La glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies

La glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies

La glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies
AccueilAnatomieLa glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies

🫀 Anatomie

La glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies

Découvrez tout ce qu'il faut savoir sur la glande sublinguale : sa localisation, son rôle dans la production de salive, ses pathologies courantes (ranula, calculs, infections) et les traitements disponibles.

1. Introduction à la glande sublinguale

La glande sublinguale est la plus petite des trois paires de glandes salivaires principales de l’être humain, avec les glandes parotides et submandibulaires. Située directement sous la muqueuse du plancher de la cavité buccale, elle pèse en moyenne seulement 3 à 4 grammes et contribue pourtant de manière essentielle à la production de salive. Malgré sa taille modeste, elle participe activement à la lubrification de la bouche, à la digestion des aliments et à la protection antimicrobienne des muqueuses orales.

Contrairement à ses deux consœurs qui sont des glandes bien encapsulées, la glande sublinguale présente une particularité anatomique remarquable : elle est dépourvue de capsule conjonctive véritable et se présente plutôt comme un amas de petites glandes coalescentes. Cette structure particulière explique en partie sa vulnérabilité à certaines pathologies spécifiques comme la ranula, dont nous parlerons plus loin.

La glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies : vue générale
La glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies : vue générale

2. Localisation et anatomie descriptive

2.1 Situation anatomique précise

La glande sublinguale occupe une loge appelée loge sublinguale, située dans le plancher buccal, de part et d’autre de la ligne médiane. Elle repose sur le muscle mylo-hyoïdien, qui forme le véritable plancher de la bouche, et s’étend en forme de crête allongée d’avant en arrière, mesurant environ 3 cm de longueur, pour 1,5 cm de largeur et 1 cm d’épaisseur.

Sa face supérieure est recouverte par la muqueuse buccale, qu’elle soulève pour former le relief visible et palpable du plancher sublingual. On peut d’ailleurs observer ce relief en levant la langue vers le palais : il apparaît comme une saillie oblongue située de chaque côté du frein de la langue.

2.2 Rapports anatomiques

Les rapports de la glande sublinguale sont nombreux et cliniquement importants :

  • En haut : la muqueuse du plancher buccal et, plus latéralement, la gencive linguale des dents mandibulaires
  • En bas : le muscle mylo-hyoïdien
  • En dedans : le muscle génio-glosse, le canal de Wharton (canal excréteur de la glande submandibulaire) et le nerf lingual
  • En dehors : la face médiale du corps de la mandibule, au niveau de la fosse sublinguale
  • En avant : la symphyse mandibulaire et la portion antérieure du muscle génio-hyoïdien
  • En arrière : la glande submandibulaire, dont elle est séparée par le muscle mylo-hyoïdien

Cette proximité avec le nerf lingual, branche du nerf mandibulaire (V3), explique pourquoi les pathologies ou chirurgies de la région sublinguale peuvent entraîner des troubles sensitifs de la langue.

3. Structure histologique et organisation

3.1 Composition cellulaire

Sur le plan histologique, la glande sublinguale est classée parmi les glandes salivaires mixtes à prédominance muqueuse. Elle est composée d’environ 90 % d’acini muqueux et seulement 10 % d’acini séreux. Les cellules muqueuses produisent une salive épaisse, riche en mucines, tandis que les cellules séreuses élaborent une sécrétion plus fluide contenant des enzymes comme l’amylase salivaire.

Ces acini sont regroupés en lobules séparés par des septa conjonctifs contenant les vaisseaux, les nerfs et les canaux excréteurs. La rareté de la capsule externe se traduit histologiquement par des lobules qui ne sont pas nettement délimités en périphérie.

3.2 Système canalaire excréteur

Le système excréteur de la glande sublinguale est unique en son genre car il comporte deux types de canaux :

  • Les canaux de Rivinus : il s’agit de multiples petits canaux (8 à 20) qui s’ouvrent directement le long du pli sublingual, sur la muqueuse du plancher buccal
  • Le canal de Bartholin (ou canal sublingual majeur) : c’est le canal principal, présent dans environ 20 à 30 % des cas, qui se joint au canal de Wharton de la glande submandibulaire ou s’ouvre indépendamment près de la caroncule sublinguale

Cette multiplicité des canaux explique la fréquence relative des phénomènes de rétention salivaire à l’origine des mucocèles et des ranulas.

4. Vascularisation et innervation

4.1 Irrigation artérielle et drainage veineux

L’apport sanguin de la glande sublinguale provient principalement de l’artère sublinguale, branche collatérale de l’artère linguale (elle-même issue de l’artère carotide externe). Une contribution accessoire vient de l’artère submentale, branche de l’artère faciale.

Le retour veineux s’effectue par les veines sublinguales qui se drainent dans la veine linguale profonde, puis dans la veine jugulaire interne. Le drainage lymphatique se fait vers les ganglions lymphatiques submandibulaires puis vers les chaînes jugulaires profondes.

4.2 Innervation double

Comme toutes les glandes salivaires, la glande sublinguale reçoit une innervation double et antagoniste :

  • Innervation parasympathique : elle provient du nerf facial (VII). Les fibres préganglionnaires voyagent d’abord dans le nerf intermédiaire de Wrisberg, puis dans la corde du tympan, qui rejoint le nerf lingual. Elles font relais dans le ganglion submandibulaire (situé dans la loge submandibulaire) avant de se distribuer à la glande. Cette stimulation parasympathique provoque une sécrétion abondante de salive aqueuse.
  • Innervation sympathique : elle provient du ganglion cervical supérieur via le plexus carotidien externe. Les fibres sympathiques cheminent le long des artères linguales et faciales. Elles produisent une sécrétion plus visqueuse et réduite, riche en mucines.

5. Physiologie et fonction salivaire

5.1 Production quotidienne de salive

Les glandes salivaires principales produisent en moyenne 1 à 1,5 litre de salive par jour. La contribution respective est approximativement de :

  • Glandes submandibulaires : 65 à 70 %
  • Glandes parotides : 25 à 30 %
  • Glandes sublinguales : 5 à 10 %

Bien que minoritaire, la contribution de la glande sublinguale est qualitativement importante grâce à sa production de mucines, glycoprotéines qui confèrent à la salive ses propriétés lubrifiantes et protectrices.

5.2 Rôles de la salive sublinguale

La salive sécrétée par la glande sublinguale remplit plusieurs fonctions essentielles :

  • Lubrification : facilite la formation du bol alimentaire, la déglutition et l’élocution
  • Protection mécanique : tapisse les muqueuses et les protège contre les irritations chimiques et mécaniques
  • Protection antimicrobienne : contient de la lysozyme, de la lactoferrine, des immunoglobulines A (IgA sécrétoires) et des peptides antimicrobiens
  • Reminéralisation dentaire : apporte des ions calcium et phosphate qui contribuent à la réparation de l’émail
  • Digestion : contient une faible quantité d’amylase salivaire et de lipase linguale
  • Goût : solubilise les molécules sapides pour permettre leur perception par les bourgeons gustatifs
  • Voie d’administration médicamenteuse : la muqueuse sublinguale, fine et richement vascularisée, permet l’absorption rapide de nombreux médicaments (trinitrine, buprénorphine, etc.)

6. Pathologies de la glande sublinguale

6.1 La ranula : pathologie caractéristique

La ranula est la pathologie la plus emblématique de la glande sublinguale. Il s’agit d’une mucocèle (kyste rempli de mucus) résultant de l’extravasation de salive muqueuse dans les tissus sous-muqueux, généralement suite à la rupture d’un canal de Rivinus.

Cliniquement, la ranula se manifeste par une tuméfaction bleutée, translucide, indolore, située dans le plancher buccal, souvent unilatérale. Elle peut être :

  • Superficielle (ranula simple) : limitée au plancher buccal
  • Plongeante (ranula cervicale) : s’étend à travers le hiatus mylo-hyoïdien vers la région cervicale, formant une tuméfaction du cou

Le traitement repose sur l’exérèse chirurgicale de la glande sublinguale associée à la marsupialisation du kyste, avec un risque de récidive faible.

6.2 Sialolithiase (calculs salivaires)

La formation de calculs dans les canaux sublinguaux est moins fréquente que dans la glande submandibulaire, mais reste possible, en particulier dans le canal de Bartholin. Les calculs sont constitués principalement de phosphate de calcium. Les symptômes incluent :

  • Douleur aiguë lors de la stimulation salivaire (repas, vue d’aliments)
  • Tuméfaction intermittente du plancher buccal
  • Colique salivaire
  • Risque d’infection secondaire (sialadénite)

6.3 Sialadénite et infections

L’inflammation de la glande sublinguale (sialadénite sublinguale) peut être d’origine :

  • Bactérienne : souvent secondaire à une obstruction canalaire, parfois dans un contexte de déshydratation
  • Virale : notamment lors des oreillons (parotidite ourlienne), bien que la parotide soit plus fréquemment touchée
  • Auto-immune : dans le cadre du syndrome de Sjögren, où l’infiltration lymphocytaire des glandes salivaires entraîne sécheresse buccale (xérostomie) et gonflement récurrent

6.4 Tumeurs de la glande sublinguale

Les tumeurs de la glande sublinguale sont rares mais souvent malignes. La plus fréquente est le carcinome mucoépidermoïde, suivi de l’adénocarcinome polymorphe. Toute tuméfaction persistante du plancher buccal doit alerter et conduire à une biopsie.

7. Examens diagnostiques

Le diagnostic des pathologies de la glande sublinguale repose sur plusieurs outils :

  • Examen clinique : inspection et palpation bimanuelle du plancher buccal
  • Imagerie : échographie (première intention), scanner ou IRM pour les pathologies complexes et les tumeurs
  • Sialographie : opacification des canaux par produit de contraste, aujourd’hui largement remplacée par la sialo-IRM
  • Sialendoscopie : visualisation directe des canaux à l’aide d’un endoscope miniaturisé, permettant parfois un geste thérapeutique (extraction de calcul)
  • Cytoponction à l’aiguille fine pour l’analyse des masses
  • Biopsie exérèse pour le diagnostic histologique définitif des tumeurs
La glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies : prise en charge
La glande sublinguale : anatomie, fonction et pathologies : prise en charge

8. Traitements et prise en charge

La prise en charge dépend étroitement de la pathologie identifiée :

  • Ranula : exérèse chirurgicale de la glande sublinguale avec marsupialisation ou énucléation du kyste
  • Sialolithiase : extraction du calcul (masse externe ou sialendoscopie), sialadénectomie si récidive
  • Sialadénite bactérienne : antibiothérapie ciblée, hydratation, massages glandulaires, sialogogues (citron)
  • Syndrome de Sjögren : substituts salivaires, sialogogues (pilocarpine), immunosuppresseurs dans les formes sévères
  • Tumeurs malignes : chirurgie carcinologique avec curage ganglionnaire, radiothérapie complémentaire selon le stade

La préservation du nerf lingual et du canal de Wharton est un impératif chirurgical majeur lors de toute intervention dans cette région anatomique.

En résumé : points clés à retenir

  • La glande sublinguale est la plus petite des trois glandes salivaires principales (3-4 grammes), située sous la muqueuse du plancher buccal
  • Elle est majoritairement composée d’acini muqueux et possède un système excréteur multi-canalaire particulier (canaux de Rivinus et canal de Bartholin)
  • Elle est innervée par le nerf facial (VII) via la corde du tympan et le ganglion submandibulaire pour la composante parasympathique
  • Bien que produisant seulement 5 à 10 % de la salive totale, elle joue un rôle qualitatif essentiel dans la lubrification et la protection buccale
  • La ranula est sa pathologie la plus caractéristique, résultat d’une extravasation de salive muqueuse
  • Toute tuméfaction persistante du plancher buccal nécessite un avis médical spécialisé (ORL ou stomatologue) pour éliminer une pathologie tumorale
  • La muqueuse sublinguale est une voie d’administration privilégiée pour de nombreux médicaments grâce à sa vascularisation riche et son absorption rapide
  • Une bonne hydratation, une hygiène buccodentaire rigoureuse et des stimulations salivaires régulières contribuent à la santé des glandes salivaires