants chaque année. Elle apparaît le plus souvent chez les jeunes adultes entre 15 et 35 ans, mais peut survenir à tout âge, y compris chez l’enfant et la personne âgée.
Une maladie distincte de la rectocolite hémorragique
Bien que la maladie de Crohn soit souvent confondue avec la rectocolite hémorragique (RCH), elle s’en distingue par plusieurs caractéristiques : l’inflammation peut toucher l’ensemble du tube digestif (et pas uniquement le rectum et le côlon), les lésions sont généralement discontinues et peuvent atteindre toutes les couches de la paroi intestinale (inflammation trans-murale).

Causes et facteurs de risque
Les causes exactes de la maladie de Crohn restent à ce jour partiellement inconnues. Les recherches actuelles s’accordent néanmoins sur une origine multifactorielle, combinant une prédisposition génétique, des facteurs environnementaux et une dérégulation du système immunitaire.
Prédisposition génétique
Le risque de développer la maladie est plus élevé chez les personnes ayant des antécédents familiaux. Environ 10 à 15 % des patients ont un parent du premier degré atteint. Plusieurs gènes de susceptibilité ont été identifiés, notamment le gène NOD2/CARD15, qui joue un rôle dans la reconnaissance bactérienne par le système immunitaire intestinal.
Dérèglement du système immunitaire
La maladie de Crohn résulterait d’une réponse immunitaire anormale du tube digestif face à la flore intestinale (microbiote) ou à des antigènes alimentaires. Chez les personnes prédisposées, le système immunitaire attaque par erreur la muqueuse intestinale, provoquant une inflammation chronique.
Facteurs environnementaux
Plusieurs facteurs sont suspectés d’augmenter le risque de développer la maladie :
- Le tabagisme : il multiplie par deux le risque de développer la maladie et aggrave son évolution.
- L’alimentation occidentale, riche en graisses saturées, en sucres raffinés et en additifs.
- Une hygiène excessive durant l’enfance (hypothèse hygiéniste).
- La pollution et l’exposition à certains toxiques.
- La prise d’antibiotiques durant la petite enfance.
- Le stress, bien qu’il ne soit pas une cause directe, il peut favoriser les poussées.
Symptômes de la maladie de Crohn
Les symptômes de la maladie de Crohn varient considérablement d’un patient à l’autre, en fonction de la localisation et de la sévérité de l’inflammation. Ils apparaissent souvent de manière insidieuse.
Symptômes digestifs
- Douleurs abdominales : souvent localisées dans la fosse iliaque droite, elles peuvent être crampiformes.
- Diarrhées chroniques : souvent liquide, parfois plus de 4 à 6 selles par jour, parfois sanglantes en cas d’atteinte colique.
- Pertes de poids : liées à la malabsorption et à la diminution de l’appétit.
- Nausées et vomissements : surtout en cas d’atteinte de l’intestin grêle.
- Saignements rectaux ou présence de glaires dans les selles.
Symptômes généraux
- Fièvre modérée pendant les poussées.
- Fatigue chronique, souvent invalidante.
- Anémie, due à la malabsorption du fer ou aux saignements.
- Retard de croissance chez l’enfant et l’adolescent.
Manifestations extra-digestives
La maladie de Crohn peut également provoquer des symptômes en dehors du tube digestif :
- Manifestations articulaires : arthrites, douleurs lombaires (spondylarthrite).
- Manifestations cutanées : érythème noueux, aphtes buccaux récidivants.
- Manifestations oculaires : uvéite, conjonctivite.
- Manifestations hépatiques : cholangite sclérosante primitive (rare).
Diagnostic de la maladie de Crohn
Le diagnostic de la maladie de Crohn repose sur un faisceau d’arguments cliniques, biologiques, endoscopiques et histologiques. Il peut être difficile car les symptômes sont communs à d’autres pathologies digestives.
Examens biologiques
Les analyses sanguines permettent de rechercher des signes d’inflammation (CRP, vitesse de sédimentation), une anémie, des carences vitaminiques (B12, fer, folates) et des marqueurs spécifiques des MICI comme la calprotectine fécale, très utile pour le diagnostic et le suivi.
Endoscopie digestive
La coloscopie avec biopsies est l’examen de référence. Elle permet de visualiser directement les lésions de la muqueuse (ulcérations, pseudo-polypes, aspect pavé) et de réaliser des prélèvements pour analyse histologique. Une fibroscopie œso-gastro-duodénale peut compléter l’exploration en cas de suspicion d’atteinte haute.
Imagerie médicale
- L’entéro-IRM ou l’entéro-scanner permettent d’évaluer l’atteinte de l’intestin grêle et de détecter d’éventuelles complications (sténoses, fistules, abcès).
- L’échographie abdominale est parfois utilisée pour le suivi des complications.
- Le scanner thoraco-abdominal est indiqué en urgence en cas de suspicion de complication aiguë.
Critères diagnostiques
Le diagnostic est retenu sur la présence de lésions endoscopiques caractéristiques (ulcérations aphtoïdes, ulcérations longitudinales profondes, aspect en pavé), associées à des lésions histologiques spécifiques (granulomes épithélioïdes gigantocellulaires non caséeux dans environ 30 % des cas) et à une distribution discontinue des lésions.
Traitements de la maladie de Crohn
Il n’existe pas aujourd’hui de traitement curatif définitif de la maladie de Crohn. L’objectif thérapeutique est de contrôler les symptômes, de maintenir la rémission à long terme et de prévenir les complications. La stratégie thérapeutique est adaptée à la sévérité et à la localisation de la maladie.
Traitements médicamenteux
- Dérivés aminosalicylés (5-ASA) : mésalazine, sulfasalazine, utilisés dans les formes légères à modérées.
- Corticoïdes : prednisolone, budésonide, prescrits lors des poussées pour leur action anti-inflammatoire rapide, mais sans utilisation prolongée en raison de leurs effets secondaires.
- Immunosuppresseurs : azathioprine, méthotrexate, 6-mercaptopurine, utilisés en traitement d’entretien.
- Biothérapies : anti-TNF (infliximab, adalimumab), anti-intégrines (vedolizumab), anti-IL-12/23 (ustekinumab), prescrits dans les formes modérées à sévères ou réfractaires.
- Petites molécules : inhibiteurs de JAK (tofacitinib) en cours d’évaluation dans la maladie de Crohn.
Traitement chirurgical
Malgré les progrès médicaux, environ 70 à 80 % des patients nécessitent une intervention chirurgicale au cours de leur vie. Les indications principales sont :
- Les sténoses intestinales serrées responsables d’occlusion.
- Les fistules abcédées ne répondant pas au traitement médical.
- Les hémorragies incontrôlables.
- La résistance au traitement médical.
Les interventions les plus courantes sont les résections segmentaires (iléocolique droite notamment) et les stricturoplasties (élargissement des sténoses sans résection).

Alimentation et hygiène de vie
L’alimentation ne cause pas la maladie, mais joue un rôle important dans la gestion des symptômes et la prévention des carences nutritionnelles.
Recommandations alimentaires
- Privilégier une alimentation variée et équilibrée, riche en protéines pour compenser les pertes.
- Limiter les aliments irritants : plats épicés, fibres dures (cru, céréales complètes) en période de poussée.
- Fractionner les repas en petites quantités réparties sur la journée.
- Réduire les matières grasses et les produits laitiers en cas d’intolérance au lactose.
- Éviter l’alcool et les boissons gazeuses.
- En cas de sténose, adopter un régime pauvre en fibres (paysage).
Supplémentation
Les patients doivent souvent bénéficier d’une supplémentation en fer, en vitamine B12 (surtout après résection iléale), en vitamine D, en calcium et en folates.
Arrêt du tabac
Le sevrage tabagique est essentiel : le tabac aggrave la maladie, augmente le risque de récidive post-opératoire et diminue l’efficacité des traitements. C’est l’un des facteurs sur lequel le patient peut le plus agir.
Gestion du stress
Bien que le stress ne soit pas causal, il peut déclencher ou aggraver les poussées. Des techniques de relaxation, la sophrologie, le yoga ou un soutien psychologique peuvent être bénéfiques.
Complications possibles
La maladie de Crohn peut entraîner des complications locales et générales parfois graves.
Complications intestinales
- Sténoses intestinales : rétrécissement de la lumière intestinale pouvant entraîner une occlusion.
- Fistules : communications anormales entre l’intestin et d’autres organes (vessie, vagin, peau) ou entre deux segments intestinaux.
- Abcès : collections de pus dans la paroi intestinale ou la cavité abdominale.
- Perforations intestinales : urgences chirurgicales.
- Hémorragies digestives.
- Cancer colorectal : risque augmenté après 8 à 10 ans d’évolution, justifiant une surveillance coloscopique régulière.
Complications nutritionnelles
La dénutrition est fréquente, liée à la diminution des apports, à la malabsorption et à l’augmentation des besoins énergétiques liée à l’inflammation chronique. L’ostéoporose secondaire à la corticothérapie et aux carences en vitamine D est également fréquente.

Vivre avec la maladie de Crohn
Vivre avec la maladie de Crohn nécessite une prise en charge globale et pluridisciplinaire, associant gastro-entérologue, médecin traitant, nutritionniste, psychologue et éventuellement chirurgien digestif.
Suivi médical régulier
Un suivi régulier est indispensable, même en période de rémission, pour adapter les traitements, dépister les complications et prévenir les récidives. La calprotectine fécale et l’imagerie permettent aujourd’hui un suivi objectif de l’inflammation, au-delà des seuls symptômes cliniques.
Impact sur la qualité de vie
La maladie peut affecter significativement la vie quotidienne, professionnelle et sociale. La fatigue chronique, les urgences intestinales et la nécessité de traitements lourds (parfois perfusions) peuvent être difficiles à supporter. Les associations de patients comme l’AFA Crohn RCH France offrent un soutien précieux.
L’essentiel à retenir
La maladie de Crohn est une pathologie chronique complexe qui nécessite une prise en charge spécialisée et personnalisée. Voici les points essentiels à retenir :
- Maladie inflammatoire chronique du tube digestif, évoluant par poussées.
- Symptômes principaux : douleurs abdominales, diarrhées, fatigue, amaigrissement.
- Diagnostic reposant sur la coloscopie, l’IRM et les biopsies.
- Traitements variés : aminosalicylés, corticoïdes, immunosuppresseurs, biothérapies.
- Arrêt du tabac indispensable pour améliorer l’évolution.
- Alimentation adaptée et surveillance nutritionnelle régulière.
- Suivi médical à long terme indispensable pour prévenir les complications.
- Une bonne observance thérapeutique permet aujourd’hui à la plupart des patients de mener une vie quasi-normale.
En cas de symptômes persistants (douleurs abdominales, diarrhées chroniques, perte de poids inexpliquée), il est recommandé de consulter rapidement son médecin traitant ou un gastro-entérologue. Un diagnostic précoce permet une prise en charge optimale et améliore significativement le pronostic à long terme.
Foire aux questions
Quels sont les symptômes de la maladie de Crohn ?
Les symptômes les plus fréquents sont des douleurs abdominales, une diarrhée chronique parfois sanglante, une fatigue importante et une perte de poids. Des manifestations extra-intestinales peuvent survenir, comme des douleurs articulaires ou des lésions cutanées. L'intensité varie selon les poussées et les périodes de rémission. En cas de symptômes persistants, consultez un médecin pour un bilan adapté.
La maladie de Crohn est-elle héréditaire ?
La maladie de Crohn n'est pas directement héréditaire, mais une prédisposition génétique existe. Environ 10 à 20 % des patients ont un parent atteint. D'autres facteurs, comme le microbiote intestinal et l'environnement, jouent également un rôle. Avoir un parent malade augmente donc légèrement le risque, sans le rendre inévitable. Un suivi médical est recommandé en cas d'antécédents familiaux.
Peut-on guérir de la maladie de Crohn ?
Non, la maladie de Crohn est une affection chronique qui ne se guérit pas définitivement. Les traitements actuels permettent toutefois de contrôler l'inflammation, de réduire les poussées et d'améliorer la qualité de vie. Une prise en charge précoce et régulière limite les complications. En cas de symptômes sévères ou persistants, consultez rapidement un spécialiste.
Sources et pour aller plus loin
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Maladie de Crohn : symptômes, causes et diagnostic », consultez les ressources officielles suivantes :
- Haute Autorité de Santé (HAS) — recommandations professionnelles
- Ameli — Assurance Maladie : vos droits et démarches
- Inserm — recherche et connaissances médicales
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.