
L’Artère Fibulaire (Péronière) : Anatomie Complète, Trajet et Pathologies
Découvrez l'anatomie complète de l'artère fibulaire, ses branches, son trajet, ses pathologies associées et son rôle essentiel dans la vascularisation de la jambe.
1. Définition et situation anatomique de l’artère fibulaire
Qu’est-ce que l’artère fibulaire ?
L’artère fibulaire, anciennement appelée artère péronière, est l’une des trois artères principales qui assurent la vascularisation de la jambe. Elle constitue, avec l’artère tibiale antérieure et l’artère tibiale postérieure, le trépied artériel du membre inférieur. De calibre généralement inférieur à celui des deux artères tibiales, elle n’en demeure pas moins essentielle, notamment en raison de ses nombreuses anastomoses qui participent à la suppléance vasculaire de la cheville et du pied.
Une artère profonde et profonde de la loge postérieure
L’artère fibulaire est située dans la loge crurale postérieure de la jambe, plus précisément dans la loge profonde, en arrière de la membrane interosseuse qui sépare les muscles de la loge antérieure de ceux de la loge postérieure. Elle chemine le long de la face médiale de la fibula (anciennement péroné), d’où son nom, et se trouve profondément enfouie sous les muscles, ce qui la rend difficile d’accès clinique mais aussi relativement protégée des traumatismes superficiels.

2. Origine, trajet et rapports anatomiques
Origine : une branche de l’artère tibiale postérieure
L’artère fibulaire naît dans la partie haute de la loge postérieure de la jambe, environ 2 à 3 centimètres sous le bord inférieur du muscle poplité. Elle prend son origine de la face postérieure de l’artère tibiale postérieure, dont elle constitue la plus volumineuse branche collatérale. Cette bifurcation se situe en regard de l’arcade tendineuse du soléaire, élément musculaire clé de la loge postérieure profonde.
Trajet descendant le long de la fibula
Après son origine, l’artère fibulaire adopte un trajet globalement vertical et descendant. Elle se dirige obliquement en bas et en dehors pour rejoindre rapidement la face médiale de la fibula. Elle longe ensuite cet os sur toute sa longueur, maintenue contre l’os par le muscle long fléchisseur de l’hallux en arrière et le muscle tibial postérieur en avant. Au cours de son trajet, elle passe successivement :
- En arrière de la membrane interosseuse dans son tiers supérieur
- Puis directement contre la face médiale de la fibula dans ses deux tiers inférieurs
- Enfin, elle contourne l’extrémité inférieure de la fibula pour se terminer au niveau de la cheville
Rapports anatomiques essentiels
Les rapports anatomiques de l’artère fibulaire sont nombreux et cliniquement importants. Elle est accompagnée tout au long de son trajet par les veines fibulaires, généralement au nombre de deux, qui forment le pédicule vasculaire fibulaire. Le nerf tibial chemine également dans cette loge mais reste à distance médiale de l’artère. En bas, près de la cheville, l’artère passe sous le rétinaculum des fléchisseurs, structure fibreuse qui peut parfois comprimer le paquet vasculo-nerveux dans les syndromes canalaires.
3. Branches collatérales de l’artère fibulaire
Branches musculaires
L’artère fibulaire émet de nombreuses branches musculaires destinées à la vascularisation des muscles de la loge postérieure profonde et de la loge latérale. Elle irrigue notamment :
- Le muscle tibial postérieur, muscle clé de la statique du pied
- Le muscle long fléchisseur de l’hallux, fléchisseur du gros orteil
- Le muscle long fléchisseur des orteils
- Le muscle soléaire dans sa partie profonde
- Les muscles de la loge latérale : long et court fibulaires
Branches perforantes et branche nourricière
L’artère fibulaire donne naissance à une branche perforante importante qui traverse la membrane interosseuse au-dessus de la cheville pour vasculariser la loge antérieure de la jambe. Elle participe ainsi à l’irrigation de la face antérieure du cou-de-pied et des tissus péri-articulaires de la cheville. L’artère fournit également la branche nourricière de la fibula, qui pénètre dans cet os par le foramen nourricier situé sur sa face postérieure, assurant la vascularisation de la corticale et de la moelle osseuse fibulaire.
Branches cutanées et périostées
De petites branches cutanées traversent le fascia crural pour vasculariser la peau de la face latérale de la jambe. Des branches périostées vascularisent le périoste de la fibula, élément essentiel à la consolidation osseuse en cas de fracture. Cette vascularisation périostée dense explique en partie la bonne consolidation habituelle des fractures de la fibula.
4. Terminaison et réseau anastomotique
Terminaison au niveau de la cheville
L’artère fibulaire se termine classiquement au niveau de la cheville, en se divisant en plusieurs branches terminales :
- Les artères calcanéennes latérales qui vascularisent le talon
- La branche perforante antérieure qui passe devant l’articulation tibio-tarsienne
- Une branche anastomotique avec l’artère tibiale postérieure formant l’arcade latérale de la cheville
Importance des anastomoses distales
L’artère fibulaire constitue un élément clé du réseau anastomotique de la cheville et du pied. Elle s’anastomose avec les branches terminales de l’artère tibiale antérieure (au niveau du dos du pied via l’artère dorsale du pied) et de l’artère tibiale postérieure (au niveau plantaire). Ces anastomoses sont capitales en cas d’occlusion d’une des trois artères principales de la jambe : elles permettent une suppléance vasculaire efficace, expliquant pourquoi certains patients porteurs d’occlusions artérielles chroniques restent longtemps asymptomatiques.
5. Territoire de vascularisation
Vascularisation musculaire
Le territoire musculaire de l’artère fibulaire est étendu. Elle vascularise la majorité des muscles profonds postérieurs de la jambe et participe à l’irrigation des muscles de la loge latérale. Cette vascularisation est essentielle pour le fonctionnement du pied et de la cheville, notamment lors de la marche, de la course et du maintien de l’équilibre.
Vascularisation osseuse
L’artère fibulaire assure la vascularisation de la fibula dans son ensemble, mais aussi, via ses anastomoses, participe à la vascularisation de l’extrémité distale du tibia. La vascularisation de la cheville dépend très largement de ses branches terminales et de ses anastomoses avec les autres artères jambières.
Vascularisation cutanée
Par ses branches perforantes et cutanées, l’artère fibulaire participe à la vascularisation de la peau de la face latérale de la jambe et de la région latérale de la cheville. Ce territoire cutané est exploité en chirurgie reconstructrice, notamment par le biais des lambeaux fibulaires, utilisés en chirurgie maxillo-faciale et orthopédique pour reconstruire des pertes de substance osseuse grâce à l’excellent réseau vasculaire périostée de la fibula.

6. Variantes anatomiques
Variations d’origine
Bien que l’artère fibulaire naisse le plus souvent de l’artère tibiale postérieure, des variations anatomiques sont décrites dans 5 à 10% des cas. Elle peut parfois naître d’un tronc tibio-fibulaire commun, voire directement de l’artère poplitée. Plus rarement, l’artère fibulaire peut être hypoplasique (de très petit calibre) ou au contraire dominante, compensant un déficit des autres artères jambières. Ces variantes sont importantes à connaître avant toute chirurgie vasculaire ou orthopédique.
Variations de trajet et de terminaison
Le trajet de l’artère fibulaire peut varier, notamment en cas de malformations vasculaires. Sa terminaison est également variable : dans certains cas, elle se prolonge jusqu’à la plante du pied par une artère plantaire latérale, devenant alors l’artère principale du pied. Ces variations sont particulièrement étudiées en chirurgie vasculaire et lors des pontages distaux.
7. Pathologies associées à l’artère fibulaire
Athérosclérose et artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI)
L’artère fibulaire est fréquemment touchée par l’athérosclérose, notamment chez les patients présentant des facteurs de risque cardiovasculaires : tabagisme, diabète, hypertension artérielle, hypercholestérolémie. L’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) peut atteindre l’artère fibulaire, bien que l’artère tibiale antérieure soit souvent plus précocement touchée en raison de son trajet plus exposé. L’occlusion isolée de l’artère fibulaire est souvent bien tolérée grâce au réseau anastomotique, mais une atteinte combinée des trois axes jambiers provoque une ischémie sévère pouvant conduire à la claudication intermittente, aux douleurs de décubitus voire à la gangrène.
Traumatismes et fractures
Les fractures de la fibula et du tibia peuvent entraîner une lésion de l’artère fibulaire, particulièrement dans les fractures du tiers distal de la jambe ou les fractures comminutives. Les luxations de cheville, notamment les fractures bimalléolaires, peuvent également compromettre la vascularisation distale. Toute fracture ouverte de jambe doit faire rechercher une lésion vasculaire par l’évaluation des pouls distaux et, si nécessaire, par un écho-Doppler ou un angio-scanner.
Anévrismes et malformations
Les anévrismes de l’artère fibulaire sont rares mais décrits, souvent associés à des traumatismes, à des infections ou à des maladies inflammatoires vasculaires. Les malformations artério-veineuses peuvent également atteindre cette artère et nécessitent une prise en charge spécialisée en radiologie interventionnelle ou en chirurgie vasculaire.

8. Examen clinique et explorations complémentaires
Évaluation clinique et palpation des pouls
L’examen clinique des artères de la jambe repose sur la palpation des pouls distaux : pouls tibial postérieur (derrière la malléole médiale) et pouls pédieux (sur le dos du pied). Le pouls fibulaire n’est, en pratique, pas palpable en raison de la profondeur de l’artère. L’auscultation des trajets vasculaires à la recherche d’un souffle peut révéler une sténose. La mesure de l’index de pression systolique (IPS) à la cheville, comparé à la pression brachiale, est l’examen de dépistage de référence de l’AOMI.
Explorations complémentaires
Plusieurs examens permettent d’explorer spécifiquement l’artère fibulaire :
- L’écho-Doppler artériel des membres inférieurs, examen de première intention, non invasif, qui évalue le flux et les parois artérielles
- L’angio-TDM (angio-scanner) qui offre une cartographie vasculaire précise, utile avant une chirurgie
- L’angio-IRM en cas de contre-indication aux produits iodés
- L’artériographie conventionnelle, examen de référence invasif, aujourd’hui réservée aux gestes thérapeutiques (angioplastie, embolisation)
9. En résumé et conseils pratiques
L’artère fibulaire est une artère profonde de la jambe qui naît de l’artère tibiale postérieure et chemine le long de la face médiale de la fibula. Malgré son calibre souvent modeste, elle joue un rôle majeur dans la vascularisation musculaire, osseuse et cutanée de la jambe, ainsi que dans le réseau anastomotique de la cheville et du pied. Sa connaissance anatomique précise est indispensable aux chirurgiens vasculaires, orthopédistes et plasticiens qui l’utilisent comme axe vasculaire de référence dans de nombreuses interventions.
Conseils pratiques :
- Prévention cardiovasculaire : limiter les facteurs de risque (tabac, diabète, cholestérol) est essentiel pour préserver la santé des artères des membres inférieurs.
- Surveillance médicale : en cas de diabète ou d’hypertension, un suivi vasculaire régulier par écho-Doppler est recommandé dès 50 ans, ou plus tôt en cas de symptômes.
- Signes d’alerte : toute douleur à la marche (claudication), tout refroidissement du pied, toute plaie qui ne cicatrise pas doivent amener à consulter rapidement.
- Urgence traumatique : après un traumatisme de la jambe ou de la cheville, l’absence de pouls distaux impose une prise en charge urgente en milieu spécialisé.
- Hygiène de vie : la pratique d’une activité physique régulière, notamment la marche, stimule la circulation et favorise le développement du réseau collatéral artériel.