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Aversions alimentaires chez la personne âgée : causes, conséquences et solutions

Aversions alimentaires chez la personne âgée : causes, conséquences et solutions
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Aversions alimentaires chez la personne âgée : causes, conséquences et solutions

Les aversions alimentaires touchent aussi les seniors. Découvrez leurs causes physiologiques et psychologiques, leurs conséquences sur la santé et les stratégies efficaces pour maintenir une alimentation équilibrée après 65 ans.

Introduction : les aversions alimentaires, un phénomène fréquent chez les seniors

Bien que les aversions alimentaires soient souvent associées à la grossesse, elles touchent également une proportion significative de la population gériatrique. On estime qu’entre 30 % et 65 % des personnes âgées de plus de 65 ans présentent une aversion pour certains aliments, pouvant aller d’un simple dégoût à un refus catégorique de s’alimenter.

Contrairement aux aversions temporaires de la femme enceinte, celles de la personne âgée s’inscrivent souvent dans un contexte multifactoriel : déclin sensoriel, maladies chroniques, polymédication, isolement social et modifications psychologiques. Ces aversions, lorsqu’elles ne sont pas prises en charge, peuvent conduire à une dénutrition, véritable fléau chez les seniors, augmentant le risque de chutes, d’infections et de déclin cognitif.

Les causes physiologiques des aversions alimentaires gériatriques

Le déclin des sens du goût et de l’odorat

Avec l’avancée en âge, les papilles gustatives perdent leur sensibilité, un phénomène appelé presbygueusie. Le nombre de bourgeons gustatifs diminue de moitié entre 30 et 70 ans, réduisant particulièrement la perception des saveurs salées et sucrées. Parallèlement, l’hyposmie (diminution de l’odorat) altère jusqu’à 80 % de la perception des arômes chez les plus de 75 ans.

Cette double altération rend les aliments moins appétissants et peut transformer un plat autrefois apprécié en une expérience désagréable. Les personnes âgées développent alors des préférences marquées pour les aliments très assaisonnés, très sucrés ou à la texture prononcée.

Les modifications digestives

Le vieillissement digestif s’accompagne d’une diminution de la production salivaire, d’un ralentissement du péristaltisme et d’une baisse de l’acidité gastrique. Ces changements favorisent :

  • Les sensations de satiété précoce
  • Les ballonnements et gaz intestinaux
  • Les reflux gastro-œsophagiens
  • La constipation chronique

Ces inconforts conduisent souvent à associer certains aliments à des expériences négatives, créant ainsi des aversions conditionnées durables.

Les causes médicales et iatrogènes

Les maladies chroniques responsables

De nombreuses pathologies fréquentes chez les seniors influencent directement les préférences alimentaires :

  • La maladie d’Alzheimer et les démences : modification des préférences gustatives, attirance pour le sucré
  • L’insuffisance rénale chronique : aversion pour les protéines animales et le sel
  • Le diabète de type 2 : restriction cognitive des glucides créant un rejet
  • Les cancers et leurs traitements : dysgueusie, mucites, nausées chimio-induites
  • L’insuffisance cardiaque : régimes hyposodés stricte modifiant le plaisir alimentaire
  • La maladie de Parkinson : troubles de la déglutition, lenteur masticatoire

Le rôle de la polymédication

Les personnes âgées prennent en moyenne 4 à 8 médicaments par jour. Plus de 250 médicaments sont connus pour altérer le goût ou l’odorat, notamment :

  • Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC)
  • Les antibiotiques (métronidazole, clarithromycine)
  • Les antidépresseurs (IRS, tricycliques)
  • Les antihypertenseurs (amlodipine)
  • Les chimiothérapies et immunothérapies
  • Les statines et certains antifongiques

Ces molécules peuvent provoquer un goût métallique, amer ou simplement une perte de saveur globale, générant des aversions parfois permanentes.

Les facteurs psychologiques et sociaux

L’impact du veuvage et de l’isolement

La perte du conjoint, qui préparait souvent les repas, constitue un facteur déclencheur majeur. Sans motivation sociale, sans cadre alimentaire structuré, le senior perd progressivement l’intérêt pour la cuisine et développe des aversions pour les plats autrefois partagés. Les études montrent que les personnes vivant seules consomment 25 % de calories en moins que celles vivant en couple.

La dépression du sujet âgé

La dépression gériatrique, sous-diagnostiquée, touche environ 15 à 20 % des seniors. Elle s’accompagne souvent d’une anhédonie alimentaire, équivalent de la perte de plaisir gustatif. Les personnes déprimées développent fréquemment des aversions pour les viandes, les féculents ou les produits laitiers, aggravant leur état nutritionnel.

Les troubles cognitifs et comportementaux

Dans la maladie d’Alzheimer, on observe parfois une inversion des préférences alimentaires : rejet des aliments préférés depuis des décennies et attirance pour des mets jusque-là dédaignés. Ces changements, déroutants pour les aidants, sont liés à l’atteinte des circuits hippocampiques et amygdaliens impliqués dans la mémoire gustative.

Les conséquences des aversions alimentaires chez le senior

La dénutrition protéino-calorique

La dénutrition concerne 30 à 50 % des personnes âgées hospitalisées et 5 à 10 % des seniors vivant à domicile. Elle se définit par :

  • Un IMC inférieur à 21 kg/m²
  • Une perte de poids involontaire supérieure à 5 % en 1 mois ou 10 % en 6 mois
  • Une albuminémie inférieure à 35 g/L
  • Une préalbuminémie diminuée

Les risques associés à la dénutrition

Les aversions alimentaires non prises en charge favorisent :

  • La sarcopénie : perte musculaire accélérée après 70 ans
  • L’ostéoporose par carence en calcium et vitamine D
  • Les chutes et fractures, cause majeure de mortalité
  • Les infections nosocomiales par immunodéficience
  • Le déclin cognitif et la confusion mentale
  • La décompensation des pathologies chroniques
  • L’augmentation de la durée d’hospitalisation de 40 à 70 %

L’impact sur la qualité de vie

Au-delà des aspects médicaux, les aversions alimentaires grèvent considérablement la qualité de vie. Elles limitent les sorties au restaurant, les repas en famille, les voyages, créant un véritable isolement social et une perte d’autonomie progressive.

Diagnostic et évaluation des aversions alimentaires gériatriques

Les outils d’évaluation nutritionnelle

Plusieurs outils validés permettent d’évaluer l’état nutritionnel du senior :

  • Le MNA (Mini Nutritional Assessment) : dépistage de référence en gériatrie
  • L’échelle de Blandford : évaluation des aversions spécifiques
  • Le questionnaire EAT-26 adapté : troubles du comportement alimentaire
  • Le SNAQ (Simplified Nutritional Appetite Questionnaire) : évaluation rapide de l’appétit

Le bilan complémentaire recommandé

Face à des aversions persistantes, un bilan complet est nécessaire :

  • Bilan sanguin : NFS, albumine, préalbumine, CRP, créatinine, fer, vitamines B12 et D, folates
  • Évaluation gériatrique standardisée (EGS)
  • Test de dépistage des troubles de la déglutition
  • Consultation ORL avec gustométrie si hyposmie majeure
  • Bilan dentaire (état des prothèses, douleurs)
  • Évaluation neuropsychologique (recherche de dépression ou démence)

Prise en charge et stratégies thérapeutiques

L’approche pluridisciplinaire

La prise en charge des aversions alimentaires gériatriques nécessite une équipe coordonnée :

  • Le médecin traitant : coordination et révision thérapeutique
  • Le gériatre : évaluation gériatrique globale
  • Le diététicien-nutritionniste : adaptation du régime
  • L’orthophoniste : rééducation de la déglutition
  • Le psychologue : soutien en cas de dépression
  • Le chirurgien-dentiste : correction des problèmes bucco-dentaires

L’adaptation des médicaments

Une revue de la polymédication selon les critères de Beers et STOPP/START permet souvent d’identifier les médicaments responsables. Le médecin peut envisager :

  • Le remplacement par des molécules moins pourvoyeuses de dysgueusie
  • L’ajustement des horaires de prise (en dehors des repas)
  • La réduction des doses si cliniquement possible
  • La prescription de bains de bouche au bicarbonate

Les solutions nutritionnelles pratiques

Plusieurs stratégies améliorent la prise alimentaire :

  • Enrichir les plats : poudre de protéines, fromage râpé, œufs, crème
  • Fractionner les repas : 5 à 6 petites prises plutôt que 3 gros repas
  • Privilégier les aliments à forte densité nutritionnelle : oléagineux, avocats, légumineuses
  • Stimuler les saveurs : herbes aromatiques, épices, citron (sans sel)
  • Adapter les textures : mixée, hachée, tendre selon les capacités masticatoires
  • Proposer des Compléments Nutritionnels Oraux (CNO) : hyperprotéinés, hypercaloriques

Conseils pratiques pour les aidants et professionnels

Au quotidien à domicile

Pour limiter les aversions et favoriser une alimentation suffisante :

  • Respecter les préférences alimentaires restantes sans imposer
  • Créer une ambiance agréable : table soignée, musique, compagnie
  • Servir à des températures optimales (les aliments très chauds perdent leurs arômes)
  • Privilégier les cuissons douces (vapeur, papillote) préservant les saveurs
  • Présenter les plats de façon appétissante et colorée
  • Laisser le choix entre plusieurs options
  • Instaurer des rituels de repas structurants

En établissement (EHPAD)

Les établissements doivent mettre en place :

  • Des commissions de restauration intégrant les résidents
  • Des ateliers cuisine thérapeutiques
  • Une personnalisation des menus selon les aversions
  • Une formation du personnel à la détection de la dénutrition
  • Un suivi pondéral mensuel systématique
  • L’intervention de diététiciens référents

En résumé : points clés à retenir

Les aversions alimentaires gériatriques constituent un enjeu majeur de santé publique, souvent sous-estimé. Elles résultent d’une intrication complexe entre déclin sensoriel, pathologies chroniques, polymédication et facteurs psycho-sociaux. Leur prise en charge nécessite :

  • Un repérage précoce par les outils validés (MNA, SNAQ)
  • Une évaluation pluridisciplinaire systématique
  • Une révision attentive du traitement médicamenteux
  • Une adaptation nutritionnelle personnalisée et créative
  • Un accompagnement humain centré sur le plaisir de manger

Contrairement à une idée reçue, il n’est jamais trop tard pour agir. Une intervention nutritionnelle adaptée peut améliorer significativement la qualité de vie, réduire les hospitalisations et prolonger l’espérance de vie en bonne santé des personnes âgées concernées.

Si vous accompagnez un senior présentant des aversions alimentaires persistantes, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant pour un bilan complet et une orientation vers une équipe gériatrique spécialisée. La dénutrition n’est pas une fatalité : elle se prévient et se traite à tout âge.