
Encoprésie chez l’enfant : causes, symptômes et prise en charge
L'encoprésie est un trouble de l'élimination fécale chez l'enfant qui touche 1 à 3 % des enfants de plus de 4 ans. Découvrez ses causes, ses conséquences et les solutions thérapeutiques existantes.
Qu’est-ce que l’encoprésie ?
L’encoprésie, également appelée incontinence fécale fonctionnelle, désigne l’émission répétée et involontaire de selles dans la culotte ou dans des lieux inappropriés, chez un enfant ayant dépassé l’âge habituel de la propreté (généralement après 4 ans). Ce trouble touche environ 1 à 3 % des enfants d’âge scolaire, avec une prédominance masculine marquée (les garçons sont concernés 3 à 5 fois plus que les filles).
Selon les critères diagnostiques du DSM-5, on parle d’encoprésie lorsque les selles sont émises de manière volontaire ou involontaire, à une fréquence d’au moins une fois par mois, pendant une durée minimale de trois mois. Il est essentiel de distinguer l’encoprésie des fuites anales accidentelles occasionnelles qui peuvent survenir lors d’épisodes de diarrhée ou de stress transitoire.
On distingue classiquement deux formes d’encoprésie :
- L’encoprésie avec constipation et rétention (forme la plus fréquente, environ 80 à 90 % des cas) : les selles s’accumulent dans le rectum, ce qui entraîne des fuites par débordement.
- L’encoprésie sans constipation : les selles sont de consistance normale, mais l’enfant ne ressent pas le besoin de déféquer ou refuse d’aller aux toilettes.
Les causes de l’encoprésie
La constipation chronique comme facteur principal
Dans la grande majorité des cas, l’encoprésie est la conséquence d’une constipation chronique non traitée ou mal prise en charge. Lorsqu’un enfant retient volontairement ses selles (par peur des toilettes, par refus d’interrompre une activité, ou à cause d’une expérience douloureuse antérieure), les matières fécales s’accumulent dans le côlon et le rectum. Ce dernier se distend progressivement, perdant sa sensibilité et sa capacité à signaler le besoin d’aller à la selle.
Les facteurs psychologiques et comportementaux
Plusieurs facteurs émotionnels peuvent favoriser l’apparition d’une encoprésie :
- Une anxiété liée à la propreté ou une pression parentale excessive lors de l’apprentissage du pot
- Des événements de vie stressants (naissance d’un frère ou d’une sœur, divorce, déménagement, deuil)
- Des troubles émotionnels comme l’anxiété généralisée ou la dépression
- Une opposition ou un refus du contrôle sphinctérien
- Des troubles du spectre autistique ou un déficit de l’attention (TDAH)
Les facteurs organiques
Plus rarement, l’encoprésie peut avoir une cause organique : malformation anorectale, maladie de Hirschsprung, atteinte neurologique (spina bifida, paralysie cérébrale), hypothyroïdie ou prise de certains médicaments (opioïdes, antidépresseurs). Un examen médical complet permet d’écarter ces hypothèses.
Les symptômes et le diagnostic
Les signes cliniques évocateurs
Le diagnostic de l’encoprésie repose avant tout sur l’anamnèse et l’examen clinique. Les signes d’appel comprennent :
- Des selles émises dans la culotte de manière répétée, souvent en petites quantités (selles « en rastro »)
- Une fréquence de selles inférieure à trois par semaine (dans la forme avec constipation)
- Des selles dures, volumineuses ou difficiles à évacuer
- Des douleurs abdominales récurrentes, des ballonnements
- Une perte d’appétit, des nausées
- Des traces de selles dans les sous-vêtements (fuites par débordement)
- Une encoprésie secondaire (réapparition après une période de propreté acquise) dans 50 % des cas
L’examen clinique
Le médecin réalise un examen abdominal pour détecter un fécalome (masse de selles durcies palpable dans le bas-ventre) et un examen de la région anale pour rechercher des fissures, des signes d’inflammation ou des malformations. Le toucher rectal peut être indiqué pour évaluer la présence de selles dans l’ampoule rectale.
Examens complémentaires
Aucun examen complémentaire n’est généralement nécessaire en première intention. Une radiographie de l’abdomen sans préparation peut être prescrite pour évaluer l’importance de l’accumulation de selles. Dans de rares cas, une manométrie anorectale ou un lavement baryté sont réalisés pour explorer le fonctionnement sphinctérien.
Les complications possibles
Non traitée, l’encoprésie peut entraîner plusieurs complications :
- Impact psychosocial majeur : baisse de l’estime de soi, sentiment de honte, isolement social, moqueries des pairs à l’école
- Troubles émotionnels : anxiété, dépression, troubles du comportement
- Complications physiques : fissures anales, prolapsus rectal, infections urinaires récurrentes (en raison de la proximité anatomique)
- Encoprésie persistante à l’âge adulte dans environ 1 à 2 % des cas
L’encoprésie est l’une des causes les plus fréquentes de consultation en gastro-entérologie pédiatrique et son retentissement sur la qualité de vie de l’enfant et de sa famille peut être considérable.
La prise en charge médicale
La désimpaction intestinale
La première étape du traitement consiste à vider le rectum et le côlon des matières fécales accumulées. Cette « désimpaction » peut être réalisée à l’aide de :
- Lavements évacuateurs (solution saline ou phosphate) administrés à l’hôpital ou à domicile
- Laxatifs osmotiques oraux à forte dose (polyéthylène glycol PEG) pendant plusieurs jours
- Une combinaison des deux méthodes pour les fécalomes importants
Cette étape est cruciale car elle permet de restaurer la sensibilité rectale et de faciliter le traitement ultérieur.
Le traitement d’entretien
Une fois la désimpaction réalisée, un traitement laxatif de longue durée est maintenu pendant plusieurs mois, parfois jusqu’à un an :
- Polyéthylène glycol (PEG) : traitement de première ligne, bien toléré et efficace
- Lactulose ou sorbitol en cas d’intolérance au PEG
- Paraffine liquide (huile minérale) en complément
- Rarement, stimulants du péristaltisme (bisacodyl) en cure courte
L’objectif est d’obtenir des selles molles et régulières, idéalement une à deux fois par jour.
Le travail de rééducation sphinctérienne
Des séances de rééducation périnéale peuvent être prescrites chez le kinésithérapeute ou en psychomotricité. Elles visent à :
- Prendre conscience des muscles du plancher pelvien
- Améliorer la coordination entre la sensation de besoin et la contraction sphinctérienne
- Apprendre à pousser efficacement lors de la défécation
L’accompagnement psychologique
La dimension psychologique est centrale dans la prise en charge de l’encoprésie. Une thérapie comportementale et un soutien psychologique sont souvent indispensables :
- Une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) aide l’enfant à gérer l’anxiété liée aux toilettes et à développer des stratégies positives
- Un programme d’éducation thérapeutique apprend à l’enfant et à ses parents à tenir un calendrier des selles, à reconnaître les signaux du corps
- Des récompenses (système de jetons, étoiles) valorisent les comportements adaptés sans punir les accidents
- Un travail sur l’estime de soi et la gestion des émotions est essentiel pour éviter le cercle vicieux honte → rétention → fuites
Une thérapie familiale peut également être proposée lorsqu’il existe des tensions autour du trouble ou des difficultés relationnelles.
La prévention et les conseils aux parents
Plusieurs mesures préventives et conseils pratiques peuvent être mis en œuvre :
- Ne jamais punir ni gronder un enfant qui a des fuites fécales : cela aggrave la honte et la rétention
- Adopter une alimentation riche en fibres : fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses
- Veiller à un apport hydrique suffisant (au moins 1 litre d’eau par jour chez l’enfant)
- Encourager l’enfant à aller aux toilettes à heures régulières, idéalement après les repas (réflexe gastro-colique)
- Laisser l’enfant se sentir à l’aise aux toilettes : repose-pieds pour adopter la position accroupie, environnement calme
- Éviter de forcer l’apprentissage de la propreté avant que l’enfant n’y soit prêt (en général entre 2 et 3 ans)
- Consulter rapidement en cas de constipation persistante chez le jeune enfant pour éviter l’installation d’un cercle vicieux
En résumé : points clés à retenir
L’encoprésie est un troubles fréquent et bénin qui se traite efficacement dans la majorité des cas grâce à une approche combinée médicale et psychologique. Voici les points essentiels :
- L’encoprésie concerne 1 à 3 % des enfants après 4 ans et n’est jamais volontaire : l’enfant ne fait pas « exprès ».
- La constipation chronique est la cause principale dans 80 à 90 % des cas.
- Le traitement repose sur la désimpaction initiale, puis un traitement laxatif prolongé associé à une rééducation.
- La bienveillance parentale est le facteur pronostique le plus important : pas de punition, pas de honte.
- Une prise en charge pluridisciplinaire (pédiatre, gastro-entérologue, kinésithérapeute, psychologue) offre les meilleurs résultats.
- Avec un traitement adapté, 70 à 90 % des enfants guérissent dans les 6 à 12 mois.
Si votre enfant souffre d’encoprésie, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant ou un pédiatre. Plus la prise en charge est précoce, plus le pronostic est favorable et plus l’enfant pourra retrouver rapidement confiance en lui et une vie sociale épanouie.