
Hépatite C : tout comprendre sur cette infection virale du foie
L'hépatite C est une infection virale chronique qui touche le foie. Découvrez ses causes, symptômes, traitements modernes et mesures de prévention.
Qu’est-ce que l’hépatite C ?
L’hépatite C est une maladie infectieuse causée par le virus de l’hépatite C (VHC), un virus à ARN appartenant à la famille des Flaviviridae. Ce virus s’attaque principalement aux cellules du foie (hépatocytes), provoquant une inflammation qui peut évoluer, sur plusieurs années, vers des lésions hépatiques graves.
Un problème de santé publique mondial
Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 58 millions de personnes dans le monde vivent avec une hépatite C chronique, et près de 1,5 million de nouvelles infections surviennent chaque année. En France, on estime qu’environ 130 000 à 200 000 personnes sont porteuses du virus, dont une part significative l’ignore. L’hépatite C reste l’une des principales causes de cirrhose et de cancer du foie dans le monde.
L’agent causal : le VHC
Le virus de l’hépatite C a été identifié en 1989. Il se transmet principalement par le contact avec du sang contaminé. Contrairement aux hépatites A et B, il n’existe pas de vaccin efficace contre le VHC, en raison de la grande variabilité génétique du virus et de sa capacité à muter rapidement.

Les modes de transmission du virus
La transmission du VHC se fait essentiellement par voie sanguine. Les situations à risque ont évolué au fil des décennies.
Situations à haut risque
- Usage de drogues injectables : c’est aujourd’hui le principal mode de contamination dans les pays occidentaux, par le partage de seringues, aiguilles ou matériel de préparation.
- Transfusions sanguines avant 1992 : avant la mise en place du dépistage systématique des dons de sang, de nombreuses personnes ont été contaminées.
- Procédures médicales à risque : interventions chirurgicales, hémodialyse, soins dentaires ou tatouages réalisés avec du matériel non stérile, particulièrement dans les pays où les normes d’hygiène sont insuffisantes.
- Transmission périnatale : une mère infectée peut transmettre le virus à son enfant pendant la grossesse ou l’accouchement (environ 5 % des cas).
- Rapports sexuels à risque : bien que rare, le risque existe, notamment en cas de rapports traumatiques, de présence de sang (règles, IST associées) ou chez les hommes ayant des rapports avec des hommes infectés par le VIH.
Situations à faible risque
La transmission par contact quotidien (câlins, partage de repas, éternuements) n’est pas documentée. La salive, les larmes ou l’urine ne contiennent pas de quantité suffisante de virus pour entraîner une contamination. Il n’y a donc pas lieu de craindre une transmission dans la vie courante avec un proche infecté.
Les différentes formes de la maladie
Génotypes du VHC
Le virus de l’hépatite C présente une grande diversité génétique, avec au moins 6 génotypes principaux (numérotés de 1 à 6) et de nombreux sous-types. Cette diversité a des implications importantes pour le traitement :
- Le génotype 1 est le plus répandu dans le monde occidental (notamment le sous-type 1b en Europe).
- Le génotype 3 est fréquent chez les usagers de drogues injectables.
- Le génotype 4 est majoritaire au Moyen-Orient et en Afrique.
Aujourd’hui, grâce aux nouveaux traitements, la plupart des génotypes sont curables avec les mêmes protocoles, mais l’identification du génotype reste utile dans certains cas.
Formes aiguës et chroniques
L’infection par le VHC peut évoluer de deux manières :
- Hépatite C aiguë : dans les 6 mois suivant la contamination. Dans 15 à 25 % des cas, le système immunitaire parvient à éliminer spontanément le virus. Chez 75 à 85 % des personnes infectées, l’infection devient chronique.
- Hépatite C chronique : elle se définit par la persistance du virus dans le sang au-delà de 6 mois. C’est la forme la plus dangereuse, pouvant évoluer vers la cirrhose en 20 à 30 ans en moyenne.
Symptômes et évolution clinique
La phase aiguë : souvent silencieuse
L’hépatite C aiguë est asymptomatique dans 70 à 80 % des cas. Lorsqu’ils existent, les symptômes peuvent inclure :
- Une fatigue intense et persistante
- Une perte d’appétit
- Des nausées et vomissements
- Des douleurs abdominales, en particulier dans la région du foie (hypochondre droit)
- Un ictère (jaunisse) avec coloration jaune de la peau et des yeux
- Des urines foncées et des selles décolorées
La phase chronique : des complications graves
L’hépatite C chronique évolue lentement, souvent sans symptômes pendant des décennies. Cependant, sans traitement, elle peut entraîner :
- La fibrose hépatique : accumulation progressive de tissu cicatriciel dans le foie.
- La cirrhose : stade avancé de fibrose, survenant chez 10 à 20 % des patients après 20 ans d’évolution. Elle se manifeste par une fatigue chronique, un amaigrissement, des œdèmes, une ascite (accumulation de liquide dans l’abdomen) et une jaunisse.
- Le carcinome hépatocellulaire (cancer du foie) : risque multiplié par 15 à 20 chez les patients cirrhotiques.
- Des manifestations extra-hépatiques : le VHC peut aussi être responsable de cryoglobulinémie, de troubles rénaux, de diabète, de fatigue chronique, de troubles cognitifs, de douleurs articulaires ou de manifestations cutanées (purpura, prurit).
Diagnostic et dépistage
Quand se faire dépister ?
Le dépistage de l’hépatite C est recommandé chez :
- Les personnes ayant utilisé ou utilisant des drogues par voie intraveineuse ou nasale
- Les personnes ayant reçu une transfusion sanguine avant 1992
- Les partenaires sexuels de personnes infectées par le VHC
- Les enfants nés de mères porteuses du virus
- Les personnes vivant avec le VIH ou le VHB
- Les personnes ayant des tatouages ou piercings réalisés dans des conditions d’hygiène douteuses
- Toute personne ayant eu une exposition professionnelle à du sang contaminé
- Les personnes présentant une élévation inexpliquée des transaminases
Les tests diagnostiques
Le diagnostic repose sur une prise de sang :
- Test sérologique (anticorps anti-VHC) : il détecte la présence d’anticorps dirigés contre le virus. Un résultat positif indique un contact avec le virus, mais ne distingue pas une infection passée guérie d’une infection chronique.
- Test de confirmation (PCR VHC) : il détecte l’ARN du virus dans le sang et confirme une infection active. C’est le test de référence.
- Détermination du génotype : utile pour adapter le traitement dans certains cas.
- Évaluation de la fibrose hépatique : par FibroScan (élastométrie), test sanguin (Fibrotest) ou biopsie hépatique dans de rares cas.
Traitements actuels de l’hépatite C
Une révolution thérapeutique
Le traitement de l’hépatite C a connu une véritable révolution depuis 2014 avec l’arrivée des antiviraux à action directe (AAD). Ces médicaments oraux permettent aujourd’hui de guérir plus de 95 % des patients en 8 à 12 semaines de traitement, avec très peu d’effets secondaires.
Les molécules disponibles
Les principaux AAD appartiennent à plusieurs classes :
- Inhibiteurs de la protéase NS3/4A : glecaprevir, voxilaprevir
- Inhibiteurs de NS5A : ledipasvir, velpatasvir, pibrentasvir
- Inhibiteurs de la polymérase NS5B : sofosbuvir
Ces molécules sont généralement associées en combinaisons fixes :
- Sofosbuvir + velpatasvir (Epclusa®)
- Sofosbuvir + ledipasvir (Harvoni®)
- Glecaprevir + pibrentasvir (Mavyret®)
- Sofosbuvir + velpatasvir + voxilaprevir (Vosevi®), en cas d’échec thérapeutique
Modalités pratiques du traitement
- Durée : 8 à 12 semaines selon le génotype et le stade de fibrose
- Prise : comprimés à avaler une fois par jour, avec ou sans nourriture
- Effets secondaires : généralement bénins (fatigue, maux de tête, nausées)
- Taux de guérison : supérieur à 95 %, défini par une charge virale indétectable 12 semaines après la fin du traitement (RVS12)
Suivi après traitement
Même après guérison virologique, un suivi médical reste indispensable, notamment en cas de cirrhose préexistante, en raison d’un risque résiduel de cancer du foie. Une surveillance régulière par échographie hépatique et dosage de l’alpha-fœtoprotéine est recommandée.
Prévention et mesures de protection
Prévenir la transmission
- Ne jamais partager de matériel d’injection ou de sniff
- Utiliser du matériel à usage unique ou stérilisé pour tout acte invasif
- Porter des gants en cas de contact avec du sang
- Utiliser un préservatif en cas de rapports à risque ou de partenaire infecté
- Vérifier les normes d’hygiène pour tatouages, piercings et soins médicaux, particulièrement à l’étranger
Réduction des risques
Pour les usagers de drogues, les politiques de réduction des risques (programmes d’échange de seringues, salles de consommation à moindre risque, traitements de substitution) ont montré leur efficacité pour limiter la transmission du VHC et d’autres infections.
Vivre avec l’hépatite C
Mesures complémentaires
- Alcool : la consommation d’alcool accélère fortement la progression vers la cirrhose. Il est recommandé de l’arrêter totalement ou de la réduire drastiquement.
- Alimentation : adopter une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes, pauvre en graisses saturées.
- Activité physique : recommandée pour maintenir un poids santé et limiter la stéatose hépatique associée.
- Vaccinations : vaccination contre l’hépatite A, l’hépatite B et la grippe recommandée pour les patients infectés par le VHC.
- Médicaments : éviter l’automédication, notamment le paracétamol à haute dose, et signaler son statut à tout professionnel de santé.
En résumé : points essentiels à retenir
- L’hépatite C est une infection virale du foie causée par le VHC, transmise principalement par le sang.
- Elle est souvent silencieuse pendant de nombreuses années, ce qui rend le dépistage essentiel.
- Sans traitement, elle peut évoluer vers la cirrhose ou le cancer du foie.
- Les antiviraux à action directe (AAD) permettent aujourd’hui de guérir plus de 95 % des patients en quelques semaines.
- Il n’existe pas de vaccin, mais la prévention repose sur l’hygiène, le dépistage et la réduction des risques.
- Un suivi médical régulier reste indispensable, même après guérison.
Conseil pratique : si vous avez un doute sur une éventuelle exposition au virus, n’hésitez pas à en parler à votre médecin traitant. Un simple test sanguin suffit pour savoir si vous êtes ou avez été en contact avec le VHC. Le dépistage est pris en charge par l’Assurance maladie et représente le premier pas vers une prise en charge efficace, voire une guérison complète.