
L'hyperandrogénie désigne un excès d'hormones androgènes chez la femme, responsable de symptômes comme l'hirsutisme, l'acné ou les troubles menstruels. Découvrez ses causes, son diagnostic et ses prises en charge.
Qu’est-ce que l’hyperandrogénie ?
L’hyperandrogénie (ou hyperandrogénisme) est une affection endocrinienne caractérisée par une production excessive d’androgènes, hormones habituellement associées aux caractéristiques masculines. Bien que la testostérone et ses dérivés soient présents chez tous les individus, leur taux reste normalement faible chez la femme. Lorsque ce taux augmente de façon anormale, il entraîne des manifestations cliniques pouvant altérer la qualité de vie et la fertilité.
Les androgènes concernés sont principalement la testostérone, la DHEA (déhydroépiandrostérone), l’androstènedione et la DHT (dihydrotestostérone). Chez la femme, ces hormones sont produites par les ovaires, les glandes surrénales et, en moindre quantité, par les tissus périphériques (graisse, peau).
On estime que l’hyperandrogénie touche environ 5 à 10 % des femmes en âge de procréer, ce qui en fait un motif fréquent de consultation en endocrinologie, en dermatologie et en gynécologie.

Les causes de l’hyperandrogénie
Le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK)
Le SOPK est de loin la cause la plus fréquente d’hyperandrogénie, représentant à lui seul environ 70 à 80 % des cas. Cette pathologie associe des troubles de l’ovulation, des ovaires d’aspect polykystique à l’échographie et un excès d’androgènes. La résistance à l’insuline y joue un rôle central : elle stimule la production ovarienne de testostérone et diminue la synthèse hépatique de la SHBG (Sex Hormone Binding Globulin), augmentant ainsi la fraction libre active des androgènes.
L’hyperplasie surrénalienne congénitale
Cette maladie génétique, souvent due à un déficit en 21-hydroxylase, provoque une accumulation de précurseurs androgéniques. Dans sa forme non classique, tardive, elle peut se révéler à l’âge adulte par une hyperandrogénie modérée, une acné rebelle ou des troubles de la fertilité.
Les tumeurs sécrétantes
Plus rarement, des tumeurs ovariennes (tumeur de Sertoli-Leydig, arrhénoblastome) ou surrénaliennes (adénome, carcinome) peuvent produire de grandes quantités d’androgènes. Ces causes organiques se caractérisent par une apparition brutale des symptômes et des taux d’androgènes très élevés.
Causes médicamenteuses et autres
Certains médicaments comme les anabolisants, la danazol, certains progestatifs (noréthistérone, lévonorgestrel à forte dose) ou encore des anti-épileptiques peuvent induire une hyperandrogénie. L’obésité, l’hypothyroïdie, le syndrome de Cushing ou la sérotonine excessive peuvent également contribuer au déséquilibre hormonal.
Les symptômes caractéristiques
Manifestations cutanées
L’hirsutisme est le signe le plus visible : il désigne une pilosité excessive dans des zones androgéno-dépendantes chez la femme (visage, menton, dos, poitrine, ligne blanche abdominale). On utilise le score de Ferriman-Gallwey pour évaluer sa sévérité (léger < 8, modéré 8-15, sévère > 15). L’acné hormonale, souvent inflammatoire et localisée au bas du visage et au dos, est également fréquente, tout comme la séborrhée et l’alopécie androgénétique (perte de cheveux diffuse au sommet du crâne).
Troubles gynécologiques
L’hyperandrogénie provoque fréquemment des troubles du cycle menstruel : oligoménorrhée (cycles longs de plus de 35 jours), spanioménorrhée ou aménorrhée (absence de règles). Ces anomalies témoignent d’anovulation chronique et expliquent les difficultés à concevoir.
Autres manifestations
On peut observer une virilisation dans les formes sévères : voix plus grave, hypertrophie clitoridienne, augmentation de la masse musculaire, calvitie fronto-pariétale. Des modifications morphologiques avec répartition androïde des graisses et une obésité abdominale peuvent également apparaître. Sur le plan métabolique, on note souvent une résistance à l’insuline, un syndrome métabolique et une dyslipidémie.
Diagnostic de l’hyperandrogénie
Interrogatoire et examen clinique
Le diagnostic débute par un interrogatoire détaillé retraçant l’historique des symptômes, leur ancienneté, leur progression, les antécédents familiaux et personnels. L’examen clinique évalue l’IMC, le tour de taille, la pression artérielle, la pilosité (score de Ferriman-Gallwey), l’acné et recherche des signes de virilisation.
Bilan biologique hormonal
Le bilan sanguin, réalisé à distance de toute prise hormonale, comprend idéalement :
- Testostérone totale (norme femme : 0,2-0,8 ng/mL)
- Testostérone libre ou index de testostérone libre
- SDHEA (marqueur surrénalien)
- 17-hydroxyprogestérone (dépistage de l’hyperplasie surrénalienne)
- SHBG, Delta-4-androstènedione
- LH, FSH, œstradiol, prolactine
- Glycémie à jeun, insulinémie, HGPO en cas de suspicion de résistance à l’insuline
Imagerie et examens complémentaires
L’échographie pelvienne recherche des ovaires polykystiques (≥ 20 follicules par ovaire ou volume ovarien > 10 mL) ou une masse ovarienne. Un scanner surrénalien ou une IRM peuvent être demandés en cas de suspicion de tumeur. Chez la femme adulte, le dépistage de l’hyperplasie surrénalienne par test au Synacthène peut être utile.

Traitements de l’hyperandrogénie
Traitements médicamenteux
La pilule œstroprogestative combinée, contenant un œstrogène (éthinylestradiol 30-35 µg) et un progestatif anti-androgénique (acétate de cyprotérone, drospirénone, diénogest), constitue le traitement de première intention. Elle freine la production ovarienne d’androgènes et augmente la SHBG. Les délais d’amélioration sont de 3 à 6 mois.
L’acétate de cyprotérone (Androcur) peut être utilisé en complément mais reste déconseillé en première intention en raison du risque de méningiome à forte dose et au long cours. La spironolactone (50-200 mg/j), le flutamide et la finastéride sont des alternatives anti-androgènes.
En cas de SOPK avec résistance à l’insuline, la metformine (1500-2000 mg/j) restaure une sensibilité à l’insuline et peut améliorer l’ovulation.
Prise en charge de l’hirsutisme et de l’acné
L’épilation laser ou la photothérapie détruisent durablement les follicules pileux. L’électrolyse est efficace pour les poils blancs ou clairs. Des crèmes topiques à l’éflornithine ralentissent la pousse des poils du visage. Pour l’acné, les rétinoïdes locaux, le peroxyde de benzoyle ou les antibiotiques sont associés.
Mesures hygiéno-diététiques
La perte de poids même modérée (5-10 %) suffit souvent à restaurer une ovulation régulière et à diminuer la testostérone. Une alimentation à index glycémique bas, riche en fibres et limitée en sucres rapides est recommandée. L’activité physique régulière (150 minutes/semaine) améliore la sensibilité à l’insuline.
Hyperandrogénie et fertilité
L’hyperandrogénie, surtout dans le cadre du SOPK, est la première cause d’anovulation et d’infertilité féminine. Cependant, la majorité des patientes parviennent à concevoir après traitement. Le c citrate de clomifène, le letrozole (hors AMM mais désormais recommandé en première intention par plusieurs sociétés savantes) ou la stimulation par gonadotrophines permettent d’induire l’ovulation. La perte de poids préalable augmente considérablement les chances de grossesse spontanée.
En cas d’échec, la fécondation in vitro (FIV) est envisagée, avec parfois maturation in vitro des ovocytes (MIV) ou protocole IVM spécifique du SOPK.
Complications et risques à long terme
Risques métaboliques
L’hyperandrogénie chronique multiplie par 3 à 5 le risque de diabète de type 2 et augmente le risque cardiovasculaire (HTA, infarctus, AVC). Le syndrome métabolique est présent chez 30 à 40 % des femmes atteintes de SOPK.
Risques gynécologiques
L’exposition prolongée aux œstrogènes sans opposition progestative peut entraîner une hyperplasie endométriale et augmenter le risque de cancer de l’endomètre. Un suivi gynécologique régulier est indispensable.
Impact psychologique
Les manifestations visibles (hirsutisme, acné, prise de poids) sont source de dépression, d’anxiété, d’altération de l’image de soi et de troubles du comportement alimentaire. Un accompagnement psychologique est souvent bénéfique.

Vivre avec une hyperandrogénie : conseils pratiques
- Consulter un endocrinologue ou un gynécologue médical spécialisé pour un bilan complet et un suivi régulier.
- Adopter une alimentation équilibrée : privilégier les légumes, les protéines maigres, les céréales complètes, limiter les sucres rapides et les graisses saturées.
- Pratiquer une activité physique régulière : marche, natation, yoga ou musculation pour améliorer la sensibilité à l’insuline.
- Respecter la régularité du traitement : les effets sur l’hirsutisme demandent plusieurs mois de patience.
- Surveiller son cycle menstruel et signaler toute aménorrhée prolongée.
- Entretenir sa peau avec des produits non comédogènes et consulter un dermatologue en cas d’acné sévère.
- Ne pas hésiter à demander un soutien psychologique si l’image corporelle ou la fertilité est source de souffrance.
- Informer son médecin de tout traitement en cours afin d’écarter une cause médicamenteuse.
L’essentiel en bref
L’hyperandrogénie est un déséquilibre hormonal fréquent chez la femme, dominé dans la majorité des cas par le syndrome des ovaires polykystiques. Ses manifestations – hirsutisme, acné, troubles des règles, infertilité – retentissent fortement sur la qualité de vie. Le diagnostic repose sur un bilan hormonal ciblé et des examens d’imagerie adaptés. La prise en charge associe traitements hormonaux, mesures hygiéno-diététiques et accompagnement esthétique, avec des résultats visibles après plusieurs mois. Un suivi médical régulier permet de prévenir les complications métaboliques, cardiovasculaires et gynécologiques à long terme, tout en améliorant le bien-être physique et psychologique des patientes.
FAQ
Qu'est-ce que l'hyperandrogénie ?
L'hyperandrogénie est une affection endocrinienne caractérisée par un excès d'androgènes (hormones mâles) chez la femme. Elle peut causer de l'hirsutisme, de l'acné, une alopécie androgénique et des troubles menstruels. La cause la plus fréquente est le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).
Quelles sont les causes de l'hyperandrogénie ?
Les causes incluent le SOPK, l'hyperplasie congénitale des surrénales, les tumeurs ovariennes ou surrénaliennes, et certains médicaments. Un bilan hormonal et une imagerie peuvent être nécessaires. Le diagnostic doit être posé par un médecin endocrinologue ou gynécologue.
Comment traiter l'hyperandrogénie ?
Le traitement dépend de la cause et des symptômes. Il peut inclure des contraceptifs oraux pour réguler les hormones, des anti-androgènes, une perte de poids ou un traitement spécifique en cas de tumeur. Une prise en charge médicale est indispensable. Consultez un spécialiste pour un bilan personnalisé.
Pour aller plus loin
Les informations de cet article s’appuient sur les recommandations des organismes de santé de référence. Pour approfondir le sujet « Hyperandrogénie : causes, symptômes et traitements », consultez les ressources officielles suivantes :
- Haute Autorité de Santé (HAS) — grossesse et maternité
- Ameli — maternité : vos droits
- Santé publique France
Important : ce contenu est informatif et ne remplace pas une consultation médicale. En cas de symptômes ou de doute, consultez votre médecin.